1. Le Procès de la honte

Le Procès de la honte intenté contre Habib Kazdaghli, Doyen de la Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de la Manouba (FLAHM)  par les Courants Islamistes Tunisiens, y compris Ennahdha, Parti actuellement au pouvoir, via une étudiante niqabée interposée, va reprendre, le 25 octobre 2012, après la requalification, le  5 juillet 2012 lors de la première audience, par le Ministère Public, des faits qui lui sont reprochés, requalification qui peut conduire à  la sentence de cinq années d’emprisonnement. Voir à ce sujet mon Article (et son premier Commentaire)  intitulé " Tunisie : Il faut sauver le Doyen Kazdaghli !  "paru sur le Lien :

http://www.legrandsoir.info/tunisie-il-faut-sauver-le-doyen-kazdaghli.html

D’autre part, le Lecteur qui souhaite avoir  un Historique exhaustif des événements ayant conduit à ce triste Procès, événements présentés par ordre chronologique, est invité à consulter mon Article (et ses 133 Commentaires , à ce jour) intitulé : " La nouvelle tendance du Ministère tunisien de l’Enseignement Supérieur !  ", se trouvant sur le Lien suivant :

http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/la-nouvelle-tendance-du-ministere-107454

 

2. La FLAHM et son Doyen, Habib Kazdaghli, victimes emblématiques de la Wahhabisation  du pays

En réalité, ce Procès, tout cousu de fil blanc,  a un caractère éminemment politique, comme l’a  soutenu, lors de de la première audience, Maître Mohamed Hedi Laabidi, membre (mandaté par la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme) de la pléiade d’avocats de la défense en affirmant : "Il ne fait aucun doute que le Gouvernement est impliqué dans ce Procès(…) C’est un montage, car le Doyen refuse de s’inscrire dans un modèle de société (…) contraire à la Modernité ". C’est un Procès qui  s’intègre, naturellement, dans une stratégie visant  la Wahhabisation  lente et progressive  de notre  pays, pays caractérisé jusqu’alors par une Société Ouverte et  un bien-vivre-ensemble trois fois millénaire. Cette stratégie a été, admirablement, exposé, par Rached Ghannouchi , Président-Fondateur-Guide-Suprême d’Ennahdha, dans une Vidéo filmée à son insu, mise en ligne le 9 octobre 2012 et massivement relayée, par la suite, sur Internet à travers  les réseaux sociaux. Dans cette Vidéo, le Guide Suprême explique, de manière magistrale, à des leaders Salafistes barbus comment asseoir leur  pouvoir " face aux laïcs (…) qui peuvent rebondir après leur échec [aux Élections  d'octobre 2011 pour l’Assemblée Nationale Constituante] " en invitant les Salafistes à faire preuve de " patience " et de " sagesse ", car, dit-il, " les laïcs, bien que minoritaires,  contrôlent encore les médias et l’économie (…) Quant à l’Administration, bien que sous le contrôle d’Ennahdha, elle est aussi entre leurs mains (…) l'Armée et la Police ne sont pas encore sûres [acquises à la cause des Islamistes] ". Le Guide Suprême a clairement conseillé dans cette Vidéo  " d'extirper les laïcs des places fortes de l'Etat ", comme l’a souligné, le jeudi 11 octobre 2012,  le journal tunisien Le Quotidien qui note, en outre,   que " le plus grave dans les propos [du Guide Suprême] c'est de dire que les Islamistes doivent impérativement écarter les laïcs (...) et mettre la main sur l'administration tunisienne et tous les rouages de l'Etat afin de pouvoir s'implanter et éviter de reproduire l'échec [des Islamistes] algérien" " les mosquées sont retombées dans les mains de laïcs et les Islamistes ont été de nouveau persécutés", dixit le Guide Suprême. Quant au quotidien arabophone Le Maghreb, il relève de son côté, le même jour, que par cette Vidéo,  " La vérité du projet Salafiste de Rached Ghannouchi [est] dévoilée ". Cette Vidéo est parue sur YouTube en deux parties sur les Liens suivants :

http://www.youtube.com/watch?v=YlkvRiOZfL4

http://www.youtube.com/watch?annotation_id=annotation_924613&feature=iv&src_vid=YlkvRiOZfL4&v=fIKjw7l6PO8

Cette Wahhabisation a débuté en essayant de terroriser les Modernistes et de museler les Libertés, toutes les Libertés, valeurs inconnues chez les Islamistes de tous bords, comme je l’ai écrit dans un autre Article :

" Les Islamistes vécurent notre Révolution en spectateurs

De Londres, de Paris, de Qatar ou d’ailleurs

Ce ne sont que des Révolutionnaires de la vingt-cinquième heure

Dont l’attachement à la Démocratie n’est qu’un leurre

Pour tromper, dans leur quête du pouvoir, les électeurs,

Leurs éventuels alliés et les opinions publiques, intérieure et extérieure,

Les Droits et les Libertés, toutes les Libertés, étant à l’index dans le registre de leurs valeurs :

Droits de la Femme, Liberté de Croyance, d’Opinion, d’Expression, de l’Artiste, du Créateur,… "

Dans le cadre de cette  Wahhabisation déclarée et de l’islamisation de la société tunisienne, pas assez musulmane au goût de certains, à commencer par le Guide Suprême, comme il l’a affirmé, plus d’une fois, en particulier  dans sa fameuse Vidéo fuitée dont il est question ci-dessus, les Islamistes au pouvoir ont permis  à leurs extrémistes les plus radicaux et les plus violents  de prendre de force le contrôle de centaines de mosquées, d’organiser des rassemblements publics de haine et de violence, dominés par des prêches  incendiaires et liberticides. D’ailleurs, comme ces rassemblements sont filmés, des centaines de Vidéo circulent sur le Web où figurent, nettement, les auteurs de ces discours de haine et de mort, auteurs qui demeurent, jusqu’à ce jour, libres et  impunis. Et c’est ainsi qu’on a pu identifier, sur une estrade perché, un haut-cadre du Ministère des Affaires Religieuses  lançant, lors d’un de ces rassemblements sur l’avenue Habib Bourguiba, les Champs-Élysées de la capitale, et à quelques dizaines de mètres du Ministère de l’Intérieur, un appel au meurtre à l’encontre de Béji Caid Essebsi, dernier Premier Ministre non Islamiste, dont le Gouvernement a su éviter le pire pour le pays, au lendemain de la Révolution,  en le conduisant à bon port aux Élections  d'octobre 2011 pour l’Assemblée Nationale Constituante. J’affirme cela, en assurant le Lecteur  que je n’ai aucune sympathie particulière pour Béji Caid Essebsi. Qui plus est, j’ai toujours été un opposant au courant politique qu’il représentait, dans le passé. Plus généralement, les cibles préférées des Islamistes sont les Modernistes, sans distinction, qu’ils soient intellectuels, politiques, hommes de culture, journalistes,…,ou citoyen lambda,  les  artistes, les femmes et certains médias, mais, aussi,  les débits d’alcool, les restaurants servant à manger au non-jeûneurs, pendant le mois de Ramadhan, les péripatéticiennes,…, les émissions radio-télévisées, généralistes ou culturelles, qui ne sont pas à leur goût,  sans oublier les lieux de Science, de Savoir, de Culture et de Modernité dont la  (double) victime emblématique fut, et demeure encore, la FLAHM et son courageux Doyen Habib Kazdaghli qui  refuse, depuis bientôt un an, de se plier aux exigences de la Feuille de  Route de leur Projet obscurantiste. Cette Institution, qui se trouve dans la banlieue de Tunis, est, depuis  toujours, à l’avant-garde du Courant Moderniste, Institution qui a vu passer d’illustres pionniers de la Pensée Universelle, en tant qu’enseignant ou enseigné, Tunisiens ou Étrangers, parmi lesquels on peut citer Salah Garmadi [poète, nouvelliste, dramaturge, linguiste et traducteur polyglotte (arabe, français et anglais)]et Michel Foucault  (philosophe français, Professeur au Collège de France dont le nom de famille a donné l’adjectif " foucaldien " pour désigner tout ce qui découle ou s'apparente à sa pensée), Institution que les Islamistes ont décidé de sacrifier sur l’Autel de l’Obscurantisme, à la fois,  comme avertissement, intimidation et ballon d’essai, sacrifice dont le but final est la levée de l’interdiction du Niqab dans les Universités, et, par suite, la levée de la  mixité dans les établissements d’enseignement, de tous degrés, pour imposer, enfin,  leur projet de société  dont la pierre angulaire est  l’interdiction, partout,  de la mixité,  rêve, pour ne pas dire fantasme, d’une frange importante d’Islamistes dont plusieurs Constituants.

Le plus grave et le plus significatif, c’est que cette tentative de sacrifice de la FLAHM se déroule avec la complicité, au départ implicite et, par suite, nettement explicite, du premier responsable qui est censé protéger cette Institution et son Personnel, à savoir Moncef Ben Salem, aujourd’hui,  Ministre-Vedette-Islamiste de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique et, hier, Cerveau du Coup d’État Islamiste avorté de 1987, Ministre qui, dès sa nomination, s’est auto-promu Professeur des Universités avec l’aide d’un Jury très spécial qu’il a concocté lui-même, tellement spécial qu’il comporte deux Islamistes dont un  membre qui fut son propre colistier  pour lesdites  élections relatives à l’Assemblée Nationale Constituante. Voir à ce sujet mon Article intitulé  " Trop c’est trop ! Monsieur Moncef Ben Salem, Ministre Tunisien de l’Enseignement Supérieur : Il est temps de partir !  " paru sur le Lien :

http://www.legrandsoir.info/trop-c-est-trop-monsieur-moncef-ben-salem-ministre-tunisien-de-l-enseignement-superieur-il-est-temps-de-partir.html

 

3. Les soutiens au Doyen Habib Kazdaghli, à  l’artiste Nadia Jelassi et aux défenseurs des Libertés, toutes les Libertés

Suite à la première audience du Procès de la honte et de ladite  scandaleuse  requalification, par le Ministère Public, des faits qui sont reprochés au Doyen Habib Kazdaghli, un Manifeste International, intitulé " Manifeste de solidarité avec le Professeur Kazdaghli et les universitaires tunisiens " et dont les auteurs sont les Professeurs Marc FELLOUS et Robert Zittoun, a été lancé à travers plusieurs pays du monde. Le lecteur intéressé peut trouver (ou retrouver) ce Manifeste à partir du Lien suivant :

http://blogs.mediapart.fr/blog/salah-horchani/300712/manifeste-de-solidarite-avec-le-professeur-kazdaghli-et-les-univer-0

Malgré les 1.300 signatures obtenues, à ce jour, par ce  Manifeste International, dont des centaines sont très prestigieuses, ce soutien extérieur ne vaut rien sans une grande mobilisation intérieure et un soutien efficace émanant de Tunisiens, résidant en Tunisie ou à l’étranger. Aussi, l’Association de Défense des Libertés Académiques, élargissant le domaine de mobilisation et de soutien, a mis en Ligne, le 11 octobre 2012, un Manifeste, dans ses deux versions arabe et française, sous forme de Pétition, intitulé " Manifeste de solidarité avec le Doyen Habib Kazdaghli, l’artiste Nadia Jelassi et tous les défenseurs des Libertés académiques, de la Liberté de création et de la Liberté de presse " et ce,  sous le Lien suivant :

http://www.petitions24.net/manifeste_de_solidarite_avec_habib_kazdaghli_nadia_jelassietc

Ce dernier Manifeste a pour destinataire  les  Tunisiens d’ici et d’ailleurs, qu’ils soient universitaires, artistes, journalistes, défenseurs des droits de l’homme, militants de la Société Civile ou citoyens préoccupés par l’avenir des Libertés dans notre pays. Si vous êtes un de ces destinataires, au diapason du  contenu de ce Manifeste, je vous prie de bien vouloir le signer, en accédant au Lien (directement) ci-dessus,  et  diffuser largement cet Article autour de vous.

Que vive notre Tunisie de la Liberté, de la Dignité, de la Démocratie et de la Justice Sociale !

Salah HORCHANI

 

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Chroniques du «Manoubistan»

Par Moëz Majed

 

Dans le long chemin qui mène une nation vers son destin, il y a souvent des soubresauts, des épreuves, des larmes, du sang et des martyrs. Mais il y a toujours, à des moments clés de l’Histoire, des hommes et des femmes qui, portés par je ne sais quelle inspiration, se dressent face au déferlement des évènements, armés d’une conviction sans faille pour mener une bataille dont l’issue est improbable. Et souvent, les grandes inflexions du cours de l’Histoire se décident selon les issues de telles batailles. Et en regardant cette poignée d’hommes et de femmes se dressant face à l’obscurantisme pour en préserver leur foyer de lumière, on ne peut s’empêcher de se demander d’où peut venir cette force insoupçonnée qui les fait tenir face à la violence, la calomnie et les attaques incessantes. D’où leur vient cette volonté inoxydable leur permettant de résister au harcèlement, à la menace et à l’ignominie? Eux qui sont pourtant si frêles en apparence. C’est justement de cela que nous parle le livre de Habib Mallakh. Il nous parle de l’une de ces batailles dont l’Histoire de notre pays se souviendra pour les décennies à venir. Et peut-être, si la cause des progressistes tunisiens finissait par triompher, s’en souviendra-t-on pendant plus longtemps encore.

Dans une tribune publiée dans le magazine «Opinions» du mois de novembre 2012, j’ai comparé les évènements de la Manouba à la bataille des Thermopyles (480 av. JC), pendant laquelle Léonidas 1er de Sparte et 300 combattants ont longtemps résisté aux assauts de 500 mille Perses en les retenant, et en laissant ainsi le temps aux armées grecques de s’unir et d’organiser leur défense pour remporter la victoire, un an plus tard, face à Xerxès et son armée.

Loin de moi bien évidemment de prédire, et encore moins de souhaiter le sort de Léonidas et ses 300 à mes amis enseignants de la Manouba. Bien au contraire. Le sens de cette analogie est de mettre en exergue à quel point le combat et l’abnégation d’une poignée d’hommes et de femmes peut faire naître l’espoir d’une victoire prochaine parmi les troupes des forces progressistes ; victoire possible à condition de laisser de côté leurs querelles et de s’unir comme l’ont fait les cités grecques pour vaincre l’armada perse.

Le livre de Habib Mellakh  est en ce sens un ouvrage qui revêt une importance historique. C’est un journal de bataille tenu par l’un des acteurs de premier plan et écrit sur le vif. L’auteur nous livre sa vision des évènements avec une précision qui témoigne d’une grande exigence intellectuelle, mais également avec une émotion que la pudeur a du mal à camoufler, chose qui rend la lecture d’autant plus touchante.

Il ne s’agit certainement pas là d’un travail journalistique, mais je ne peux m’empêcher, en lisant ce livre, de penser à la célèbre phrase de Camus parlant des journalistes en les qualifiant d’historiens de l’instant présent. Et c’est dans cette émotion transparaissant dans l’écriture de Habib Mellakh que j’ai pu entrevoir la source de cette détermination sans faille, et cette force insoupçonnée dont sont investis ceux que la providence choisit pour accomplir de grands desseins. C’est sans doute là que naissent les destinées. Et cela est bien heureux, car une pensée effrayante mais, hélas, indiscutable me traverse souvent l’esprit à la vue des évènements qui secouent notre quotidien : c’est qu’en réalité, la civilisation est assez fragile et qu’elle résiste très mal aux assauts de la barbarie.

 

Les premières hirondelles

Il faut des siècles de raffinement et d’élévation intellectuelle, artistique et spirituelle pour avoir un mausolée comme celui de Sidi Bou Saïd, alors qu’il suffit d’un quart d’heure et d’une poignée d’écervelés pour l’incendier. Et il est miraculeux de voir apparaître dans de pareils moments des hommes et des femmes qui, en tenant tête à ce qui semblait inéluctable, finissent par insuffler l’espoir dans les rangs de ceux qui prônent la lumière. Ces hommes et ces femmes sont les premières hirondelles nous permettant d’espérer qu’un printemps est encore possible. Mais il serait bien injuste de parler de cet ouvrage et de rendre hommage aux enseignants de la Manouba sans avoir une pensée, ou mieux encore, sans tenter de comprendre ou même de s’expliquer sur le point de vue des autres protagonistes de cette affaire. L’un d’entre eux, Mohamed Amine Bakhti, a succombé à une grève sauvage de la faim observée pour protester contre son arrestation pour une toute autre affaire. C’est dire la détermination qui anime ces jeunes gens. Et cela prouve bien qu’ils ont une profonde conviction d’être dans le vrai.

Nul ne peut les taxer de faux militantisme ni de conviction fluctuante. Pourtant, ce sont bien des Tunisiens comme vous et moi... Comment avons-nous fait pour nous trouver si loin les uns des autres ? Pourquoi nos différences de points de vue génèrent-elles de la violence là où elles auraient pu être diversité et richesse ? Pourquoi, pour certains, l’affirmation de soi passe-t-elle obligatoirement par la négation de l’autre ? Ma conviction est qu’il existe une faille dans la conscience collective tunisienne, et que cette faille pourrait être réduite à une seule et unique question : « Qui sommes-nous ? » En réalité, en l’état actuel des choses, les Tunisiens ne savent pas vraiment qui ils sont.


Qu’est-ce qu’un Tunisien ?

Et de cette question hautement culturelle et pas encore élucidée découlent tous les maux de la Tunisie d’aujourd’hui : l’identité arabo-musulmane et son rapport à la modernité, le projet bourguibien, le régionalisme, l’iniquité dans la distribution des richesses et des investissements, le salafisme et l’influence des chaines satellitaires arabes, le refus de la différence et la violence politique, la place de la femme dans notre société... Tout cela découle d’une seule et unique problématique, soit notre incapacité de répondre en quelques mots à la question : « Qu’est-ce qu’un Tunisien ?»

D’ailleurs, le meilleur argument de cette thèse est que, une année après une révolution qui a éclaté pour dénoncer l’injustice, la pauvreté et la tyrannie en décembre 2010, les premières élections libres et indépendantes auxquelles elle a abouti ont été gagnées par les islamistes sur des arguments de moralité, de défense de l’identité arabo-musulmane et de « retour aux sources » ; sur des questions d’identité en somme. C’est également cette faille qui sépare les Tunisiens, que l’on voit béante et insupportable dans le récit de Habib Mellakh. L’impossibilité d’un dialogue constructif entre les enseignants et les sit-inneurs, les fameux évènements du drapeau tunisien, le rôle plus que trouble des autorités de tutelle, ou encore le procès fallacieux intenté à Habib Kazdaghli.

Depuis deux ans déjà, il est presque impossible d’engager un débat de fond dans cette Tunisie en gestation sans buter d’une manière ou d’une autre sur la question lancinante de l’identité. Et pourtant... Cette question est un redoutable piège pour les nations qui entament, à un moment de leur histoire, une réflexion sur leur avenir. La question de l’identité est un argument politicien très prisé par ceux qui aspirent à accéder au pouvoir à peu de frais. Il leur suffit de lancer un tel débat pour enflammer et détourner les foules des vraies questions du moment.


Une voie sans issue

Mais il s’agit là d’une voie sans issue. Un sable mouvant qui a mené bien des peuples vers la discorde, le génocide et la guerre. Pensez à l’Allemagne, à l’ex-Yougoslavie, au Rwanda... La Tunisie serait bien mal inspirée de continuer à se perdre dans de pareils débats. Ceux qui s’aventurent sur de tels sentiers ne sont autres que des apprentis sorciers ou, pire encore,  de cyniques calculateurs plus intéressés par des intérêts personnels et partisans que par la réussite de la transition démocratique en Tunisie. A cette question « Qui sommes-nous ?», il faudrait avoir le courage de répondre une fois pour toutes : « Nous sommes des Tunisiens et le reste est sans importance » ! Mais avoir la conscience des risques d’un tel débat ne signifie en aucun cas s’en détourner et l’éviter à tout prix. Car cela reviendrait à laisser le champ libre à ceux qui veulent l’exploiter à des fins politiques. Il est du devoir de l’élite tunisienne de s’en saisir sans pour autant s’y laisser piéger. L’aborder mais surtout s’en libérer. En refermant le livre de Habib Mellakh Chroniques du Manoubistan, j’ai l’impression d’en sortir avec plus d’interrogations que je n’en avais au départ. Le système éducatif tunisien a bien failli quelque part pour se retrouver aujourd’hui face à de telles chimères. Les élites tunisiennes, en laissant le champ religieux aux seuls prédicateurs orientalisés, ont elles fauté et se trouvent-elles aujourd’hui face à un adversaire dont elles ont elles-mêmes favorisé l’émergence ? Ce sont là quelques-unes des questions que m’a inspirées la lecture de ce livre qui est un témoignage précieux de l’un des faits majeurs de la révolution tunisienne. Mais il y a bien une critique, amicale certes, que je pourrais faire  à l’auteur ; c’est que je n’aime pas beaucoup le titre qu’il a choisi pour son ouvrage. Car, grâce au combat des enseignants de la Manouba, la faculté n’est pas encore le Manoubistan. La nommer ainsi, c’est présager d’une défaite qui n’est pas souhaitable et qui, grâce à eux, reste tout de même bien improbable.

 

Source:

http://www.lapresse.tn/20012013/61414/chroniques-du-manoubistan.html

 

Salah HORCHANI