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Mesdames et Messieurs, dits indépendants,

Surgis de quelque part ou du néant,

Qui n’ont jamais milité, auparavant,

Ni politiquement, ni syndicalement,

Ou bien résidus du Rassemblement [1],

Surtout avec les mains salis par le sang,

L’abus de pouvoir ou la corruption,

Étrangers aux luttes de notre Révolution,

Qui, soudain, se sont trouvé une vocation

De député et même de gouvernant,

Vous avez jusqu’au 19 courant [2]

Pour vous replier honorablement

En vous retirant de la compétition

Afin de ne pas torpiller les élections,

Comme vous les avez torpillées, il y a trois ans,

Vous et une flopée de démocrates inconscients,

Et ne pas permettre, à la même occasion,

À ces figés marchands de religion,

Toujours en embuscade dans le temps,

D’accaparer, cette fois-ci, pour longtemps,

Les pouvoirs de l’État, la Nation

Pour la modeler à leur façon

Selon un archétype décadent

Théorisé par les Frères musulmans,

Étranger à notre civilisation

Dicté par des rois et cheiks du Levant,

Leurs protecteurs et leurs bailleurs de fonds,

Ennemis de la modernisation

De notre pays et ses institutions,

Da la civilité de notre Constitution,

De notre CSP [3] et ses exceptions

 

Votre course vers la députation

Ou vers le haut lieu de la Reine Didon,

Compte tenu de l’inflation de prétendants [4],

Demeure un gaspillage, inutilement,

Des voix, et même financièrement,

Dont profite cette contre-révolution,

Exactement, comme ce fut dernièrement,

Lors des constituantes votations,

Perte sèche pour la voie de la raison,

Libérée des dogmes et des confessions

Unique chemin vers la démocratisation

 

Aussi, Mesdames et Messieurs, dits candidats indépendants,

Si vous répondez au profil décrit précédemment

Et s’il vous reste encore un brin d’amour pour la Nation,

Dépêchez-vous pour aller présenter votre démission

Auprès du bureau de l’ISIE [5] le plus proche de votre maison

Et, malgré vos éventuelles petites infractions,

Votre Peuple et la Partie vous seront reconnaissants

 

Notes 

1. Etre « Indépendant », ça ne s’auto-déclare pas, ça se mérite !

Dans la Tunisie post-révolutionnaire, mérite le qualificatif d’« Indépendant » tout citoyen, non inscrit à un parti politique, qui a participé, au moins une fois, à une manifestation non autorisée, avec tous ses ingrédients : brigades antiémeutes, matraques, …, et cela, avant le 14 janvier 2011 à 17h 57’, contre le Régime Zinochet ou bien qui a subi la répression policière, judiciaire, administrative,… pour son opposition à ce Régime, du moins à ses méthodes, sous quelque forme que ce soit ( par la plume, par un acte matériel,…).

2. Trois jours avant les élections du 23 octobre 2011 pour l’Assemblée Nationale Constituante, j’ai également écrit un petit poème concernant les candidats indépendants, intitulé «Tunisie : Vous avez dit « Indépendants » ?» et paru sous le lien suivant :

http://www.legrandsoir.info/tunisie-vous-avez-dit-independants.html

Ce poème est encore valable, mutatis mutandis, pour les candidats indépendants du millésime 2014.

 

Salah HORCHANI

[1] Il s’agit du Rassemblement Constitutionnel Démocratique ou RCD, parti du président déchu Zine el-Abidine Ben Ali, surnommé Zinochet.

[2] Demain, vendredi 19 septembre 2014, est le dernier délai pour le retrait des candidatures aux élections législatives. Voir, à ce sujet, le lien suivant :

http://www.leaders.com.tn/article/exclusif-le-calendrier-detaille-des-elections-legislatives-et-presidentielles?id=14438

[3] Code du Statut Personnel ou CSP. Voir à ce sujet, par exemple, le premier paragraphe intitulé « Le Code du Statut Personnel » de mon article titré « Tunisie : Le Combat pour la Dignité des Femmes se poursuit » et paru sous le lien suivant :

http://www.legrandsoir.info/tunisie-le-combat-pour-la-dignite-des-femmes-se-poursuit.html

[4] À l'expiration du délai légal du dépôt des candidatures pour la future "Assemblée du Peuple" (l’équivalent de l’Assemblée Nationale, en Tunisie), on dénombre 15.652 candidats (je dis bien : quinze mille six cent cinquante-deux candidats) issus de 1500 listes électorales briguant les 217 sièges à pourvoir. Voir, à ce sujet, par exemple, le lien suivant :

http://www.webdo.tn/2014/09/01/tunisie-elections-legislatives-15-652-candidats-pour-217-sieges/

Quant aux élections présidentielles, le délai légal du dépôt des candidatures expire le 22 septembre 2014 et l’on compte, d’ores et déjà, une cinquantaine de candidats potentiels à la magistrature suprême que j’ai dénommée, dans mon poème, « le haut lieu de la Reine Didon », par allusion au Palais présidentiel qui se situe à Carthage.

[5] Instance Supérieure Indépendante pour les Élections ou ISIE.

 

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Tous les commentaires

Point de vue. Candidats indépendants : un impact politique marginal (1/3)

Par Hatem M’rad

Professeur de science politique à la Faculté des sciences juridiques, politiques et sociales de Tunis

 

En politique, « l’indépendant » est celui qui jouit de l’autonomie politique, qui ne dépend d’aucune autre autorité, d’aucun parti politique sur le plan organique. Il faut croire que les candidats indépendants sont devenus non seulement légion, mais une des caractéristiques des élections tunisiennes. On se souvient, aux élections de l’assemblée constituante du 23 octobre 2011, sur 1517 listes, il y avait au départ 655 listes indépendantes, 828 listes partisanes et 34 listes de coalition (PDM). A l’arrivée, les indépendants ont recueilli 81 464 voix, c’est-à-dire 1,55%  des voix environ, et ont fini par obtenir 8 sièges sur un total de 217 sièges.

Les listes d’Al-Aridha (Pétition Populaire), qui avaient obtenu 26 sièges et 280 382 voix, avaient certes été comptabilisées par l’ISIE comme étant formellement des listes indépendantes, puisqu’il n’y avait pas officiellement derrière eux un parti politique. Mais, politiquement, on ne pouvait les considérer tout à fait comme des listes indépendantes. Il s’agissait d’un courant politique de fait, plus ou moins anarchique, mais semi-organisé, relevant d’un leader Hachemi Al-Hamdi, qui le dirigeait de Londres, structurait au moins son discours et comportement politique. Cela dit, l’évolution de ce courant en parti politique à l’ANC, dénommé maintenant Al- Mahabba ne permet plus de l’identifier sous l’étiquette des indépendants.

Aujourd’hui, on relève qu’à l’expiration du délai de dépôt des listes candidates aux élections législatives, une élection prévue pour le 26 octobre 2014, le nombre total des listes électorales est de 1500 (1382 à l’intérieur du pays et 118 à l’étranger) avec un nombre total de 15 652 candidats.

Sur les 1382 listes déposées à l’intérieur du pays, 807 listes sont partisanes, 134 de coalition et 441 listes indépendantes. A l’étranger, sur 118 listes, les indépendants ont présenté 18 listes.

Le même engouement se prolonge pour les présidentielles. On comptabilise pour l’instant environ 15 candidats indépendants pour les présidentielles, non soutenus (officiellement) par des partis, sur 39 personnalités ayant annoncé leurs candidatures. Ces indépendants proviennent de différents secteurs : le monde des affaires (Fares Mabrouk), la magistrature (Kalthoum Kannou, Habib Zammali), le journalisme (Zied El Héni, Safi Said), l’université (Leila Hammami, Mohamed Awset Al Ayari), les barreaux (Ali Chourabi, Mehrez Boussayen), le syndicalisme (Noureddine Hached), les Centres d’Etudes (Nasr Ben Soltana, Badria Gâaloul), la haute finance (Mustapha Kamel Ennabli) et même la comédie (Raouf Ben Yaghlane) ou la sphère des iconoclastes (Jalel Brik). Certains de ces candidats risquent d’abandonner en cours de route pour non satisfaction aux conditions de parrainage ( la signature de 10 membres de l’ANC ou une liste de 10.000 signatures), ou pour manque d’appui financier.

Que déduire de cet engouement pour les listes indépendantes en Tunisie, sinon qu’il s’agit d’une nouvelle tendance électorale spécifique à la phase de transition, qui a vu pourtant l’émergence d’un grand nombre de partis (plus de 150), représentant toutes les opinions politiques.

Il est vrai que certains membres de la société civile souhaitent encore jouer un rôle militant en poursuivant l’élan révolutionnaire, initié déjà au début de la révolution par cette même société civile. D’autant plus que cette société civile a fait ses preuves dans la suite du processus. De fait, tant en 2011 qu’en 2014, certains indépendants considèrent que leurs listes représentent « l’alternative de la société civile ». La société civile est supposée se servir par elle-même. Elle est plus consciente des problèmes de société, des enjeux les plus graves et les plus concrets, que les partis politiques, friands d’abstraction politique dans un contexte de partitocratie.

(à suivre)