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1. Pour Maître Fathi Layouni, un acte sexuel non consenti et non violent  n’est pas un viol !

Ce billet est une réponse à la position défendue par Fathi Layouni, un avocassier ex-Ben-Aliste au service des islamistes* et avocat-conseil des policiers-violeurs de Meriem (c’est le nom d'emprunt qu'elle s'est choisi), cette jeune Tunisienne qui fut «coupable d’avoir été violée» **, position que cet avocat-conseil a colportée sur plusieurs plateaux-télé et, le plus grave,  qui aurait, partiellement, influencé le tribunal qui a jugé cette affaire, et ce, entre autres, au vue de la déclaration de Sofiène Siliti, porte-parole du ministère public, commentant le verdict rendu par cette juridiction. Ce dernier a reconnu que « le tribunal a penché vers l’application des articles accordant les circonstances atténuantes aux accusés, ce qui est infondé dans le cas de l’espèce, ajoutant que la sanction dans de telles affaires peut aller jusqu’à la peine capitale »**, alors  que, tout en reconnaissant leur crime, la décision des  juges de ce tribunal s’est limitée à sept ans de prison ferme pour ces policiers-violeurs. Maître Fathi Layouni, oubliant que sans le respect strict de l’éthique, le privilège de la défense ne se justifierait plus, que sa robe d’avocat ne lui permet pas de dire n’importe quoi et que «Dieu ne dirige pas celui qui est pervers et menteur» (Coran S.40-V.28), persistant à minimiser un acte criminel des plus odieux en utilisant les plus bas procédés, a soutenu, en substance, au cours de toutes ses interventions, que le chef d’accusation de viol est infondé, puisqu’il qu'il n'y a pas eu, selon ses dires, de résistance de la part de Meriem, étant donné qu’il n’y avait pas de traces de violences physiques sur son corps, que, en conséquence, elle était consentante, que, pour lui, un viol est un acte sexuel nécessairement accompagné de violences physiques, usage d'armes ou menaces d'usages d'armes confirmés et qu’un acte sexuel non consenti et non violent  n’est pas un viol !

 

2. Pourquoi une personne peut être violée, sans qu’elle crie, sans qu’il y ait de traces de violences physiques sur son corps ?

Il est absolument faux de croire que lors d’un viol la victime essaye nécessairement de se défendre en criant et/ou en repoussant physiquement son agresseur et qu’une victime violée a été nécessairement violentée et doit  porter des traces de violences physiques sur son corps. En effet, d’abord, les statistiques montrent que 80% des viols sont commis sans violence physique, sans utilisation d’armes, ni menace de  les utiliser. Ensuite, des études scientifiques ont montré que, lors d’un viol,  « un effet de sidération du psychisme (…) va paralyser la victime,  l’empêcher de réagir de façon adaptée (…) Un stress extrême, véritable tempête émotionnelle, envahit alors l'organisme et - parce qu'il représente un risque vital pour l'organisme (atteinte du cœur et du cerveau par l’excès d’adrénaline et de cortisol) - déclenche des mécanismes neurobiologiques de sauvegarde qui ont pour effet de faire disjoncter le circuit émotionnel, et d'entraîner une anesthésie émotionnelle et physique (…) L'anesthésie émotionnelle génère un état dissociatif avec un sentiment d'étrangeté, de déconnection et de dépersonnalisation, comme si la victime devenait spectatrice de la situation puisqu'elle la perçoit sans émotion » ***.

Voilà pourquoi, lors d’un viol, la victime ne crie pas nécessairement, ne se défend pas nécessairement. Voilà pourquoi une personne  peut être violée, sans qu’elle soit violentée physiquement, sans qu’il y ait de traces de violences physiques sur son corps.

Aussi, en matière de viol, « qui ne dit mot ne consent pas » contrairement à l’adage bien connu.

 

Salah HORCHANI

*http://www.tunisie-secret.com/Fathi-Layouni-un-ex-rcediste-au-service-d-Ennahda_a215.html

**http://horchani.blog.lemonde.fr/2014/04/04/tunisie-affaire-du-viol-de-meriem-meriem-et-ahmed-merci-car-grace-a-votre-courage-et-votre-combat-plus-jamais-ca/

*** http://blogs.mediapart.fr/blog/muriel-salmona/250813/le-viol-crime-absolu

http://www.leaders.com.tn/article/non-les-violences-physiques-ne-sont-pas-inherentes-au-crime-de-viol-en-droit-penal-tunisien?id=13771

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Affaire Meriem : 15 ans de prison ferme pour les 2 policiers violeurs

Les 2 policiers ayant violé une jeune fille, le 4 septembre 2012, au nord de Tunis, ont été condamnés par la cour d’appel de Tunis à 15 ans de prison ferme.

C’est presque un soulagement pour la victime, Meriem Ben Mohamed (pseudonyme), et les associations qui l’ont soutenue, après que l’affaire ait été reportée à plusieurs reprises par la justice.

Après un premier jugement, prononcé en première instance, en septembre 2014, de 7 ans de prison ferme pour les 2 violeurs, verdict jugé indulgent par la société civile et notamment Me Radhia Nasraoui, présidente de l'Organisation tunisienne de lutte contre la torture (OTLT), la cour d’appel a doublé la peine, tout en maintenant l’amende de 20.000 dinars.

Le troisième policier, accusé de corruption pour avoir racketté l’ami de la jeune fille, a écopé, pour sa part, d’un an de prison ferme et d’une amende équivalente à celle de ses collègues.

Meriem a vécu un vrai calvaire, car après ce drame, elle a été victime de harcèlement et a dû se réfugier un certain temps en France. Elle a publié un livre où elle a raconté sa douloureuse histoire, intitulé ''Coupable d'avoir été violée''.

Les associations avaient souligné que le crime de viol est classé par la Cour pénale internationale (CPI) comme crime contre l'humanité lorsqu'il est commis en période de transition et comme une violation flagrante des droits humains dans la loi de la justice transitionnelle

 

Source :

http://www.kapitalis.com/societe/25910-affaire-meriem-15-ans-de-prison-ferme-pour-les-2-policiers-violeurs.html

 

Salah HORCHANI