1. Les faits

Voilà déjà plusieurs mois que le peuple de Siliana, population laissée pour compte, pendant des décennies, par les régimes antérieurs,  fut convaincu de  l’incapacité des autorités nationales, dominées par le Parti Islamiste Tunisien Ennahdha au pouvoir, et locales, avec à leur tête Ahmed Ezzine Mahjoub, Gouverneur [l’équivalent du Préfet] de la région et partisan d’Ennahdha, à pouvoir résoudre leurs problèmes économiques et sociaux qui perdurent.  Devant le refus manifesté par le Gouverneur pour un dialogue  responsable et respectueux sur ces problèmes, avec leurs représentants de la Société Civile, et son approche népotique et partisane dans  la gérance des affaires de la région, doublée, semble-t-il, d’une incompétence certaine, le peuple de Siliana a entamé, depuis  le mardi 27 novembre 2012, une grève générale, soutenue et encadrée par la Centrale Syndicale l’UGTT (Union Générale Tunisienne du Travail)  et les diplômés-chômeurs de la région,et ce,pour attirer l’attention des Gouvernants sur leur misère socio-économique et demander le départ du Gouverneur. Cette grève générale avait été accompagnée par un rassemblement pacifique devant le siège du Gouvernorat au cours duquel avait été scandé, entre autres, cela va de soi,  l’historique slogan "DÉGAGE" à l’encontre du Gouverneur.

2. Que fut la réaction du Gouvernement ?

Ce fut, d’abord, une répression des manifestants, sans précédent dans l’ère révolutionnaire, d’une violence extrême, faisant plus de deux cent cinquante blessés, notamment à la chevrotine, dont une vingtaine  ont  été éborgnés ou risquant la cécité. Ce qui a conduit Navanethem Pillay, la Haut-Commissaire des Nations Unies aux Droits de l'Homme, à tirer la sonnette d'alarme en "exhortant le Gouvernement à veiller à ce que les forces de sécurité cessent de recourir à la force excessive contre les manifestants".

Ensuite, Hamadi Djebali, Chef du Gouvernement et Secrétaire Général d’Ennahdha, a affirmé, dans un point de presse fait le  jeudi 28 novembre 2012, que le Gouverneur de Siliana ne sera pas démis de ses fonctions. Qui plus est, il a déclaré " je partirai avant que le gouverneur ne dégage " (sic), en faisant de cette affaire une affaire personnelle !

Enfin, le Chef du Gouvernement a soutenu, le jeudi 29 novembre 2012 lors d’une conférence de presse, à propos, toujours,  des événements de Siliana, que le mot " DÉGAGE " est synonyme de " CHAOS ". De plus, il a estimé que la violence perpétrée par les forces de l’ordre à l’encontre des manifestants de Siliana était justifiée, étant donné que ce sont ces derniers qui ont eu recours à la violence, sous toutes ses formes, contre les premiers, en jugeant que le recours des forces de l’ordre à cette violence contre les manifestants " rentre dans le cadre de la légitime défense et que cela est bien garanti par la Constitution"  (re-sic). Voir, à ce sujet, par exemple, le Lien suivant :

http://www.businessnews.com.tn/Tunisie---Hamadi-Jebali--Crier-%C2%AB-d%C3%A9gage-%C2%BB-c%E2%80%99est-vouloir-semer-le-chaos,520,34835,3

Par ailleurs, Hamadi Djebali n’a cessé, lors de sa conférence de presse, d’incriminer, sans les nommer, des parties et des personnes manipulatrices d’être derrière ces manifestations. Il a laissé cette tâche aux autres membres de son Gouvernement et aux responsables de son Parti qui ont repris leur rengaine habituelle en accusant, souvent nominativement, des Partis et des personnalités de l’opposition, des organisations et des acteurs de la Société Civile, des meneurs rémunérés « à la solde du régime déchu », des «forces contre-révolutionnaires »,  des « ennemis du processus démocratique »,… et en oubliant dans leur inventaire : Bourguiba, le Mossad, les francs-maçons et, pourquoi pas, Sherlock Holmes !

3. L’expression "DÉGAGE" et les Islamistes

En vérité, pour ce qui concerne le slogan "DÉGAGE" , cri-symbole de notre Révolution, slogan internationalement connu qui a couru, à travers le monde,  de soulèvement en soulèvement, premier mot que l’Histoire retiendra, demain, du Printemps Tunisien et,  aujourd’hui, composante inaliénable de notre ADN nationale, le  Chef du Gouvernement n’a pas,  historiquement, tort, car, ce slogan ne fait partie  ni de de la Culture Politique, ni de la Mémoire Commune des Islamistes, étant donné que :

 

" Les Islamistes vécurent notre Révolution en spectateurs

De Londres, de Paris, de Qatar ou d’ailleurs

Ce ne sont que des Révolutionnaires de la vingt-cinquième heure

Dont l’attachement à la Démocratie n’est qu’un leurre

Pour tromper, dans leur quête du pouvoir, les électeurs,

Leurs éventuels alliés et les opinions publiques, intérieure et extérieure,

Les Droits et les Libertés, toutes les Libertés, étant à l’index dans le registre de leurs valeurs:

Droits de la Femme, Liberté de Croyance, d’Opinion, d’Expression, de l’Artiste, du Créateur,… ",

 

petit extrait de mon Article intitulé  "Démocrates de tous bords, combattez, combattez le Projet des Islamistes Tunisiens ! " et paru sur le Lien :

http://www.legrandsoir.info/Democrates-de-tous-bords-combattez.html

extrait que je n’hésite pas à rappeler à toute occasion, tous azimuts, afin de contrecarrer la propagande islamiste qui essaye, perpétuellement, de falsifier l’Histoire de notre Révolution en entretenant le contraire de son contenu.

4. Et qu’en est-il de notre Gouverneur ?

Quant à notre Gouverneur, Ahmed Ezzine Mahjoub, qui est toujours en poste à Siliana, il est intervenu, le mercredi 28 novembre 2012 au Journal de 20h de la Wattania 2, pour commenter les troubles survenus le mardi 27 novembre 2012 dans sa ville. La teneur de son intervention m’a conduit à publier sur ma Page Facebook la (fausse) Alerte-Info ci-dessous, Alerte-Info que le lecteur facebookeur peut consulter sur le Lien suivant :

https://www.facebook.com/salah.horchani.5#!/photo.php?fbid=491792514175073&set=a.403184793035846.91326.100000329856081&type=1&theater

Siliana : Alerte-Info !

Suite à la déclaration d’Ahmed Ezzine Mahjoub, Gouverneur de Siliana, faite le mercredi 28 novembre 2012 au Journal de 20h de la Wattania 2, affirmant que les pierres qui ont été lancées la veille, par les manifestants contre les bâtiments de son Gouvernorat, étaient des " pierres importées, et non pas des pierres de Siliana " (sic), le Bureau des Saisies de la Douane Nationale annonce qu’il a intercepté, à l’Aéroport de Tunis-Carthage, ce lundi 31 novembre 2012, plusieurs containers, remplis de cailloux, provenant, frauduleusement, par avion-cargo de Pierres-Latte et à destination de Siliana, comme le montre l’image de cette Page.

Comme il est indiqué dans le texte, cette Alerte-Info est accompagné d’une photo truquée, avec le logo de la chaine satellitaire Aljazeera,  représentant le déchargement d’un avion-cargo, la charge étant de gros cailloux !

Salah HORCHANI

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27 et 28 Novembre 2012 : Just to remember

Le mardi 27 Novembre : Grève générale à Seliana et sit-in pacifique devant le siège du gouvernorat. Slogan: "Dégage" contre le gouverneur inféodé à la troïka et surtout incompétent.

Le 27 et le 28 novembre 2012, la police, en sus à des quantité montres de gaz lacrymogène,  tire à bout portant sur la population de Seliana avec de la chevrotine, faisant en une après midi environ deux cent blessés dont une vingtaine atteints au niveau des yeux. 

Mercredi 28 novembre : Les députés du groupe démocrate et du front populaire se sont déplacés au ministère de l'intérieur pour demander l'arrêt des tirs. Ali Lâaraiedh déclarera lors de cette séance à huis clos (sic) "je ne savais pas que la chevrotine pouvait causer de tels dégâts "

Jeudi 29 novembre : Jbeli, chef du gouvernement,  faisait une déclaration pleine d'arrogance à propos de la demande de révocation du gouverneur exprimée par les citoyens de la circonscription. "Il n'y a plus de Dégage qui tienne maintenant. Je partirai avant qu'il (le gouverneur) ne dégage". Jbeli accuse "des forces de l'ombre" et des "partis politiques" d'être à l'origine des manifestations et des "violences" populaires.

Moncef marzouki, président provisoire de la république, mettra plus que 4 jours à s'exprimer publiquement à ce sujet, poussé par une partie de son groupe parlementaire très mal à l'aise vis à vis de son silence. 

Jbeli, couvert par le président de l'assemblée, refusera de se présenter devant les députés pour questionnement malgré la demande présentée par les députés démocrates et leur recours au boycott  des séances plénières, tous deux faisant fi ainsi du principe élémentaire de contrôle du gouvernement par la "plus haute institution de l'Etat".

Quelques jours après ces évènements, Ali Lâaraiedh venu s'expliquer devant l'assemblée nationale  et réitérant ses propos dans les média, accusait ouvertement Chokri Belaid d'être "derrière" la manifestation de Seliana.


Source :

https://www.facebook.com/notes/selma-mabrouk-d%C3%A9put%C3%A9e-anc-pageofficielle/27-et-28-novembre-2012-just-to-remember/403990293088913

Salah HORCHANI