Le "couple présidentiel " de l’ANC :  

Mustapha Ben Jaâfar /Meherzia Labidi

 

1. Un célèbre hadith et un célèbre verset du Coran de circonstance

«Le Croyant ne doit pas se laisser piquer deux fois (par un animal) sortant d'un même trou»*.

C’est un hadith qui a été  rapporté par Al-Bukhârî, n°5668; Muslim, n°5317; Abû Daoud, n°4220; Ahmad, n°8572 et Ad-Dârimî n°2662.

Quant au verset, il s’agit du verset 55  de la sourate 51, à savoir :

وَذَكِّرْ فَإِنَّ الذِّكْرَى تَنفَعُ الْمُؤْمِنِينَ

qui peut être traduit par :

« Et rappelle, car le rappel profite aux croyants ».

 

2. La première piqûre

Voir mon article intitulé « Deux tunisiennes aux antipodes : Meherzia LABIDI et Khaoula RACHIDI » et paru, entre autres, sous le lien :

http://blogs.mediapart.fr/blog/salah-horchani/030514/deux-tunisiennes-aux-antipodes-meherzia-labidi-et-khaoula-rachidi

 

3. Le risque de la deuxième piqûre

Amel KARBOUL et Ridha SFAR, respectivement ministre du tourisme et ministre-délégué chargé de la sécurité, seront auditionnés ce vendredi 9 mai 2014 par l’Assemblée nationale constituante, en séance plénière, et cela suite  à la motion de censure, relative à  l'entrée en Tunisie de touristes de nationalité israélienne**, déposée à leur encontre et signée par des constituants, pas nécessairement islamistes et dérivés, par populisme, sectarisme ou clientélisme électoral. Alors que les touristes israéliens ont toujours été accueillis en Tunisie, à l’occasion du pèlerinage de la Ghriba, avant et après la Révolution, et cela, y compris sous les deux gouvernements conduits par le parti islamiste Ennahdha.

Il est curieux que ces deux membres du Gouvernement , fruit du « Sit-in du Départ du Bardo » (sous-entendu,  le départ du Gouvernement islamiste ), que nos constituants, adeptes de  la vieille devise qui a fait tant de mal à la cause palestinienne, à savoir :  « Si tu veux détruire un politique, traite-le d'agent sioniste », souhaitent censurer, se trouvent être parmi ceux qui ont réalisé les meilleures performances  au bout de 100 jours  au pouvoir, tous membres de  gouvernements post-révolution confondus.

Parmi les célèbres modernistes traités d’agents sionistes par les islamistes et leurs dérivés, on peut citer, d’abord, le Président Habib Bourguiba et, ensuite, plus près de nous, Habib Khazdaghli, le courageux doyen de la Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de la Manouba, dans la banlieue de Tunis,  qui, malgré les agressions verbales et physiques, les menaces de mort, les procès  iniques, a tenu bon pour que le niqab n’intègre pas sa Faculté ; il faudrait dire, plutôt, ne désintègre pas sa Faculté ! 

La surenchère dans cette affaire de motion de censure est orchestrée, essentiellement, par des partis en perte de vitesse, alors que, ironie de cette histoire ou mauvaise foi politique, la reconnaissance de l’État d’Israël par les palestiniens, y compris le Hamas, vient juste d’être confirmée, officiellement, de facto, suite à la conclusion, à Gaza dans la nuit du mardi 22 au mercredi 23 avril 2014, du dernier accord de récon­ci­liation nationale entre ce mouvement et l'Organisation de Libération de la Palestine (OLP); de facto, puisque l’OLP a reconnu, implicitement,  Israël depuis les accords d’Oslo, en 1993.

Cet accord prévoit la formation sous cinq semaines d’un gouvernement transitoire de consensus, composé de personnalités indépendantes, sans mandat politique, gouvernement qui sui­vrait la poli­tique de l’OLP et non celle prônée jusqu’alors par le Hamas, et cela, d’après les assurances données par le Président palestinien Mahmoud Abbas***. En outre, cet accord a été couronné, hier lundi 5 mai 2014, par la rencontre, à Doha, entre le Président Abbas et Khaled Mechaal, le chef (du bureau politique) du Hamas.

Nos constituants signataires de ladite motion de censure devraient s’informer sur l’évolution du conflit israélo-palestinien, ainsi que sur les lois tunisiennes qui n’interdisent nulle part l'entrée en Tunisie de touristes de nationalité israélienne ou autre, eux qui devraient être les premiers à connaître les lois ! Il faut savoir si la Tunisie de la Révolution est un État de droit ou elle ne l’est pas !

De plus, je crois pouvoir dire sans risque de me tromper que  beaucoup de signataires de cette motion de censure ignorent, ou feignent d’ignorer, que plusieurs pays arabes entretiennent des relations diplomatiques ou commerciales  avec Israël  et que nous sommes de grands consommateurs, comme le reste du monde d'ailleurs, d’innombrables produits indispensables d’origine israélienne couvrant plusieurs domaines : santé, automobile, communication, téléphonie mobile, informatique, aviation,…Ils doivent également ignorer qu'il y a plus de palestiniens  qui se rendent en Israël (pour diverses raisons : travail, affaires, santé, tourisme,…) qu’en n’importe quel autre pays arabe !

 

4. Le Rappel : Article 100 du Règlement Interne de l’Assemblée nationale constituante tunisienne

« Si un membre perturbe l’ordre des plénières, le président de la séance peut l’avertir ou le convoquer à son bureau. S’il persiste, il peut lui refuser la parole durant la séance »****.

 

5. Addenda (mercredi 7 mai 2014)

Oh ! Mon Dieu quel délire, quel gâchis politique et quelle perte de temps !

Meherzia Labidi a déclaré [aujourd’hui mercredi 7 mai 2014, voir le lien ci-dessous] que cette audition relevait de la sûreté de la Tunisie et a rappelé que le soutien de la cause palestinienne et le refus de toute forme de normalisation avec Israël font partie des constantes de la politique du gouvernement et de l’État. Et d’ajouter [en conséquence] l’audition se ferait normalement à huis-clos.

http://tuniscope.com/index.php/article/44548/actualites/politique/karboul-sfar-021117#.U2qh_9IU9yQ

Mais, où est-elle allée chercher tout ça ?

D’autant plus que  la décision de la tenue d’une séance plénière à huis clos de l’ANC est contraire au principe de transparence et au droit constitutionnel du citoyen d’accéder à l’information garanti par l’article 32 de notre Constitution ; surtout que son article 49 stipule qu’il n’est possible de restreindre ce droit « qu’en cas de nécessité exigée par un État civil et démocratique et dans l’objectif de protéger les droits d’autrui, la sécurité publique, la défense nationale, la santé publique ou la morale publique ».

Pour ce qui me concerne, je n’arrive pas  à saisir la relation entre le fait d’accueillir sur notre sol des touristes israéliens  et la "normalisation" avec lÉtat d’Israël, ni comprendre comment l’entrée de ces touristes en Tunisie puisse porter préjudice à notre soutien de la cause palestinienne !

Si, dans mon approche de ce problème, il n’y a que du faux,  alors, je propose, pour soutenir la cause des six septièmes de l’ensemble  des habitants du Qatar, constitués par les travailleurs immigrés exploités, d’après les ONG de défense des Droits humains, de façon esclavagiste, moyenâgeuse et inhumaine, par le septième restant, constitué par les qataris, que tous les pays du monde épris de justice et de liberté, et qui luttent pour le respect des droits de la personne pour bâtir une société solidaire de tous, interdisent l'entrée sur leurs sols des citoyens de nationalité qatarie; car, le soutien des causes justes est un et indivisible et ne devrait pas être à géométrie variable !

 

6. Addenda bis (vendredi 9 mai 2014)

a. La séance d’audition d’Amel Karboul et Ridha Sfar sera publique

Les constituants ont voté, aujourd’hui vendredi 9 mai 2014, pour une plénière publique concernant l’audition d’Amel Karboul et Ridha Sfar, relative à la motion de censure déposée à leur encontre ; et cela, avec les résultats suivants : Sur l’ensemble des 217 constituants, 63 ont voté pour la tenue de la plénière à huis clos, 5 se sont abstenus et 81 ont voté contre; résultats qui représentent un petit camouflet à Meherzia Labidi, à son arrogance et à son ignorance  contenues dans sa déclaration ci-dessus.

b. Quand une motion de censure se  transforme en  motion d'imposture !

Juste avant le vote final, et après un débat houleux qui a duré environ sept heures, dominé par une vive tension, durant lequel les deux ministres concernés sont intervenus à deux reprises, les auteurs de la motion de censure on fait volte-face en la retirant, pour la remplacer par un simple communiqué !, de peur, probablement, du résultat du vote qui s’annonçait clairement, au vue des diverses interventions, au profit des dits ministres ; manœuvre qui a été vivement critiquée par plusieurs constituants (voir la vidéo ci-dessous) et dont la variable cachée a été bien cernée dans la réaction passionnée de  Rabiaâ Najlaoui (la plus jeune constituante) qui a crié, debout sans micro, haut et fort en direction de l’occupant du perchoir, en pointant un doigt accusateur : « Ils ont peur du vote [contre la motion de censure] parce qu'il accordera une immunité de trois mois aux ministres ! (…) [la motion de censure] sait qu’elle est tombée par sa propre faute par terre, elle a dit "on m’a poussé" » (pour les lecteurs facebookeurs, voir la magnifique deuxième vidéo mentionnée ci-dessous); étant donné que, d’après l’article 19 de la Loi portant organisation provisoire des pouvoirs publics, si le vote d’une motion de censure n’obtient pas la majorité requise pour destituer un ministre, ce dernier jouit d’une immunité de trois mois, à compter du jour du vote.

http://www.youtube.com/watch?v=2peSI_STBT8

https://www.facebook.com/photo.php?v=629461857139263&set=vb.288764001209052&type=2&theater

Je suppose que le lecteur a noté le rôle de la femme tunisienne qui ressort de ces deux vidéos, dans notre combat quotidien contre les dérives qui menacent notre Révolution !

Quant à la direction des débats par Mustapha Ben Jaâfar, Président de l’Assemblée nationale constituante, tout en étant aussi partisane que celle assurée par Meherzia Labidi lors de la première piqûre, elle fut plus professionnelle. Ce qui la rend plus sournoise et plus dangereuse pour la démocratie : sa décision d’accepter, en catimini, de remettre en cause le vote de  la motion de censure est un exemple caractéristique de sa dangerosité, à intégrer dans sa ligne de conduite bien confirmée vis-à-vis de ses alliés que Selma Mabrouk, constituante Al Massar à l’ANC, a bien résumée en une phrase : « Pour servir ses alliés, Ben Jaâfar ne recule devant aucun écart au règlement intérieur de l'Assemblée ». Ce traitement des mentions de censure qu’il ne trouve pas à son goût, ou alors, bien qu’à son goût, elles perturbent ses projets politiques, allant jusqu’à utiliser le marchandage partisan, pour ne pas dire le chantage partisan, est devenu une marque déposée du Président Mustapha Ben Jaâfar, puisqu’il n’en était pas à son premier coup d’essai, étant donné que, bien que prévenu, plus d’une fois, par des constitutionnalistes tunisiens et étrangers, de l’irrégularité de telles pratiques, inimaginables dans un pays démocratique, c’est la troisième fois qu’il a eu recours à cette stratégie pour imposer sournoisement, avec un petit air de Monsieur Sainte-nitouche (voir la première vidéo mentionnée ci-dessus), ses choix politiques, comme l’a rappelé le constituant Fadhel Moussa, Doyen de la Faculté des sciences juridiques, politiques et sociales de Tunis, par un post publié sur sa page Facebook, juste après la descente de rideau de la pièce de théâtre  « Quand une motion de censure se  transforme en motion d'imposture » qui a été jouée, ce vendredi 9 mai 2014, sous la Coupole de l’ANC.

En conclusion, je peux dire que, à mon avis, de cette mascarade parlementaire, les intrigants  sont sortis humiliés et affaiblis, tandis qu’Amel KARBOUL et Ridha SFAR sont sortis énergisés et renforcés, avec une bonne résistance à la bêtise politicienne.

 

7. Addenda ter (samedi 10 mai 2014) 

a. Ou bien Mustapha Ben Jaâfar and Co nous prennent pour des imbéciles, ou bien alors, Mustapha Ben Jaâfar and Co sont des débiles !

Le comble du ridicule, c’est que le dit communiqué  (qui a remplacé la motion de censure)  a été présenté, dans la nuit du vendredi 9 au samedi 10 mai 2014, sur la page Facebook officielle de l’Assemblée  Nationale Constituante, après la clôture de la séance  d’audition, comme étant simplement un document rappelant «أسباب استدعاء الوزيرين» (« les raisons de l’invitation des deux ministres »). Comme si, après une journée entière  de débats transmis en direct sur Wataniya 2 (l’équivalent de France 3), ni les constituants, ni les citoyens n’ont compris l’objet de la mention de censure. Alors, de deux choses l’une : ou bien Mustapha Ben Jaâfar, le Président de l’ANC, ses vice-présidents,.., les parties initiatrices de la motion de censure nous prennent pour des imbéciles,  ou bien alors, tout ce beau monde est constitué de débiles !

b. Motion de censure : L'exemple du règlement de l’Assemblée Nationale Française°
 

Chapitre XI-Motions de censure et Interpellations

Article 153
4. À partir du dépôt, aucune signature ne peut être retirée ni ajoutée.

Article 154
3. Aucun retrait d'une motion de censure n'est possible après sa mise en discussion. Lorsque la discussion est engagée, elle doit être poursuivie jusqu'au vote.

C'est une règle de bon sens pour empêcher le marchandage politique et même la corruption. La motion de censure est un acte de responsabilité qui doit être assumé jusqu'au bout par ses auteurs.
 
°Fadhel Moussa, Constituant Al Massar à l’ANC.

c. La cerise sur le gâteau : Motif du retrait de la mention de censure

Question du journaliste à Iyed DAHMANI, l’auteur de la motion de censure à l’encontre d'Amel KARBOUL :

Pourquoi avez-vous décidé de retirer la motion de censure ? 

Réponse d’Iyed DAHMANI :

La motion de censure ne devait pas passer pour l’intérêt de l’Assemblée Constituante.  Le passage au vote dévoilera les résultats, en cas de rejet de la motion, l’Assemblée sera considérée comme un adepte de la normalisation avec l’entité sioniste. C’était une affaire à éviter. (sic)

Source :

http://www.realites.com.tn/2014/05/10/iyed-dahmani-non-je-ne-regrette-rien/

 

Salah HORCHANI

*http://3ilm.char3i.over-blog.com/article-hassan-al-basri-la-description-d-un-croyant-dossier-76848136.html

** Voir mon article (et ses commentaires) intitulé «Pèlerinage de la Ghriba (suite) : Ma position relative au problème israélo-palestinien», paru sous le lien :

http://blogs.mediapart.fr/blog/salah-horchani/280414/pelerinage-de-la-ghriba-suite-ma-position-relative-au-probleme-israelo-palestinien

***http://www.france-palestine.org/Premiere-rencontre-entre-Abbas-et

****http://www.marsad.tn/uploads/documents/RI_ANC_fr_Tunisie_BsiliAdeL.pdf

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.