Tout d’abord, permettez-moi, Monsieur le Ministre de l’Enseignement Supérieur  et de la Recherche Scientifique, de vous présenter les six thèmes que  je vais développer ci-dessous. Ce sont :

1. Monsieur le Ministre, nous exigeons des preuves à propos de vos accusations répétées contre les Collègues Lettreux et le Doyen Kazdaghli

2. Monsieur le Ministre, l’Histoire en temps réel a voulu que votre sceau avec la Mouvance Salafiste fasse éclore Trois Roses, dénommées Amel Aloui, Khaoula Rachidi et Amal Attia, pour la commémoration de la Journée Internationale de la Femme  

3. Monsieur le Ministre, votre faculté de permuter victimes et agresseurs serait-elle sous-jacente à un braconnage électoral ?

4. Monsieur le Ministre, altérer l’Histoire du Mouvement d’Indépendance Nationale ou son Hymne sont aussi des sacrilèges

5. Monsieur le Ministre, dans Toute Réforme Universitaire, le Ministre doit respecter les Structures et bannir les  Orientations Partisanes ou Sectaires et les Annonces  Démagogiques ou    Idéologiques

6. Monsieur le Ministre, votre auto-promotion au grade de Professeur des Universités pose problèmes et questionnements !

Ensuite, Monsieur le Ministre de l’Enseignement Supérieur  et de la Recherche Scientifique, ce n’est pas, uniquement, en tant que tel que je vais m’adresser à vous, mais, aussi, en tant que deuxième personnage du Parti Ennahda et  de l’Etat, après le Guide Suprême, comme dans mon  précédent article paru sur le Lien suivant :

http://blogs.mediapart.fr/blog/salah-horchani/090212/lettre-ouverte-monsieur-moncef-ben-salem-ministre-tunisien-de-l-en-0

article qui donne, dans son ouverture, une justification de cette qualité que je me suis permis de vous octroyer, Monsieur le Ministre, ainsi que de l’expression « Guide Suprême »

1. Monsieur le Ministre, nous exigeons des preuves à propos de vos accusations répétées contre les Collègues Lettreux et le Doyen Kazdaghli

Monsieur le Ministre, voilà bientôt quatre mois que la violence de vos partisans de l’extrême, les barbus et les niqabées, soutenue, pour ne pas dire entretenue, des fois par votre silence assourdissant et troublant, d’autres fois par l’orientation et la coloration de vos déclarations et interventions, a pris ses quartiers d’hiver, et bientôt de printemps, dans l’enceinte de la Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de la Manouba (FLAHM), avec  ses lots d’agressions verbales et physiques, de menaces de mort, d’interruptions de cours et  d’examens, avec ses haut-parleurs diffusant des chants religieux, ses prières fréquentes à-même la pelouse,…, et ce, en tenant en otage ses huit mille étudiants qui ne demandent  qu’à étudier et qui risquent une année blanche, si vous ne troquez pas, Monsieur le Ministre, vos tergiversations, pour ne pas dire votre complicité implicite, contre une réelle décision politique, plutôt citoyenne,  d’appliquer la Loi.

Cette complicité est apparue,  d’abord, à travers la charge que vous avez lancée, sans ambages, début janvier, à peine deux semaines après la prise de votre fonction ministérielle, contre les médias en les accusant, sans distinction, « d’avoir amplifié cette affaire », comme vous dites. Elle a été confirmée, ensuite, par vos  propos contenus dans l’enquête d’Agathe Logeart, sur la situation des femmes en Tunisie, parue, sur le Nouvel Observateur du 2 février 2012, sous le titre "Un Voile sur la Révolution". Ces propos ont été reproduits dans le paragraphe 3 de mon article référencé ci-dessus. Cette complicité a été étayée, après, par l’entretien que vous avez accordé à l’hebdomadaire Al Akhbar, entretien publié le 9 février 2012 sous le titre oh ! Combien révélateur : « Je fais assumer au doyen de la FLAHM la responsabilité de l’explosion de la crise ». Dans cet entretien, aux  consonances conspirationnistes, vous attribuez, Monsieur le Ministre, sans détour, des intentions perverses au Doyen, au   Conseil Scientifique de la FLAHM, ainsi qu’à des Hauts Fonctionnaires de votre propre  Ministère, en les accusant  d’avoir fomenté un Complot  contre vous,  pour vous pousser à la démission, « d’avoir créé de toutes pièces la crise du niqab »,  et vous affirmez que « le jeu et le fanatisme politique (des Lettreux) est à l’origine de  l’aggravation  de la crise (du niqab) à la Faculté des Lettres de la Manouba et à la Faculté des Lettres de Sousse ».

A ce stade, il convient de vous rappeler, Monsieur le Ministre, que ce n’est pas la première fois que vous lancez des accusations, sans aucune preuve ni aucun fondement, contre  des  collègues universitaires et principalement des Lettreux, en leur attribuant des intentions perverses. En effet, dans la Vidéo suivante :

http://www.youtube.com/watch?v=-HLRPYMXbdc

qui date du 6 mars 2011, vous affirmez  que, du temps de Zinochet, « des personnalités du gouvernement, des membres de la famille au pouvoir et,  malheureusement,  des universitaires et des professeurs de la Faculté des Lettres se rendaient en Israël où ils sont très bien reçus, où on leur offre des divertissements variés : débauche, alcool et toutes autres choses. Ensuite, on leur remplit les poches et ils retournent (en Tunisie)».

2. Monsieur le Ministre, l’Histoire en temps réel a voulu que votre sceau avec la Mouvance Salafiste fasse éclore Trois Roses, dénommées Amel Aloui, Khaoula Rachidi et Amal Attia, pour la commémoration de la Journée Internationale de la Femme   

Cette complicité, Monsieur le Ministre, a été, finalement, définitivement scellée par vos déclarations qui ont suivi l’Incident du Drapeau profané à la FLAHM, rapporté dans la Vidéo suivante :

http://www.youtube.com/watch?v=volEd9fqK8g&feature=share

Sur cette Vidéo on voit, d’abord, un barbu en qamis (genre de longue chemise ressemblant à une robe !) sur la terrasse d’un bâtiment de la FLAHM  commettant le Sacrilège  d’arracher notre drapeau national, aux couleurs rouge et blanc, pour le remplacer par le drapeau noir et blanc de son mouvement fondamentaliste djihadiste. Ensuite, on voit une jeune fille (Khaoula Rachidi), en pantalon, courir puis  escalader le mur et, une fois sur la terrasse, elle essaye de s’opposer  à la profanation du drapeau national. Elle fut jetée, brutalement, à terre par ledit barbu. Au cours de la bagarre qui s’en suivit, une autre jeune fille, (Amel Aloui) qui s’était interposée,  a été violemment agressée par les salafistes et a dû être conduite aux urgences  pour soins. Au milieu de la Vidéo, on aperçoit un barbu déchirant, cette fois-ci, le drapeau national et le lançant dans le vide. Amel Aloui est, Monsieur le Ministre, cette militante de l’UGET (Union Générale des Etudiants de Tunisie, syndicat historique, constitué en 1952, qui a largement contribué à la lutte pour l’Indépendance Nationale) qui a été, déjà, condamnée, en 2009, sous le Régime Zinochet, à un an de Prison.

Khaoula Rachidi, qui a défendu,  si vaillamment notre drapeau, est rentrée, depuis, dans les cœurs des tunisiens et considérée comme étant une héroïne nationale; d’autant plus que l’Histoire en temps réel a donné à son exploit une portée hautement symbolique, car elle a accompli son acte héroïque la veille du 8 mars, Journée Internationale de la Femme. Ce qui a conduit le Chef de l’Etat à la décorer des insignes de l’Ordre de la République, lors d’une cérémonie de Salut au Drapeau qui s’est tenu, au Palais Présidentiel de Carthage, le lundi 12 mars. Au cours de cette cérémonie, Amel Aloui fut, aussi, félicitée par le Président de la République.

Comme vous le savez, Monsieur le Ministre, ce sacrilège a été suivi, immédiatement après, par d’autres agressions physiques sauvages de ces fous de Dieu contre des étudiants sympathisants de l’UGET, et, principalement, contre les militantes parmi eux.

Afin que vous ayez, Monsieur le Ministre, une idée de la sauvagerie du Mouvement que vous protégez, laissons parler une de leurs victimes, Amel Attia, à travers son témoignage paru, le 12 mars 2012, sur le journal en ligne businessnews :

«C’était mercredi 7 mars 2012, l’UGET avait prévu un rassemblement à la Faculté des Lettres de la Manouba, ensuite une marche pacifique vers le Ministère de l’Enseignement Supérieur, afin de revendiquer l’octroi de bourses d’études pour les étudiants, une action syndicale structurée et organisée d’avance. Juste après l’incident relatif au drapeau, nous avons vu l’arrivée de 5 véhicules estafettes, à bord desquels environ 30 salafistes sont arrivés, armés de bâtons, de chaînes et de couteaux. Ils ont attaqué les étudiants et les ont tabassés, créant ainsi la panique totale.
J’étais prise au piège entre deux salafistes qui m’ont coincée près de la station de métro. Ils m’ont mise à terre et se sont acharnés à me donner des coups de pieds et des coups de poings sur mon bassin et mes organes génitaux, à tour de rôle, l’un frappait l’autre criait «Allahou Akbar». Ensuite, je me suis réfugiée parmi les étudiants de l’IPSI
(Institut de Presse et des Sciences de l’Information), qui m’ont abritée  au sein de l’école, en attendant la venue des secours. Peu de temps après, des agents de la Protection civile sont arrivés sur place et m’ont de suite conduite vers l’hôpital Kassab, car on pensait que j’avais des fractures. Les examens et radios ont montré que je n’avais aucune fracture, alors, on m’a acheminée vers l’hôpital «Rabta», service gynécologique, parce que j’avais une hémorragie sévère ».

Je crois, Monsieur le Ministre, qu’il n’est pas exagéré de dire que vos  déclarations, qui ont suivi  ces incidents, sont  mal à propos, compte tenu, d’abord, de la gravité de ces incidents, ajoutés à la terreur que les salafites essayent d’installer, depuis des mois, dans le pays et, ensuite, de l’énorme  émotion qu’ils ont provoqués au sein de  l’opinion publique, incidents qui ont conduit une grande majorité de cette opinion à, enfin,  réaliser les dangers  que représentent ces extrémistes, leurs alliés et leurs souteneurs, et à mieux cerner le calvaire de la Faculté martyre ; alors que, auparavant, cette même opinion n’avait pas, en  général, réagi devant ce calvaire, calvaire qui perdure, pourtant, depuis bientôt  quatre mois, et ce, malgré les appels de détresse réitérés de la part des étudiants, des syndicats, des enseignants de la FLAHM et de leur vaillant Doyen Habib Kazdaghli.

Après avoir laissé, Monsieur le Ministre, par votre laxisme et votre complice silence, une minorité s’ériger en hors la loi, prendre en otage, par la terreur, la FLAHM et en faire un lieu de non-droit, voilà que, par vos déclarations du 8 mars , vous  rendez, sans ambiguïté, vos « Collègues » de cette Institution coupables de la violence de cette minorité et leur Doyen, implicitement, coupable de Complot, en déclarant: « J'accuse clairement mes collègues de ne pas être à la hauteur. Le doyen n'a pas fait ce qu'il fallait pour résoudre le problème pacifiquement et il a des arrière-pensées politiques » ; et ce, sans aucun mot de  remerciements pour cette jeune fille qui, avec courage et témérité, a défendu  le drapeau national, symbole de l’Unité et de la Souveraineté nationales, sans aucune condamnation de sa violation, ni aucune compassion pour ces étudiantes humiliées  et agressées , lâchement et sauvagement, dans leur corps de femme, par ces fous de Dieu, sans foi ni loi; déclarations hautement symboliquement regrettables et malvenues,  en ce 8 mars, Journée Internationale de la Femme, ce que vous n’ignorez certainement pas, Monsieur le Ministre.

Et ce n’est pas tout, Monsieur le Ministre. En cette même journée du 8 mars, qui est, par excellence,  depuis plus d’un siècle, la journée de Manifestations à travers le Monde pour faire le bilan sur la situation des femmes dans leur société, quant à leurs Droits et leurs Libertés , et arrêter  la stratégie de la lutte pour les améliorer, vous avez déclaré, en marge de la Conférence de Presse au Palais Présidentiel de Carthage, après la signature du Protocole de Coopération Scientifique et Technologique entre la Tunisie et la Turquie : « Je ne suis ni pour ni contre le niqab en cours, je constate qu'il y a des professeurs qui enseignent dans le Golfe où toutes les filles portent le niqab et ça ne pose pas de problème», en reprenant, Monsieur le Ministre, votre éternelle rengaine « les médias et le conseil scientifique de l'université de la Manouba ont amplifié le problème ».

Comme vous ne pouvez certainement pas l’ignorer, Monsieur le Ministre, nos Trois Roses ont décliné l’invitation duPremier-Ministre-Secrétaire-Général d’Ennahdha qui souhaitait les honorer. Ce qui me parait tout à fait normal de la part de citoyennes dont les valeurs se situent aux antipodes des valeurs  de votre Parti Politique, valeurs portées par vos diverses déclarations dont la plus caractéristique (et la plus scandaleuse) est celle où vous nous invitez, implicitement,  Monsieur le Ministre, nous citoyens d’un « État libre, Indépendant et Souverain », à adopter la réglementation en vigueur dans les Pays du Golfe ; valeurs portées, aussi, par de récentes déclarations du Guide Suprême concernant la Sharia. En effet, en marge du débat à l’Assemblée  Nationale Constituante(ANC), qui s’est tenu le 28 février 2012, le Guide Suprême a déclaré « L’Article 1er  de la Constitution stipule que ’’la Tunisie est un État libre, indépendant et souverain; sa religion est l’Islam, sa langue l’Arabe et son régime la République’’, et il pourrait mentionner que la Sharia est la source principale de la législation tunisienne»,en jetant aux oubliettes  ses belles promesses électorales, puisque  ce même Guide Suprême a déclaré plus d’une fois  « Nous sommes tous d’accord pour conserver l’Article 1er  de la Constitution qui déclare que l’Islam est la religion et l’Arabe la langue officielle du pays » et qu’« il n’y aura pas d’autres références à la religion dans la Constitution ». Cette dernière déclaration date du 4 novembre 2011, une dizaine de jours après les élections, à une période où votre Parti Ennahdha, n’ayant pas obtenu la majorité absolue aux élections de ladite Assemblée, évitait d’effaroucher la base des Partis qui sont, aujourd’hui, vos  alliés dans la Troïka, Monsieur le Ministre.

3. Monsieur le Ministre, votre faculté de permuter victimes et agresseurs serait-elle sous-jacente à un braconnage électoral ?

Monsieur le Ministre, dans vos dites déclarations, il n’y avait aucun mot d’encouragement ou de reconnaissance pour les étudiants et  le valeureux personnel enseignant, administratif et ouvrier  de la FLAHM qui, avec courage, endurance et abnégation, et malgré les insultes, les injures, les agressions physiques et les menaces de mort [« A la faculté, nous organisons des sit-in mais à l’extérieur, nous tuons et nous égorgeons », les prévient-on], ont pu sauver la session des examens du premier semestre. D’ailleurs votre duplicité, Monsieur le Ministre,  dans la gérance  de la crise de la FLAHM et votre permutation surréaliste  des rôles des acteurs de cette crise, en présentant les salafistes comme étant les victimes  et les enseignants  les agresseurs, a conduit, entre autres,  les Doyens des cinq Facultés des Lettres et des Sciences Humaines du pays (de Tunis, Sfax, la Manouba, Sousse et  Kairouan), réunis le lundi 13 mars 2012 à Tunis, à, d’abord, exprimer, sans ambages, leur entière solidarité au Doyen Habib Kazdaghli  qui, lui, n’a fait qu’appliquer la loi, et, ensuite, à vous désavouer, aussi sans ambages, en vous accusant d’adopter, un double discours, puisque, d’une part, vous prétendez  respecter les démarches adoptées par les Doyens quant à l’organisation interne de leurs Etablissements, selon les textes en vigueur,  et, d’autre part, vous essayez de faire pression sur eux  (avec le renfort d’autres Ministres, le Ministre de l’Intérieur et le Ministre des Affaires Etrangères, en particulier), par opinion publique interposée,  pour  les obliger à satisfaire aux revendications des salafistes ; comportement à grands risques, Monsieur le Ministre, qui ne peut que fragiliser  les Structures Elues, exposer dangereusement le Doyen Kazdaghli, en l’ayant accusé nommément, et encourager les salafistes à poursuivre et amplifier leurs sinistres manœuvres.

De même, Monsieur le Ministre, les Doyens des quatre Facultés de Médecine de Tunisie, réunis en Conférence Mensuelle, ont signifié, dans une lettre envoyée au Doyen Kazdaghli, leur dénonciation des actes de violence commis par les salafistes « qui menacent l’indépendance et la sécurité de tous les établissements d’enseignement supérieur » et l’expression de leur « soutien total » et leur « inamovible appui dans cette lutte contre ces agissements hautement condamnables ». Aussi, le Conseil des Cadres de la Fédération Générale de l’Enseignement Supérieur et de la Recherchent Scientifique, réuni le samedi 10 mars 2012, a décrété une Grève Générale pour le jeudi 12 d’avril et ce, entre autres, en signe de protestation contre les dérives salafistes.

Tout cela, Monsieur le Ministre, qui êtes, aussi, comme je l’ai rappelé à l’ouverture de cet Article, le deuxième personnage du Parti Ennahdha et de  l’Etat, donne l’impression que vous essayez, sans être, peut-être, salafiste vous-même, de braconner sur leur terrain, en prévision des prochaines élections, d’autant plus que vous disposez, dans ce cadre, à travers votre fils Oussama, d’un atout majeur pour  y  arriver, compte tenu de l’aura dont il jouit au sein de cette Mouvance, aura confirmée par sa présence  dans les discussions infructueuses entre la délégation des salafistes et celle des enseignants de la FLAHM, présence que vous et les salafistes avez tenue secrète pendant lesdites discussions et qui a été dévoilée, le lundi 12 mars 2012, sur le plateau d’Hannibal TV, par vous-même, juste après avoir été acculé par la déclaration du Doyen Kazdaghli affirmant la présence, dans la discussion avec les salafistes, d’un mystérieux personnage répondant au prénom de Oussama et dont ni les salafistes, ni le Ministère, n’ont voulu dévoiler le nom, malgré l’insistante demande de la délégation des enseignants de la FLAHM !

Tout cela me pousse, Monsieur le Ministre, à donner un peu plus de crédit aux affirmations des médias nationaux et étrangers vous qualifiant de « salafiste» ou du « Faucon d’Ennahdha », comme l’affirme  Jeune Afrique, journal généralement bien informé, dans l’Article suivant :

http://www.jeuneafrique.com/Article/JA2666p039-044.xml0/algerie-libye-tunisie-islamismetunisie-comment-le-pays-fait-face-au-chaos-postrevolutionnaire.html

Ce qui précède m’amène, Monsieur le Ministre, à la réflexion suivante, inspirée par un auteur  dont j’ai oublié le nom :

« En haut de l’échelle des hommes politiques se trouvent ceux dont l’action est guidée par la pensée  vers les  futures générations et en bas de l’échelle ceux dont l’action est guidée par la pensée  vers les  prochaines élections !»

 4. Monsieur le Ministre, altérer l’Histoire du Mouvement d’Indépendance Nationale ou son Hymne sont aussi des sacrilèges

Monsieur le Ministre, votre Théorie du Complot, plutôt votre Théorie du Grotesque, dans « l’affaire » de la FLAHM n’est pas la première du genre, dans vos analyses des événements, passés et actuels, qui font l’Histoire de notre pays. A titre d’exemple, dans la Vidéo suivante :

http://www.youtube.com/watch?v=KWaxFwSLVf8

qui date du 26 janvier 2011, vous déclarez, entre autres (et quels autres !) que « La table sur laquelle a été rédigée notre Indépendance, Indépendance qui a été rédigée par Maitre Shamama, dont le Cabinet se trouve à la rue Saint-Denis à Paris, qui est israélien, cette table existe encore dans son bureau, elle fait un mètre sur un mètre(sic), ceux qui l’ont rédigée ce sont Mendès France et Cécile Hourani, ce n’est ni Bourguiba , ni un tunisien, ni un arabe. Vous voulez que je vous dise les conditions, les conditions que  Mendes France a imposées à la Tunisie et à Bourguiba: il lui a imposé la liberté aux femmes, selon le modèle occidental, il lui a imposé  la fermeture de la Mosquée de la Zitouna, fermeture que la France n’a pas pu réaliser …» (re-sic) et vous soutenez, ensuite, que Bourguiba est un « suppôt d’Israël, qu’il est d’origine juive qu’il hait l’Islam et l’Arabisme, qu’il est l’ennemi du peuple tunisien et se moque du peuple tunisien, qu’il a occidentalisé le peuple tunisien arabe et musulman et qu’il a fait du musulman un occidental, ce que la France n’a pas pu réaliser au  bout de soixante-seize années d’occupation ».

Tout d’abord, Monsieur le Ministre de l’Enseignement  Supérieur,  j’ai le regret de vous dire que je  me vois dans l’obligation de vous inviter à réviser l’Histoire de notre pays, car votre déclaration contient, de prime abord, une grossière erreur, puisque le Gouvernement Mendès  France n’a rien à voir avec le Protocole consacrant  l’Indépendance de la Tunisie, étant donné que ce Gouvernement est tombé le 5 février 1955.  C’est le Gouvernement Edgar Faure qui a conclu, le 29 mai 1955, les accords de l’Autonomie Interne,   et c’est le Gouvernement Guy Mollet qui a signé, le 20 mars 1956, ledit Protocole.

Avant de poursuivre, permettez-moi, Monsieur le Ministre, de prendre la liberté de vous exprimer ma révolte et ma profonde indignation quant à ces allégations dépourvues de toutes preuves, racistes, populistes et  conformes au discours salafiste  le plus extrémiste; allégations  qui montrent, entres autres, que leur auteur est, encore, au stade où l’on confond sionisme et judaïsme ; allégations qui constituent une insulte insupportable aux universitaires que nous sommes, une insulte insupportable  aux Martyrs et aux Militants du Mouvement de Libération Nationale, avec à leur tête Habib Bourguiba, en qui ils ont placé tous leurs espoirs, Bourguiba qui est le principal artisan-stratège de l’indépendance du pays, fondateur, sans conteste, de l’Etat et de la Tunisie Moderne, promoteur de la libération de la femme tunisienne et de l’enseignement pour tous, acquis qui vous a permis, ne vous en  déplaise, d’accéder au poste ministériel que vous occupez, aujourd’hui, Monsieur le Ministre.

Monsieur le Ministre, bien que je fusse un opposant à Bourguiba, depuis l’aube de notre indépendance, quand la dérive anti-démocratique de son régime s’est confirmée, je me considère comme étant un de ces Militants, malgré mon jeune âge, en ce temps-là,  temps où vous n’étiez pas encore né, puisque j’ai  été l’initiateur de  la première Manifestation organisée par les élèves de l’Ecole Primaire du Collège Sadiki. Nous étions partis de notre Ecole, avec nos tabliers  roses, en scandant, à tue-tête, un chant que j’avais composé pour l’occasion et dont le thème est l’espoir que nous portions en  Bourguiba pour nous conduire à la Libération. Ce chant naïf et enfantin, dont les paroles sont reproduites ci-dessous et qui fut, d’ailleurs, mon premier poème,  n’a, évidemment, aucune valeur littéraire ; mais, pour moi, il demeure,  encore,  le symbole-support d’une  époque vécue de l’Histoire de mon Pays :

Nous les écoliers et les écolières

Nous voulons la paix et non pas la guerre

La Tunisie pour nous, et non pour les français

L’Egypte pour les égyptiens, et non pour les anglais

C’est pour ça qu’on crie sans cesse :

A bas Paye, à bas Paye

Bourguiba va arriver

Pour chasser les Gardes Mobiles, les Goumiers

Et les français !

La Manifestation fut, brutalement, stoppée par des Gardes Mobiles devant  leur  Caserne, voisine du Collège Sadiki, Caserne où,  d’ailleurs, Bourguiba fut emprisonné. L’emplacement de cette Caserne, dominant la Kasbah, est occupé, aujourd’hui, par la Municipalité de Tunis, son esplanade et ce qui fut la première Maison du Parti. Inutile de vous dire, Monsieur le Ministre, que les Gardes Mobiles furent surpris de voir surgir cette bande de gamins osant scander  un chant annonçant l’arrivée de Bourguiba « pour chasser les gardes-mobiles, les goumiers », d’autant plus que nous nous étions donnés la consigne de les pointer du doigt en chantant ce vers.

Pour la clarté du texte, permettez-moi, Monsieur le Ministre, de vous fournir quelques clarifications de certains termes et personnages de ce chant :

« Paye » : Il s’agit de Lucien Paye, Normalien, Agrégé de Lettres, Docteur ès-Lettres. Sa Thèse, soutenue à Paris-Sorbonne en 1957, pourraient vous intéresser, Monsieur le Ministre, puisqu’elle est intitulée : « Enseignement et Société Musulmane ». Il fut Inspecteur de l'Enseignement en Tunisie, avant d’occuper le poste de Directeur Général de l'Instruction Publique en Tunisie, poste qui équivaut, sous le Protectorat Français,  à celui de Ministre de l’Education. Et c’est dans ce cadre qu’il faut situer le vers : « A bas Paye, à bas Paye » (déjà à cette âge, le courant ne passait pas entre moi et mon Ministre de tutelle !). Lucien Paye fut, par la suite, Ministre de l’Education Nationale du Général de Gaulle, dans le Gouvernement Michel Debré.

« Gardes Mobiles » : Il s’agit de la Garde Nationale Mobile, appelée « les Gardes Mobiles », qui fut créée  afin de concourir comme auxiliaire de l’Armée régulière au  maintien de l’ordre dans l’Empire  Français, entre autres.

« Goumiers » : Il s’agit de soldats marocains ayant  servi dans les unités auxiliaires attachées à l’armée française, entre 1908 et 1956.

Monsieur le Ministre, Bourguibiste, je l’étais, aussi, adolescent ; comme l’étaient tous les patriotes tunisiens, à cette époque. Et j’ai, encore, présent à l’esprit cette mémorable journée du 1er juin 1955, date du triomphal retour de Bourguiba au pays, sur le paquebot « Ville d’Alger » accostant à la Goulette, venant de Marseille. Ce jour-là, est la première fois où je l’ai côtoyé à, environ, un mètre de distance, alors que la foule, en l’acclamant interminablement dans un délire généralisé , le hissait, à sa descente du paquebot,  sur son fameux cheval, dans des circonstances qui méritent d’être explicitées, circonstances qui montrent, encore une fois Monsieur le Ministre, que vos allégations constituent une  insulte pour la mémoire commune.

En ce temps, j’étais élève au Collège Sadiki-Khaznadar, proche du Bardo, qui constituait l’internat du Collège Sadiki.  Nous étions, environ, quatre cents internes. A l’annonce de la nouvelle du retour de Bourguiba, nous avons décidé de faire le mur pour aller l’accueillir. Et c’est une colonne constituée de la quasi-totalité des élèves (seule une douzaine d’élèves-boursiers fut déficiente, de peur de perdre leurs bourses) qui a quitté, très tôt le matin de ce 1er juin, l’établissement, illégalement, malgré les menaces de renvoi définitif émanant du Directeur et  du Surveillant Général. Nous avons effectué le trajet à pied jusqu’à la Goulette, ce qui représente, environ, douze kilomètres, dévalisant toutes les boulangeries sur notre passage, scandant des slogans préparés à l’avance ou improvisés  et chantant des chants de Scouts et des chants patriotiques, dont notre Hymne National que votre Parti Ennahdha, Monsieur le Ministre, voudrait modifier. Le soir, à notre retour, l’administration nous a informés que nous étions tous renvoyés et que nos parents devaient venir nous réinscrire, ce qui posait de réelles difficultés puisque nous étions presque tous originaires de l’intérieur du pays.           

Lesdites  allégations constituent, aussi, Monsieur le Ministre, une insulte pour les citoyens tunisiens juifs, partie intégrante du Peuple Tunisien, qui, comme tels, ont contribué, tout au long de l’Histoire, à la construction de la Nation Tunisienne : depuis leur arrivée dans le pays, voilà bientôt deux millénaires et demi ( longtemps, longtemps, avant son islamisation), jusqu’aujourd’hui , en passant par la période de notre lutte pour l’indépendance , période durant laquelle plusieurs d’entre eux  ont souffert dans leur vie, dans leur chair et dans leur sang pour que notre pays puisse vivre dans la dignité, libre et indépendant ; fait corroboré  par les portefeuilles ministériels que Bourguiba a confiés à des Militants juifs, et ce dès le premier Gouvernement de la Tunisie indépendante. Ces allégations constituent, également, Monsieur le Ministre,  une insulte du Grand Homme d’Etat que fut Pierre Mendes France, ami de toujours de la Tunisie qui, avec le Président Bourguiba,  ont su nous éviter une hécatombe comparable à celle du drame de nos voisins algériens. Enfin, Monsieur le Ministre, vous qui vous faites appeler, quelques fois, cheikh Ben Salem, qui avez dirigé, souvent, aussi bien en Tunisie qu’à l’étranger, la Prière du Vendredi, avez-vous oublié qu’un des enseignements les plus œcuméniques et les plus omniprésents, sous de diverses présentations, dans notre Saint Coran se résume en la phrase suivante :  « Pour être un bon musulman, il est nécessaire d’être, à la fois, un bon juif et un bon chrétien » ? Enseignement qui est porté, par exemple, par le Verset 136 de la Sourate 2  qui dit :

 « Dites : "Nous croyons en Dieu, en ce qui nous a été révélé et en ce qui a été révélé  à Abraham, Ismaël, Isaac, Jacob et les Patriarches, et en ce qui a été révélé à Moïse et à Jésus, et en ce qui a été révélé à tous les  Prophètes, venant de leur Seigneur : nous ne faisons aucune distinction entre aucun d’entre eux. A Lui seul, nous sommes Soumis" ».

Sachez, Monsieur le Ministre, que les dits, écrits et analyses, de ceux qui se trouvent, comme vous, aux premières loges de l’actualité, constituent les principaux ingrédients dans l’élaboration de l’Histoire d’un peuple. Aussi, pour nos enfants et pour notre Tunisie de demain, soyons vigilants pour ne pas leur transmettre des données erronées, au risque d’aboutir à une falsification de l’Histoire de la Nation : Il s’agit là, Monsieur le Ministre, d’un devoir de Mémoire et de Vérité. Et nul n’est à l’abri d’une falsification par ignorance, comme ce fut, certainement, votre cas, Monsieur le Ministre, dans la Vidéo suivante :

https://www.facebook.com/photo.php?v=3074440790021

Vidéo dans laquelle vous avez prétendu, devant des millions de téléspectateurs,  que l’organisateur du premier rassemblement devant le Gouvernorat de Sidi Bouzid, le 17  décembre 2010 [après l’immolation par le feu de Mohamed Bouazizi, immolation qui a marqué le début de la Révolution de Jasmin], est  Omar Ould Ahmed Ben Ali, un militant de votre Parti Ennahdha, alors qu’il fut prouvé, dans cette même Vidéo, que cette personne n’a jamais pris part à la révolution et n’est apparu, comme d’ailleurs tous les islamistes, y compris vous-même, Monsieur le Ministre, qu’après le 14 janvier 2011, date de la fuite du  Dictateur ! Il s’est, aussi,  avéré, sans conteste,  dans ladite Vidéo, que ledit organisateur est, en réalité, le syndicaliste Nacer Dhahri.

Dans ce contexte, je tiens à vous exprimer, Monsieur le Ministre, mon indignation devant les  appels réitérés à la falsification de notre Histoire émanant de  partisans, patriotiquement ignares, dont certains sont hautement placés dans votre Parti ou ceux de vos alliés, appels   demandant  l’amputation  ou le changement de  notre Hymne National. Le passage visé par l’amputation est constitué, comme vous devez le savoir, Monsieur le Ministre,  par le Quatrain final :

"Lorsque le peuple un jour veut la vie

Le destin se doit de répondre                                                                          

Aux ténèbres de se dissiper

Aux chaînes de se briser"                                   

dont l’auteur est Abou el Kacem Chebbi [mon oncle maternel de lait, soit dit en passant], membre du Groupe « Taht Essour », groupe que vous connaissez bien, Monsieur le Ministre. La raison avancée par les partisans de l’amputation est que le contenu de ce Quatrain est contraire au dogme de la Prédestination ! Faut-il rappeler à ces ignares, Monsieur le Ministre, le nombre  de fois où nous avons scandé ce Quatrain, dans nos révoltes, dans nos manifestations, au milieu des bombes lacrymogènes et des balles réelles des Brigades Spéciales du Dictateur déchu, Quatrain  que nos Martyrs ont crié jusqu’à leur dernier souffle. Quant à la raison de la  légitimité absolue de conserver notre Hymne National, qui doit faire taire, une fois pour toutes, ces farfelus,  patriotiquement ignares, elle est contenue dans l’émouvant témoignage suivant de Georges Adda où il décrit la place exceptionnelle occupée par cet Hymne lors de l’exécution des nationalistes condamnés à mort pendant l’occupation coloniale   :

https://www.facebook.com/photo.php?v=323865407660541&set=vb.123059487803278&type=2&theater

Il est fort probable, Monsieur le Ministre, que vous ne connaissez pas Georges Adda : Georges, né en 1916 et décédé en 2008, est un  tunisien, juif, antisioniste (eh ! Oui, Monsieur le Ministre, ça existe !), militant communiste et syndicaliste, de la première heure, figure emblématique du mouvement de libération national et de la gauche tunisienne. Afin que vous ayez une idée de sa stature, je reproduis ci-dessous, Monsieur le Ministre, un de ses plus beaux textes:

« Je viens de loin. Les Berbères, mes ancêtres, ont connu les Phéniciens, les Romains, les Vandales, les Arabes, les Normands, les Turcs et les Français qui ont successivement occupé mon pays(…) Ainsi, la Tunisie est mon pays, et le peuple tunisien est mon peuple. Toutes les femmes et tous les hommes qui subissent les injustices politiques et sociales sont mes sœurs et frères. Pour la libération de mon pays, j'ai connu prisons, camps de concentration et déportation des colonialistes français. Aujourd'hui, je me dois d'apporter mon soutien au peuple palestinien martyr ».

Permettez-moi, Monsieur le Ministre, de prendre la liberté de vous rappeler qu’Elissa, Jugurtha, Félicité et Perpétue, Saint-Augustin, Kahina, Ibn Khaldoun, et Bourguiba sont enregistrés, à jamais, avec beaucoup d’autres,  dans l’ADN de la Nation Tunisienne.

Ce qui précède et ce qui va suivre me conduisent, Monsieur le Ministre, à la constatation suivante :

En général, les Régimes Politiques perdent leur lucidité, en croyant que tout leur est permis, en fin de course ; notre Régime actuel l’a perdu avant même d’avoir démarré !

5. Monsieur le Ministre, dans Toute Réforme Universitaire, le Ministre doit respecter les Structures et bannir les  Orientations Partisanes ou Sectaires et les Annonces  Démagogiques ou    Idéologiques

Monsieur le Ministre de l’Enseignement Supérieur, le numéro deux de l’Etat et le numéro deux du Parti Ennahdha (et dans les deux cas, après le Guide Suprême), les caractéristiques de vos  Projets politique, sociétal et de réformes universitaires, que votre Parti réserve à nos enfants  d’aujourd’hui et de demain, sont, admirablement, résumées dans vos quatre déclarations suivantes qui en disent long :

1.« Pour ce qui concerne les Gouvernements des Pays Arabes, d’après mon point de vue personnel,  on a un seul gouvernement  nationaliste, dans le sens plein du terme, (c’est Qatar), un seul homme nationaliste, dans le sens plein du terme, c’est l’Emir du Qatar » (déclaration se trouvant vers la fin de la première Vidéo mentionnée au chapitre 4).

2.« Je ne suis ni pour ni contre le niqab en cours, je constate qu'il y a des professeurs qui enseignent dans le Golfe où toutes les filles portent le niqab et ça ne pose pas de problème (…) les médias et le conseil scientifique de l'université de la Manouba ont amplifié le problème (du niqab) » : déclaration faite en marge de la Conférence de Presse au Palais Présidentiel de Carthage, après la signature du Protocole de Coopération Scientifique et Technologique entre la Tunisie et la Turquie. 

3. « La Tunisie va entamer des Réformes Universitaires en s’inspirant, en priorité, des systèmes des pays islamiques et en premier ceux de la Malaisie et de la Turquie » : déclaration faite, le 8 mars 2012, au Journal de 20 Heures de la Wattania 1, en commentaire de la  signature du Protocole de Coopération Scientifique et Technologique entre la Tunisie et la Turquie.   

4. « Moi, je présente mes grands et profonds  remerciements à l’Organisation Koweitienne pour l’Avancement des Sciences qui m’a soutenu et qui payait mes déplacements à travers les institutions scientifiques, avant et pendant cette épreuve ( ?) » : déclaration se trouvant à la fin de la Vidéo

http://www.youtube.com/wajtch?v=bUJJMgw7Qtw

Ces déclarations, Monsieur le Ministre, qui expriment, entre autres, un certain attrait, une certaine sympathie, pour ne pas dire une empathie certaine, envers certains régimes considérés comme étant la lanterne rouge de la planète quant aux valeurs de Liberté, de Dignité, d’Egalité et de Démocratie, valeurs pour lesquelles se sont sacrifiés nos Martyrs, ces déclarations ont révolté plus d’un citoyen, plus d’un universitaire.

D’ailleurs cette révolte s’est exprimée, officiellement, au sein de  la Conférence des Présidents des Universités, Structure présidée par vous-mêmes, Monsieur le Ministre,  dont la principale vocation est la réflexion et l’accompagnement des grands changements de l’Enseignement Supérieur. Lors de sa première  réunion consacrée aux Réformes, qui s’est tenue avant votre déclaration 3 ci-dessus, réunion où, étant empêché,  vous avez délégué votre Présidence à Monsieur Mekki Ksouri, celui-ci a annoncé à l’assistance, à la façon des pays les plus bornés et  les  plus totalitaires, votre choix quant aux systèmes universitaires qui devront être la source principale d’inspiration de nos Réformes Universitaires futures, à savoir : « les systèmes des pays islamiques et en premier ceux de la Malaisie et de la Turquie » , comme vous l’avez confirmé, vous-mêmes, plus tard,   à la Nation tout entière, par votre déclaration 3, et ce , malgré le tollé général et les critiques de l’assistance provoqués par cette Annonce.

Monsieur le Ministre, auriez-vous oublié que le terme « université », son dérivé « universitaire » et le terme « universel »  possèdent, en commun, dans leur sens, la notion du « tout, sans exception, ni discrimination  » ? Seriez-vous un adepte, ou plutôt le fondateur,  Monsieur le Ministre, dans le domaine des Réformes Universitaires, de la règle de « préférence islamique », à l’image d’autres, sous d’autres cieux, qui sont adeptes, eux, dans le domaine social et de l’emploi, de la règle de « préférence nationale » ? Non, Monsieur le Ministre,  la Science est universelle, une et indivisible et, comme aurait dit Verlaine, tout le reste est littérature partisane, sectaire et démagogique.

Cette fameuse Annonce, Monsieur le Ministre, fut précédée par beaucoup d’autres qui, décidées,  unilatéralement, sans aucune discussion préalable, ni avec les Structures Elues, ni avec les Structures  Compétentes (du jamais vu, ni avec Bourguiba, ni avec Zinochet), ont provoqué, plus d’une fois, un malaise parmi les universitaires. La première de la série fut votre Annonce, du samedi  21  janvier 2012,  concernant « la mise en place d’un Master en Finance Islamique au sein des Universités Tunisiennes », et ce, moins d’un mois après votre prise de fonction ministérielle, avant même de constituer votre staff, puisque, entre autres, votre Chef de Cabinet, Sofiane Mansouri, et votre Chargé de Mission, qui a la Responsabilité des Réformes de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, Mekki Ksouri, n’ont été nommés que le 23 février.    

En effet, après que notre Loi des Finances pour l’année 2012 ait élaboré un  « Régime fiscal spécifique au financement islamique » et pendant que des efforts étaient déployés pour l’élaboration  de textes d’application organisant ledit financement, vous avez jugé bon, Monsieur le Ministre, d’ajouter votre brique à  ce nouvel édifice en annonçant, dans le cadre de la Conférence Internationale intitulée  «Ijara : Concepts et Applications», qui a eu lieu  le  samedi  21  janvier 2012, la  « mise en place de formations spécialisées en économie et en finance islamiques au sein des établissements de l’enseignement supérieur », en précisant qu’« il s’agit, de promouvoir le secteur bancaire dans le sens d’une plus grande adéquation avec les principes de la Sharia Islamique et garantir une migration d’une économie conventionnelle à une économie islamique». Je vous avoue, Monsieur le Ministre,  que j’ignorai, jusqu’alors, le sens du terme «Ijara ». Heureusement que ladite Loi des Finances en donne l’explication, dans un paragraphe introductif, intitulé « Définition des concepts »,  où il est explicité : « Cette opération (Ijara) s’apparente à une location-vente ou à un crédit-bail. Le créancier (la banque) achète des biens qu’il loue à un client avec, pour celui-ci, une possibilité de rachat au terme du contrat ».

Monsieur le Ministre, permettez-moi de vous dire, de prime abord, que je compte sur votre bienveillance pour me pardonner la liberté que je vais m’octroyer dans ce qui suit  en développant quelques idées concernant votre Annonce.

Tout d’abord, Monsieur le Ministre,  est ce que ce Master est la priorité absolue de l'Enseignement Supérieur en Tunisie, pour l’annoncer, ainsi, dans la précipitation la plus rocambolesque ?

Dans cette Annonce est mentionnée la portion de phrase : «… d’une plus grande adéquation avec les principes de la Sharia Islamique ». Monsieur le Ministre, je considère cette portion de phrase hors-sujet, tant qu’il n’est pas dit explicitement dans  notre Constitution  que la Sharia est source obligée de notre Droit et de nos Lois. Dans tous les cas, l’Histoire retiendra, Monsieur le Ministre, que vous avez été le premier, en tant que responsable politique au pouvoir de la Tunisie Moderne,  à avoir appelé à  appliquer, il est vrai dans un contexte bien particulier,  les principes de la  « Sharia Islamique ».

Il est à remarquer, Monsieur le Ministre, que si une telle formation existe, en effet, par exemple, dans les Pays  anglo-saxons,  sa finalité c’est l’Export, et ce,  pour mieux exploiter, à leur profit, les pétrodollars et autres produis  des Pays Islamiques. C’est comme, pour un français,  apprendre l’arabe à l’INALCO  (Institut National des Langues et Civilisations Orientales) : ce n’est pas, en général, pour le Local  ou pour le « bien-vivre ensemble » avec  ses citoyens arabophones ; mais c’est pour un but, essentiellement, mercantile. D’ailleurs, les études spécialisées montrent que le Royaume Uni  est classé parmi les premiers dans le Secteur des  Finances Islamiques. 

En outre, Monsieur le Ministre, votre Annonce va à contre-courant de l’Avis des Experts. Puisqu’« une étude élaborée, récemment, par la Banque africaine de développement (BAD) sur la finance islamique en Afrique du Nord, relève que "la faible demande sur ces produits et l’étroitesse de la taille du marché tunisien, ne peut lui permettre d’accueillir des services de financement islamique. La finance islamique qui peut stimuler la consommation et la demande sur certaines activités économiques, ne peut avoir un impact concret sur le financement du développement et le renforcement de l’investissement" ». De plus, les auteurs de cette étude mettent l’accent sur « le cout élevé des produits islamiques, comparé au cout de financement des banques conventionnelles"». Aussi, Monsieur le Ministre, le premier effet de la réalisation de votre Annonce concernant  «la mise en place d’un Master en Finance Islamique »sera que nous aurons un peu plus  de Diplômés-Chômeurs et les Diplômés de cette nouvelle formation qui ne seront pas chômeurs scieront, eux-mêmes, la  branche sur laquelle ils seront installés, puisqu’ils nous enfonceront un peu plus dans la Crise Financière et Economique.

Monsieur le Ministre Provisoire de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique (n’est- ce pas ainsi votre dénomination officielle !), permettez-moi de prendre la liberté  de vous rappeler que,  contrairement à ce que vous avez déclaré à la chaîne Hannibal TV, le lundi 12 mars 2012, à savoir et en substance : « j’ai le devoir  de restructurer l’enseignement supérieur, parce qu’on nous a élu pour ça », vous n’avez pas été nommé pour restructurer l’Enseignement Supérieur en y entreprenant des réformes sociétales et partisanes profondes, mais, en attendant que l’Assemblée Nationale Constituante rédige la Constitution, vous avez été nommé pour, en premier lieu,  gérer les affaires courantes, comme,  par exemple, l’Affaire de la FLAHM et, en second lieu, en préambule de toute Réforme, faire l’Etat des Lieux et  définir les Structures qui vont  réfléchir, concevoir, accompagner, évaluer,…les Réformes à entreprendre, et ce, en concertation avec tous les parties prenantes. Dans ce contexte, n’oubliez pas, Monsieur le Ministre, que votre Mandat n’est que provisoire.

Monsieur le Ministre, au vu des échecs des Réformes passées, il apparaît que ce sont ces deux volets préparatoires (Etat des Lieux  et Structures qui vont  réfléchir …) qui vont conditionner la réussite de toute Réforme future.

C’est cette méthodologie  que j’ai appliquée, Monsieur le Ministre,  pour proposer, voilà bientôt quatorze ans, une profonde Réforme de la gouvernance de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche du pays par la création d’un Conseil National de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (CNESR) dont la principale particularité est d’être composé de deux tiers de représentants des enseignants-chercheurs, élus, et d’un tiers de personnalités extérieures représentant les grands intérêts nationaux, désignées par le Ministre. Cette proposition a été faite dans le cadre d’un « Contre-Projet » au Projet imposé par la Banque Mondiale , Projet qui a conduit à la plus importante Réforme de l’Enseignement Supérieur qu’a connue le pays , Réforme ayant conduit, entre autres, pour satisfaire aux exigences de la Banque Mondiale, à une chute vertigineuse du niveau de nos enseignements et à une spectaculaire politique d’encouragement à la Privatisation de l’Enseignement Supérieur. Pour de plus amples informations concernant ladite Proposition, proposition qui reste d’actualité, Mutatis Mutandis, je vous invite, Monsieur le Ministre à consulter sur le Lien :

http://horchani.blog.lemonde.fr/2012/03/18/tunisie-la-reforme-mere-de-toutes-les-reformes-universitaires-2/

mon Article intitulé : « Tunisie : La ’’Réforme-Mère’’ de toutes les Réformes Universitaires ».

6. Monsieur le Ministre, votre auto-promotion au grade de Professeur des Universités pose problèmes et questionnements !

Monsieur le Ministre, comme je l’ai souvent écrit, pour ce qui concerne le dédommagement des victimes, toutes orientations politiques et toutes spiritualités confondues, qui ont fait les frais, dans leur vie et dans leur chair, des régimes de Bourguiba et de Zinochet, je pense qu’il est « convenable » que la Nation les dédommage à la hauteur, sinon plus, des souffrances subies. Mais, je pense, aussi,  qu’il est « blâmable » que la Nation fasse les frais, dans la Réalisation des Objectifs de sa Révolution, d’une injustice, d’un passe-droit, d’une partialité ou d’un acte anti-déontologique quelconque au bénéfice  de certaines des dites victimes, en guise  de leur dédommagement. Dans ce qui précède, j’ai employé les adjectifs « convenable » et « blâmable » en référence à l’une des Recommandations les plus omniprésentes, à travers tout le Coran [que l’on peut trouver, par exemple, dans le Verset 17 de la Sourate 31, et ce, sous forme de Conseil donné par Luqmân à son fils], qui dit : « Prescris le convenable et proscris le blâmable ».

Monsieur le Ministre, le Régime Zinochet,  en vous radiant en 1987, par un Arrêté émanant du Ministre de l’Enseignement Supérieur  et de la Recherche Scientifique de l’époque, de votre  Corps d’origine, à savoir des Maîtres de Conférences, vous a fait subir  la plus grande injustice, matérielle et morale,  qu’on peut infliger à un fonctionnaire de l’Etat. Ce qui vous a privé de tous vos Droits. Vous avez alors porté cette affaire devant le Tribunal Administratif qui, par un Jugement N°12723 daté du 28 novembre 2002 a annulé ledit Arrêté et vous a rétabli dans vos Droits. Le Régime Zinochet a toujours refusé l’exécution de ce Jugement. A l’aube de la Révolution vous avez amorcé les démarches pour retrouver vos Droits et, en particulier, la possibilité de vous porter Candidat au Grade de Professeur des Universités.

Comme vous ne pouvez pas l’ignorer, Monsieur le Ministre, cette promotion se fait, par Concours National,  en trois étapes :

1. Les Candidats soumettent leur dossier, pour examen, à un Jury, purement scientifique, dont la nomination, pour deux sessions annuelles consécutives, est arrêtée par le Ministre de l’Enseignement Supérieur  et de la Recherche Scientifique et dont la dénomination officielle est : «Commission Consultative pour la Promotion au Grade de Professeur de l’Enseignement Supérieur » ; ce qui montre que la décision de ce Jury est, uniquement, consultative. Ledit Jury délibère, émet un avis (favorable ou non favorable) sur chaque Candidat et établit une Liste des Candidats, ayant obtenu l’avis favorable, en les classant.

2. Cette Liste est transmise au dit Ministre qui arrête, définitivement, la Liste des Candidats retenus pour la Promotion au Grade de Professeur de l’Enseignement Supérieur : Le Ministre peut ne pas retenir un Candidat ayant obtenu un avis favorable de la part du Jury, même si ce Candidat est classé premier, car, rappelons-le, l’avis du Jury est uniquement consultatif. Le Ministre peut, également, ne pas tenir compte du Classement établi par le Jury, lors des affectations des Candidats. C’est cette Liste, arrêtée par le Ministre de l’Enseignement Supérieur  et de la Recherche Scientifique, qui sert de base pour la troisième étape  

3. Les Professeur de l’Enseignement Supérieur sont nommés par Décret, sur Proposition du Ministre de l’Enseignement Supérieur  et de la Recherche Scientifique (Article 11 du Décret  N°1993-1825 daté du 6 septembre 1993). Ce Décret émanait, hier, du Président de la République et émane, aujourd’hui, du Premier Ministre.

La logique, le bon sens, l’équité, l’égalité, et je ne sais quoi encore !, exige que vous présentiez, comme tout le monde, votre Candidature devant le Jury légal de l’heure, à savoir le Jury présidé par le Professeur Belhassen Dehman, Jury nommé pour les Sessions 2010 et 2011, Jury que j’appellerai dans la suite Jury Dehman. Mais, vous avez opté pour une manœuvre en trois Tentatives, exposés ci-dessous, manœuvre qui n’honore pas, Monsieur le Ministre, l’Université Tunisienne dont vous avez la charge devant nos Etudiants, nos Citoyens, la Nation et l’Histoire. 

Première Tentative:

Des émissaires, Partisans d’Ennahdha, votre Parti, ont pris contact, au printemps 2011, avec la Fédération Générale de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique (FGESRS) lui demandant d’appuyer votre  promotion  automatique au Grade de Professeur des Universités sans passer devant aucun Jury (sic), eh !oui, Monsieur le Ministre. Juste après, le Ministère de l’Enseignement Supérieur  et de la Recherche Scientifique du Gouvernement Béji Caid Essebsi (désigné dans la suite par : Ministre de l’ESRS de BCE) (eh !re-oui, Monsieur le Ministre)  a, également, pris contact avec la FGESRS pour lui demander si elle ne trouve pas d’objection à ce que vous soyez promu automatiquement au Grade de Professeur des Universités sans passer devant aucun Jury (re-sic). La FGESRS a répondu au Ministère qu’elle s’oppose, catégoriquement, pour des raisons de légalité d’égalité et d’équité, à une telle promotion. Ce qui a obligé le Gouvernement BCE de geler le Projet de votre Promotion jusqu’au lendemain des élections pour l’ANC qui ont eu lieu, rappelons-le, Monsieur le Ministre, le 23 octobre 2011, élections qui ont donné à Ennahdha la majorité relative.

Résultat de la Première Tentative : échec.

Deuxième Tentative :

Par Circulaire N°58/11, en date du 24 novembre 2011,  le Ministre de l’ESRS de BCE, annonce  qu’il a ouvert, le 9 novembre 2011 (je dis bien le 9 novembre, Monsieur le Ministre) une Session, pour l’année 1987, de  Promotion au Grade de Professeur de l’Enseignement Supérieur en Mathématiques avec les caractéristiques suivantes :

Nombre de Postes mis en Concours National : 1

Etablissement où est affecté ce Poste : Ecole Nationale des Ingénieurs de Sfax

Date et Lieu de dépôt des Candidature : du 21 novembre 2011 (je dis bien 21 novembre 2011, Monsieur le Ministre, en sachant que la Circulaire annonçant cela, est datée, elle, du 24 novembre 2011, cf. ci-dessus) au 28 novembre 2011 à la Direction des Examens et Concours Universitaires au Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique.

Inutile de vous préciser, Monsieur le Ministre, que cette Session cafouillée semble être à vos mesures !

Le 29 novembre 2011, le Ministre de l’ESRS de BCE nomme un autre Jury, autre que le Jury Dehman, composé de quatre membres et présidé par le Professeur Ahmed Fitouhi, Jury que j’appellerai dans la suite Jury Fitouhi-1, pour des raisons qui vont apparaître ultérieurement.

A la suite de la nomination du Jury Fitouhi-1, les cinq membres du Jury Dehman ont transmis au Ministre de l’ESRS de BCE une Lettre de Protestation, cosignée par les cinq, dénonçant l’illégalité du Jury Fitouhi-1 et mentionnant, entre autres et en substance, que ce Jury porte préjudice au Jurys légaux et que vous devriez, comme tous les Candidats,  vous présenter devant le Jury Dehman pour votre promotion. 

Dans le courant de la première quinzaine du mois de Décembre, deux membres du Jury Fitouhi-1 ont présenté leur démission. Ce qui a conduit le Gouvernement de BCE, auquel il ne lui restait que quelques jours de survie, à déclarer forfait, dans sa tentative de vous promouvoir au Grade de Professeur des Universités, en dehors du cadre légal.

Résultat de la Deuxième Tentative : échec.

Troisième Tentative :

Monsieur  le Ministre, dès votre prise de  fonction ministérielle, vous avez nommé un nouveau Jury, conçu spécialement pour vous, afin d’examiner votre propre demande de Promotion au Grade de Professeur des Universités,  présidé, toujours, par le Professeur Ahmed Fitouhi, Jury que je vais appeler, dans la suite, Jury Fitouhi-2.

Ce Jury, que vous avez nommé vous-même, a délibéré et a émis un avis favorable  à votre propre Promotion qui, pour être finalisée, attend que vous reteniez, vous-même,  votre propre Candidature, avant de proposer votre propre nom au Premier Ministre pour vous nommer, par Décret, Professeur de l’Enseignement Supérieur.

Monsieur le Ministre, ayant été moi-même, tout au long de ma carrière universitaire, et à plusieurs reprises,  Membre et Président du Jury de Promotion au Grade de Professeur des Universités,   partageant avec vous la même spécialité mathématiques, connaissant bien, scientifiquement, deux membres du Jury Fitouhi-2 pour avoir été Membre et Rapporteur de leur Jury de  Thèse d’Etat, je me vois dans l’obligation morale  de signaler les anomalies suivantes que j’ai observées  dans la composition du  Jury Fitouhi-2, ainsi que dans le volet scientifique de votre dossier de Candidature, Monsieur le Ministre :

1. Anomalies dans la composition du Jury

Le nombre de Professeurs de l’Enseignement Supérieur, en activité, en Mathématiques, dans notre Pays, se situe au voisinage de la centaine, appartenant à plusieurs Etablissements Universitaires. Il est curieux que parmi les cinq membres du Jury Fitouhi-2, deux membres appartiennent, actuellement, à votre Etablissement d’attache et un membre en a fait partie pendant plusieurs années. En outre, dans votre dossier de Candidature, vous auriez mentionné que vous avez encadré les Travaux de Thèse de ce dernier et de l’un des deux premiers ; autrement dit vous avez nommé, dans le Jury Fitouhi-2, deux de vos élèves pour vous juger ! Enfin, deux membres du Jury  Fitouhi-2 sont des partisans notoires d’Ennahdha dont l’un d’eux  figure, dans le cadre des élections pour l’ANC, sur la Liste d’Ennahdha-Sfax 1, Liste dont la Tête de Liste est vous-même, Monsieur le Ministre.

2. Anomalies dans le volet scientifique de votre dossier de Candidature

Pour ces anomalies, je vous invite, Monsieur le Ministre, à relire la Lettre que je vous ai transmise, le Vendredi 24 février 2012, sous couvert du Professeur Ahmed Fitouhi, Président du Jury Fitouhi-2, reproduite ci-dessous :

« Lettre à transmettre à Monsieur le Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique

Professeur Ahmed FITOUHI

Président de  la Commission Consultative Nationale Spéciale chargée  de l’examen de la Candidature de Monsieur Moncef BEN SALEM au Grade de Professeur de l’Enseignement Supérieur

Monsieur le Président et cher Collègue,

Je vous saurai gré de bien vouloir transmettre la Lettre qui suit, avec la pièce ci-jointe, [que j’ai adressée, le 22  courant,  à tous les membres de ladite Commission],  à Monsieur le Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique.

Je vous prie de croire, Monsieur le Président et cher Collègue, à l’expression de mes meilleurs sentiments confraternels.

Salah HORCHANI

…………………

Aux Collègues  membres de la Commission Consultative Nationale Spéciale chargée  de l’examen de la Candidature de Monsieur Moncef BEN SALEM au Grade de Professeur de l’Enseignement Supérieur, Commission qui a été nommée par Monsieur Moncef BEN SALEM lui-même, en tant que Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique.

Chers Collègues,

Il semble que l’impétrant Moncef BEN SALEM, pour appuyer ladite Candidature,  aurait mentionné, dans le Rapport de ses Activités Pédagogiques, Scientifiques et d’Encadrement [Rapport prévu par  l’Article 9 du Décret  n°1993-1825 du 6 septembre 1993]  qu’il a encadré les Thèses des Collègues Mabrouk BEN AMMAR et Mohamed SELMI, Membres eux-mêmes de ladite Commission Consultative Nationale Spéciale chargée de l’examen de sa Candidature au Grade de Professeur de l’Enseignement Supérieur.

D’abord, pour information, je vous invite à trouver, en Pièce Jointe, la reproduction des pages de remerciements des Thèses de Troisième Cycle des  Collègues Mabrouk BEN AMMAR et Mohamed SELMI.

En outre, je vous informe que :

1. La Thèse de Troisième Cycle de Mabrouk BEN AMMAR a été soutenue à l'Université  de Bourgogne, le 20 Avril 1984, devant la Commission d’examen: D.Arnal, M.Flato, R.Langevin, G.Pinczon, J.Simon

2. La Thèse de Troisième Cycle de Mohamed SELMI a été soutenue à l'Université Pierre et Marie Curie (Paris 6), le 29 septembre 1982,  devant la Commission d’examen: Y. Choquet Bruat, P.Krée, C.M.Marle

3. La Thèse d’Etat de Mabrouk BEN AMMAR a été soutenue à la Faculté des Sciences de Tunis, le 22 juin 1989, devant la Commission d’examen: D.Arnal, H. Chebli, S.Horchani, E.Salhi, S.Zarrati

4. La Thèse d’Etat de Mohamed SELMI a été soutenue à la Faculté des Sciences de Tunis, le 14 avril 1992, devant la Commission d’examen: D.Arnal, S.Horchani, C.M.Marle, E.Salhi, S.Zarrati

5. Quant aux Directeurs de ces Thèses, le Professeur  Charles-Michel MARLE est le Directeur de la Thèse de Troisième Cycle de Mohamed SELMI et le Professeur Didier ARNAL est le Directeur de la Thèse de Troisième Cycle et de la Thèse d’Etat de Mabrouk BEN AMMAR, ainsi que de la Thèse d’Etat de Mohamed SELMI.

Et,  comme vous le remarquez, Monsieur Moncef BEN SALEM n’est mentionné nulle part : ni parmi les Directeurs de Thèse,  ni dans les Remerciements, ni parmi les Membres des Jurys !

Et, c’est à vous, chers Collègues, d’en tirer les conséquences, sans langue de bois, pour nos Étudiants, pour notre Université, pour notre Pays et pour son Histoire !

Avec mes salutations confraternelles,

Salah HORCHANI »

Résultat de la Troisième Tentative : sans commentaire !

Pour terminer cet Article, Monsieur le Ministre, je ne peux pas trouver mieux, après avoir subi, pour mes écrits, des intimidations et même reçu des menaces de mort, que  de reprendre, telle quelle, la Conclusion de mon Mémoire de  1998, reproduite à la fin de mon Article intitulé : « Tunisie : La ’’Réforme-Mère’’ de toutes les Réformes Universitaires », mentionné dans le paragraphe 5 ci-dessus :

« Quant à nous, nous nous devions, en tant qu' Universitaires responsables devant nos Etudiants, la Nation et l’Histoire, d'alerter toutes les autorités compétentes afin de préserver notre Enseignement Supérieur de la marginalisation et nos Diplômes Universitaires de l’effondrement. Nous l’avons fait avec franchise, clarté et réalisme, en faisant abstraction des risques éventuels encourus, afin que l’on ne dise pas demain :

 ’’Ils savaient et ils se sont tus’’ ».

Je vous prie de croire, Monsieur le Ministre, à l’expression de mon profond respect.

Salah HORCHANI

Professeur à la Faculté des Sciences de Tunis

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

Tous les commentaires

Très Belle lettre ..