Photo appelant au boycott d’Ooredoo, qui circule sur les pages Facebook, où il est écrit : « Quand Qatar est en Tunisie, la Tunisie est en danger-Le Peuple libre de Tunisie ne veut pas d’Ooredoo ».

 

Suite à l’annonce de la disparition de la marque de téléphonie mobile "Tunisiana" au profit d’"Ooredoo", ayant pour slogan publicitaire «Ooredoo c'est Tunisiana et Tunisiana c'est Ooredoo», slogan qui a inspiré le début du titre de ce billet, j’ai écrit trois articles * rappelant à mes compatriotes qu’Ooredoo est l’une des forces de frappe du Qatar pour s’approprier et dominer les télécommunications et ses dérivées dans le monde arabe, en les invitant à boycotter ses produits. Plusieurs auteurs des commentaires suscités par ces articles, dont certains se sont franchement déclarés employés chez Ooredoo, m’ont fait remarquer que mon analyse du sujet qui y est traité est erronée et soulève un faux problème, puisque ce sujet est commun dans le monde des affaires  et n’est pas spécifique à la stratégie des investissements qataris en Tunisie, en m’invitant, en outre, d’aller « voir du côté de Londres et Paris » pour être convaincu du bien-fondé de leurs critiques, invitation qui a inspiré la fin  du titre de ce billet .  Ce qui suit est une brève réponse aux dits commentaires.

La différence, c’est que du côté de Londres et Paris, les qataris ne sont pas uniquement investisseurs, mais, également, quémandeurs de technologies et de services. La différence, aussi, c’est que du côté de Londres et Paris, les qataris ne se comportent pas comme s’ils étaient en pays conquis et ne sont pas les bailleurs de fonds et les souteneurs des mouvements extrémistes locaux, ni les saboteurs du bien-vivre-ensemble, ni les manipulateurs des élections, par millions de dollars et Al-Jazeera interposés, cette dernière, devenue spécialiste de l’information orientée et biaisée, est, dans le plan qatari, le vecteur de domination de l’opinion arabe. La différence, encore, c’est que du côté de Londres et Paris, les Cheiks et les riches qataris, n’ont pas décimé, grâce à des parties de chasse illégales, la faune sauvage locale figurant sur la liste rouge de l’Union mondiale de la conservation de la nature et des espèces animales sauvages menacées d’extermination et protégées par les conventions de Washington et de Rio. La différence, enfin (et il en reste !), c’est que du côté de Londres et Paris, ni la Reine d’Angleterre, ni le Président de la République française ne sont des scribes attitrés auprès d’un média qatari quelconque. Last but not least, la différence, c’est que du côté de Londres et Paris,  le célèbre-sinistre-frère-musulman, prédicateur de l’islamisme international, Youssef Al Qaradawi, vedette-télé-islamiste attitré d’Al-Jazeera et Imam djihadiste notoire, y est déclaré persona non grata ! Alors que nos gouvernants islamistes locaux, protégés des qataris, l’avaient reçu [comme ils ont reçu, d'ailleurs, ses autres acolytes : les adeptes de l’excision, de la polygamie, du niqab, du hijab pour les petites filles,…], dans la Tunisie de Bourguiba, avec les honneurs réservés habituellement aux chefs d’État : accueil au pied de la passerelle de son avion par des hauts dignitaires de l’État accompagnés des dirigeants islamistes, service d'ordre exceptionnel, passage protocolaire obligé au salon d’honneur de l’aéroport pour les discours officiels de bienvenue et de remerciements, avec la présence, évidemment, des médias nationaux et internationaux, voitures du protocole et gardes du corps, meetings populaires et prêches dans les plus prestigieuses mosquées du pays, …,et, pour certains des dits acolytes, comité d’accueil constitué par des petites filles de bas âge  voilées ! Youssef Al Qaradawi, célèbre, entre autres, pour ses recettes, « islamistement » licites, relatives au traitement des conflits conjugaux. Ainsi, voici ce qu’il a écrit sur la manière dont un musulman doit traiter son épouse « rebelle » : «après avoir tenté de rectifier de son mieux l’attitude de son épouse à l’aide de mots choisis, en usant de persuasion subtile et en raisonnant. En cas d’échec, il devra faire couche séparée, tachant ainsi d’éveiller son agréable nature féminine de façon à ce que la sérénité soit restaurée (…) Si cette approche échoue, il lui est permis de la battre légèrement, avec ses mains, en prenant soin d’éviter le visage ou d’autres parties sensibles. En aucun cas il ne pourra user d’une canne (stick) ou d’aucun autre instrument pouvant causer de la douleur ou la blesser»** (quelle délicatesse !).

 

Salah HORCHANI

*http://horchani.blog.lemonde.fr/2014/04/24/tunisie-aujourdhui-24-avril-2014-jeudi-noir-pour-le-musee-du-bardo/

http://horchani.blog.lemonde.fr/2014/04/17/pourquoi-jai-decide-de-quitter-mon-operateur-tunisiana-ooredoo/#comment-415

http://blogs.mediapart.fr/blog/salah-horchani/190414/tunisiennes-tunisiens-reveillez-vous-arretons-de-financer-les-financiers-des-contre-printemps-ar

** Voir, à ce sujet, la page 66 du livre suivant :

Samir Khalil Samir, Islam en Occident : les enjeux de la cohabitation (éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice, Suisse, 2009).

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Violences physiques et sexuelles, l'histoire choquante des employées de maison au Qatar

Dans son rapport rendu public mercredi 23 avril [2014], Amnesty International dénonce l’absence de protection des employées de maison migrantes victimes d’exploitation, notamment de travail forcé et de violences physiques et sexuelles. Intitulé “My sleep is my break”: Exploitation of domestic workers in Qatar, ce rapport dépeint un sombre tableau de la situation des femmes qui sont recrutées pour travailler au Qatar sur la base de fausses promesses quant à leurs salaires et à leurs conditions de travail. Elles se retrouvent à trimer de très nombreuses heures, sept jours sur sept et certaines femmes endurent des violences physiques et sexuelles épouvantables.

 

Le droit qatarien ne prévoit aucune limite aux heures de travail incombant aux employés de maison et aucune disposition n’impose de leur octroyer un jour de congé. En outre, ils n’ont pas la possibilité de déposer plainte auprès du ministère du Travail.

Celles qui sont victimes de violations des droits humains n’ont pas d’autre choix que de s’enfuir, ce qui leur fait courir le risque d’être arrêtées, détenues et expulsées pour « fugue ». Près de 95 % des femmes détenues au centre de refoulement de Doha en mars 2013 étaient des employées de maison.

Exposées à l’exploitation et …

Pas moins de 84 000 migrantes, principalement originaires d’Asie du Sud et du Sud-est, travaillent comme employées de maison dans cet État du Golfe. Elles sont soumises au système restrictif de parrainage, qui les empêche de quitter leur emploi ou le pays sans autorisation de leur employeur.

Les migrantes employées de maison sont victimes d’un système discriminatoire qui les prive des protections élémentaires et les expose à l’exploitation et aux atteintes aux droits fondamentaux, notamment au travail forcé et à la traite d’êtres humains »

Audrey Gaughran

Directrice chargée des questions internationales à Amnesty International

Nous avons parlé à des femmes qui ont été trompées et se sont retrouvées prises au piège, à la merci d’employeurs violents, avec interdiction de quitter la maison. Certaines ont raconté avoir été menacées de violences physiques lorsqu’elles ont informé leur employeur de leur désir de partir.

Victimes de violences physiques et sexuelles

Dans l’un des cas, une employée de maison a eu les deux jambes cassées et la colonne fracturée lorsqu’elle est tombée par une fenêtre alors qu’elle tentait d’échapper à son employeur qui voulait la violer. Celui-ci a ensuite continué à l’agresser sexuellement, alors qu’elle gisait au sol, blessée et incapable de bouger. Ce n’est qu’après qu’il a appelé une ambulance.


Malgré ses très graves blessures, le procureur général a classé l’affaire sans suite en raison de l’« absence de preuves » et cette femme est rentrée aux Philippines en 2013. Son employeur n’a jamais eu à rendre des comptes pour ce qu’il a fait.
Les femmes victimes de violences physiques et sexuelles sont confrontées à des obstacles majeurs pour accéder à la justice. Parmi les femmes qui se sont entretenues avec les chercheurs, pas une seule n’a pu voir son agresseur poursuivi ou condamné.

De plus, les femmes qui dénoncent des violences sexuelles risquent d’être accusées de « relations illicites », c’est-à-dire de relations sexuelles hors mariage, un « crime » puni d’un an de prison et d’une mesure d’expulsion. Environ 70 % des détenues de la prison pour femmes de Doha en mars 2013 étaient des employées de maison. Les autorités doivent supprimer sans délai des textes législatifs du Qatar la notion de « relations illicites ».

Source :

http://www.amnesty.fr/AI-en-action/Personnes-deracinees/Migrations-et-droits-humains/Actualites/Employees-de-maison-migrantes-au-Qatar-histoires-choquantes-de-tromperie-de-travail-force-et-de-viol-11477?

Salah HORCHANI