Monsieur Mehdi Jomaâ, notre ancien étudiant

À l’Université El Manar-Ras Tabia,

Aujourd’hui maître d’œuvre du processus de transition

Démocratique en tant que membre du triumvirat

Dirigeant le pays, constitué par les trois présidents

Occupant les Palais du Bardo, de Carthage, de la Kasbah

Ce dernier étant le vôtre, en tant que Chef du gouvernement

Qui a "dégagé" celui de la Troïka et ses malfrats,

Grâce au Sit-in du Départ et toutes ses mobilisations,

De Monastir à Meknassi, de Bizerte à Remada,

Avec ses manifestations, marches et rassemblements

Faisant ébranler le pouvoir islamiste d’Ennahdha

Qui a jeté l’éponge après multiples tergiversations,

Je m’adresse aujourd’hui à vous, compte tenu de votre aura,

Du fait que c’est vous le boss de l’exécutif [1], réellement,

Et du courageux travail que vous avez entrepris ces temps-là

En mettant fin aux activités de hors la loi associations [2],

Ainsi que celles de leurs alliés : maires, gouverneurs, délégués, omdas,…, [3]

Recruteurs de terroristes et machine à blanchir l’argent,

Séquelles des islamistes qui ont piégé les rouages de l’État,

Cette entreprise a fait de vous un vrai dirigeant de décision

Et nous invite à croire que vous êtes l’homme de pouvoir qui sera

À la hauteur de la difficulté de la tâche qui l’attend,

Embrouillée par l’immixtion d’autres capitales, comme Doha,

Surtout qu’il reste une multitude de ces associations

Dont le discours est centré, plutôt, sur l’au-delà

Et dont le financement pue les monnaies du Moyen-Orient

Qu’ils convertissent en kalachnikovs ou bien alors en appâts

Pour s’attirer la sympathie et l’adhésion des pauvres gens

Avant de les enrôler pour les djihadistes assassinats

Chez nous, nos voisins ou certains pays du Levant

Ils sont une composante du grand fléau de terra nostra

Qui n’épargnera aucun pays, y compris ceux du Ponant

Mais, les terres d’Islam seront les premières victimes, il va de soi,

Ce sont eux les relais qu’il faut neutraliser absolument

Si l’on souhaite mettre fin aux terroristes attentats

Qui sont loin d’être éradiqués définitivement

Tout cela, vous le savez, Monsieur le Président Jomaâ

Et vous savez que c’est un obstacle à votre mission

Qui se résume aux révolutionnaires desideratas

Dont une condition nécessaire de leurs réalisations

Est que vous respectiez la principale clause du contrat

Que vous avez passé avec le Quartet [4] et la Nation

À savoir, mettre hors d’état de nuire ces gens-là et leurs fanas

 

Vous n’ignorez pas que cette année est celle du tournant,

Tournant qui va décider du modèle de notre société,

Modèle qui va être conditionné par le sort des élections,

Mais, aussi, par leur transparence et équité,

Ainsi que par la conformité des programmes des candidats

Avec les exigences dictées par notre Constitution,

Arrachées par les modernistes après de rudes combats

Contre les islamistes et leurs appendices fascisants,

Au premier chef, le respect de la civilité de l’État

Et la séparation entre politique et confession, 

Le respect des droits des femmes acquis avant la révolution,

Avec l’engagement à œuvrer pour leur amélioration [5],

En particulier ceux du CSP [6] promulgué par Bourguiba

À l’aube de l’indépendance, voilà bientôt soixante ans,

Code décrié par tous les islamistes et leurs substrats,

Surtout qu’il a interdit la polygamie et la répudiation,

Et a affaibli substantiellement le patriarcat

Trois « valeurs » parmi celles auxquelles ces gens-là tiennent tellement

 

Or, il se trouve des candidats partisans de la Sharia,

D’autres qui rejettent la République et toutes ses institutions

Sans oublier, bien sûr, les partis dont le programme est le Khalifat,

Ainsi que ceux qui dépendent de l’étranger financièrement [7],

Candidats dont les partis sont des pensionnaires d’Al-Jazeera

Et leurs chefs, de fervents admirateurs de ses dirigeants,

Permanents de la chaîne islamiste tunisienne Al Zitouna [8]

Leur but est de barrer le chemin de la démocratisation,

Chemin qui exigerait des conditions de protection maxima

Pour que son étape finale soit achevée avec ces élections,

Alors que de leur choix de société, le Peuple ne veut pas,

Comme il est spécifié dans la chanson parue sous le lien suivant [9]

Avec des airs empruntés à La Carmagnole et au Ça ira

Qui se sont mis tous les deux à l’heure de notre engagement

Afin d’expliquer l’origine de ce rejet et ses pourquoi

 

Aussi, pour ces gens-là, un bon coup de balai s’imposera

À cause de leurs statuts, activités ou financements,

Ainsi que leurs discours de violence et de haine hors la loi,

Coup de balai dans le cadre de la loi, évidement,

Qui peut commencer en retirant à ces partis leur visa

Et en s’opposant à ces candidatures de subversion,

En enrayant les dégâts provoqués par la Troïka

Et en annulant les islamistes nominations

 

Mais, au vu des dispositions de la « Petite constitution » [1]

Ces décisions sont dans vos prérogatives, pleinement,

Et les deux autres présidents n’y pouvant rien, légalement

Et même s’ils le pouvaient, ils sont occupés ailleurs, autrement,

Par leur campagne préélectorale pour leur réélection

Jusqu’à nouer alliance avec ces gens-là, éventuellement,

Occupations qui ne vous concernent pas, évidemment,

Compte tenu de l’engagement pris solennellement

À ne pas vous présenter nulle part, volontairement

Afin de vous consacrer à votre tâche, entièrement

 

Alors, achevez le travail commencé courageusement,

Outre la Constitution, les lois et les réglementations,

Qui sont on ne peut plus clair pour condamner leurs agissements,

Vous avez le soutien des démocrates de tous les horizons

De la société civile et leurs nationales organisations

Aux partis politiques non compromis avec l’islamisation

En un mot, les protecteurs authentiques de notre Révolution

Et vous atteindrez le piédestal des héros de la Nation,

Des sauveurs de la mère-Patrie, mais, il vous reste peu de temps,

Car, vous avez jusqu’au 24 courant [10], pour faire opposition

 

Sinon, vous vous rendrez coupable de haute trahison

D’avoir failli à vos engagements et obligations

D’avoir failli à la raison d’être de votre désignation

En laissant faire les forces de la contre-révolution

Constituées par ces marchands de religion

Dont le seul but est de stopper la démocratisation

Entamée dans notre pays voilà bientôt quatre printemps

Vous risquerez le déshonneur et, peut-être, la prison   

Car, l’Histoire et votre Peuple vous jugeront sévèrement

En vous tenant pour premier responsable de la situation

Engendrée par la faillite de la démocratique transition,

Faillite qui conduira à coup sûr à la théocratisation

De l’État, avec un réel risque de son éternisation : 

Catastrophe à laquelle serait lié à tout jamais votre nom    

 

Salah HORCHANI

Professeur à la Faculté des Sciences de Tunis

Université El Manar-Ras Tabia

 

[1] Depuis le 16 décembre 2011, la Tunisie est gouvernée en vertu de la Loi constitutionnelle n° 6-2011 portant sur l’organisation provisoire des pouvoirs publics, Loi dénommée aussi « Petite constitution », par allusion au fait que ce texte joue le rôle d’une Constitution provisoire, régissant une période transitoire, devant rester en vigueur jusqu'à la prise de fonctions effective des institutions issues des élections prévues  dans la nouvelle Constitution, élections qui vont avoir lieu au quatrième trimestre de l’année courante.  Dans la Petite constitution, le Pouvoir exécutif est détenu quasi-exclusivement par le Chef du gouvernement qui y est dénommé, aussi, Président du gouvernement. Voir à ce sujet, par exemple, le lien suivant :

http://nawaat.org/portail/2013/02/14/traduction-fr-loi-constitutionnelle-n6-2011-du-16-decembre-2011-relative-a-lorganisation-provisoire-des-pouvoirs-publics/ :

[2] http://www.businessnews.com.tn/tunisie-mehdi-jomaa-decide-le-gel-des-activites-de-157-associations,520,48754,3

[3] Le gouverneur (respectivement, le délégué) est l’équivalent du préfet (respectivement, du sous-préfet) en Tunisie. Quant au omda, c’est le dirigeant de la plus petite division administrative appelée imada (secteur) et serait l’équivalent d’un sous-sous-préfet. L’omda occupe une position stratégique de proximité, du fait qu’il assure certaines prestations administratives et sociales comme, par exemple, délivrer un certificat de chômage, une carte pour des soins gratuits, une carte d’handicapé, un certificat de décès ou distribuer des aides de tous genres aux familles nécessiteuses. La Tunisie compte 24 gouverneurs, 264 délégués et 2073 omdas.

[4] Le Quartet est un regroupement apolitique de représentants syndicaux, patronaux, de la Ligue tunisienne des droits de l’homme et du Barreau qui a arrêté la Feuille de route de la transition politique ayant conduit au départ du Gouvernement islamiste au profit du Gouvernement de technocrates conduit par Mehdi Jomaâ.  

[5] L’Article 2 de notre Constitution énonce :La Tunisie est un État à caractère civil, fondé sur la citoyenneté, la volonté du peuple et la primauté du droit. Il n'est pas permis d'amender cet article”. Quant à son Article 35, il stipule : “La liberté de constituer des partis politiques, des syndicats et des associations est garantie. Les partis politiques, les syndicats et les associations s'engagent dans leurs statuts et leurs activités à respecter les dispositions de la Constitution et de la loi, à la transparence financière et au rejet de la violence“. Enfin, son Article 46 spécifie : L'État s'engage à protéger les droits acquis de la femme, les soutient et œuvre à les améliorer. L'État garantit l'égalité des chances entre la femme et l'homme pour assumer les différentes responsabilités et dans tous les domaines. L'État œuvre à réaliser la parité entre la femme et l'homme dans les conseils élus. L'État prend les mesures nécessaires afin d'éradiquer la violence contre les femmes”. Voir, à ce sujet, le lien suivant :

http://mjp.univ-perp.fr/constit/tn2014.htm

En outre, dans ce contexte, l’Article 3 du Décret-loi n° 2011-87 du 24 septembre 2011 organisant les partis politiques énonce : Dans le cadre de leurs statuts, activité et financement, les partis politiques sont tenus de respecter les principes de la République, la primauté de la loi, la démocratie, la pluralité, l'alternance pacifique au pouvoir, la transparence, l'égalité, la neutralité de l'administration, des lieux de culte et des services publics, l'indépendance de la justice et les droits de l'homme tels que définis par les conventions internationales ratifiées par la République Tunisienne ”. Quant à son Article 4, il stipule : Il est interdit aux partis politiques, de s'appuyer dans leurs statuts, communiqués, programmes ou activités sur l'incitation à la violence, la haine, l'intolérance et la discrimination fondée sur la religion ou la catégorie ou le sexe ou la région ”. Voir, à ce sujet, le lien suivant :

http://www.legislation-securite.tn/fr/node/30451

[6] Voir, par exemple, le premier paragraphe intitulé « Le Code du Statut Personnel » de mon article titré « Tunisie : Le Combat pour la Dignité des Femmes se poursuit » et paru sous le lien suivant :

http://www.legrandsoir.info/tunisie-le-combat-pour-la-dignite-des-femmes-se-poursuit.html

[7] Georges Malbrunot et Christian Chesnot ont confirmé, dans la page 198 de leur livre Qatar : les secrets du coffre-fort (Michel Lafon, Paris, 2013), l’information rapportée par plusieurs médias selon laquelle Rached Ghannouchi, Président-fondateur d’Ennahdha, aurait reçu 150 millions de dollars de la part de l’ex-Émir du Qatar, Hamad Ben Khalifa al Thani.

[8] Sachant que la chaîne Al Zitouna peut être considérée, au vu de ses propriétaires, son équipe dirigeante et ses programmes, comme étant le porte-parole et la chaîne de propagande du parti islamiste tunisien Ennahdha, pour avoir une idée du rôle joué par cette chaîne et du vrai visage de ce parti, les lecteurs arabophones sont invités à visionner la vidéo suivante :

https://www.youtube.com/watch?v=uIYJQAkvmtw

qui reprend un extrait de l’émission « Al Sharia wal Kanoun » (La Sharia et la Loi) diffusée par ladite chaîne, où l’intervenant accuse explicitement l’État (sous-entendu le Gouvernement Mehdi Jomaâ) de mener une guerre contre l’Islam et de dépenser des sommes énormes pour rendre le peuple mécréant et pervers, avant de conclure : “ils font l’apologie de la perversion intellectuelle et sexuelle (…) Il est temps que l’on se purifie pour que Dieu nous bénisse”.

Et, il est plus que temps, Monsieur le Président du gouvernement, de procéder à la fermeture de cette chaîne !

Référence ajoutée le 09/10/2014 : "Al Zitouna : Amende de 10.000 dinars pour une publicité en faveur d’Ennahdha " parue sous le lien suivant :

http://www.kapitalis.com/medias/25063-zitouna-tv-amende-de-10-000-dinars-pour-une-publicite-en-faveur-d-ennahdha.html

Référence ajoutée le 11/10/2014 : Le lien ci-dessous rapporte que l'animateur de l'émission « Al Sharia wal Kanoun » (La Sharia et la Loi, dont il est question ci-dessus) de Al Zitouna a déchiré, en direct, une correspondance de la Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle (HAICA),  avec vidéo à l’appui :

http://www.investir-en-tunisie.net/index.php?option=com_content&view=article&id=28526%3Atunisie-un-animateur-de-zitouna-tv-dechire-en-direct-une-correspondance-de-la-haica-video&catid=95%3Apolitique-social&Itemid=317

[9] http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/la-carmagnole-et-le-ca-ira-a-l-156166

Voir, aussi, mon poème intitulé «Inventaire de la Tunisie après deux ans passés sous la Troïka », paru sous le lien suivant :

http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/inventaire-de-la-tunisie-apres-143427  

[10] L’ensemble des listes préliminaires de candidature aux élections législatives sont rendues publiques aujourd’hui, samedi 6 septembre 2014, et la période des recours en opposition aux candidatures s’étale sur 18 jours, à savoir, du 6 au 24 courant. Voir, à ce sujet le lien suivant :

http://www.leaders.com.tn/article/exclusif-le-calendrier-detaille-des-elections-legislatives-et-presidentielles?id=14438

 

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