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Billet de blog 28 juil. 2012

L’avis révoltant du Gouvernement Tunisien sur l’Affaire Ghazi BEJI et Jabeur MEJRI

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Pour l’Affaire Ghazi BEJI et Jabeur MEJRI, se reporter à mon Article,  intitulé : «Les deux premiers Tunisiens, prisonnier ou réfugié politique, après la Révolution de Jasmin, pour délit d'opinion», paru sur le Lien :

http://blogs.mediapart.fr/blog/salah-horchani/240712/les-deux-premiers-tunisiens-prisonnier-ou-refugie-politique-apres-la

Selon Noureddine Bhiri, Ministre Tunisien de la Justice, qui s'est exprimé le vendredi 27juillet 2012, sur l’Affaire Ghazi BEJI et Jabeur MEJRI, Ghazi BEJI et Jabeur MEJRI « ne sont pas des condamnés pour Délit d'Opinion » (sic) et Ghazi BEJI n’est pas « un réfugié politique » (re-sic), tout en reconnaissant, tout de-même,qu’ils ont été jugés selon des Lois  existant avant la Révolution de Jasmin ! À ce sujet (et pour les arabisants), voir la vidéo ci-dessous postée sur le channel Youtube de l'Association Tunisienne «Conscience Politique» :

http://www.youtube.com/watch?v=pFXi49SYZWs

Ainsi, notre Ministre de la Justice s’est mis au diapason de Fouad Cheikh Zaouli, l’avocat (et, aussi, l’un des deux plaignants) qui a rédigé la plainte. En effet, cet Avocat-Plaignant a déclaré, dès le début, que « cette affaire n’a rien à voir avec la liberté d’expression, car les accusés ont outrepassé leur liberté d’expression en portant atteinte aux sentiments d’autrui », en ajoutant : « de toute façon, leur condamnation n’est rien à côté de ce que voudraient leur infliger d’autres personnes, comme les Salafistes  dont certains veulent les tuer. En fait, actuellement, la prison est une protection pour Mejri » (sic).

Rappelons que les deux jeunes hommes, tous les deux âgés de 28 ans et Chômeurs-Diplômés-du Supérieur (respectivement d’anglais et d’agroalimentaire), ont été inculpés et condamnés, ensemble, pour avoir, soi-disant, publié des documents « de nature à nuire à l'ordre public ou aux bonnes mœurs », motifs on ne peut plus vagues, permettant de condamner  tout récalcitrant au pouvoir établi, et ce, en vertu de :

1. L’Article 121-ter du Code Pénal (Ajouté par la Loi Organique N°2001-43 du 3 mai 2001, Loi portant modification du Code de La Presse) qui  définit comme  délit « la distribution, la mise en vente, l'exposition aux regards du public et la détention, en vue de la distribution, de la vente, de l'exposition dans un but de propagande, de tracts, bulletins et papillons d'origine étrangère ou non, de nature à nuire à l'ordre public ou aux bonnes mœurs ».

2. L’Article 226 du Code Pénal qui énonce que toute personne portant atteinte aux bonnes mœurs en s’étant « sciemment rendu coupable d'outrage public à la pudeur » est passible d’une peine de prison.

3. L’Article 86 du Code des Télécommunications, adopté en 2001, qui énonce que toute personne qui « nuit aux tiers ou perturbe leur quiétude à travers les réseaux publics des télécommunications» est passible d’une peine de prison.

Ce qui a fait dire à Sarah Leah Whitson, Directrice de la Division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch : « Tant que ces Lois répressives de l’Ère Ben Ali sont en vigueur, les autorités seront tentées de les utiliser à chaque fois que cela les arrange politiquement ».

Notre Ministre de la Justice, son Parti Islamiste tunisien Ennahdha au Pouvoir et ses alliés dans la Troïka ont vite oublié que, sous d’autres cieux, ce type d’Articles liberticides, qui possèdent la magnifique alchimie de transformer toute pratique de la Liberté d’Expression ou d’Opinion en un Délit de Droit Commun, alchimie caractéristique des Régimes Dictatoriaux et/ou Totalitaires, ont été largement utilisés par Zinochet et, avant lui, par Bourguiba  contre leurs opposants dont font partie plusieurs éléments-vedettes de cette Troïka qui nous gouverne aujourd’hui. Parmi ces éléments-vedettes, on peut citer Moncef Marzouki, notre actuel Président Temporaire de la République, qui fut, sous lesdits cieux, une des figures emblématiques de la Défense des  Droits de l’Homme en Tunisie, dans le monde Arabe et bien au-delà,  et dont l’aura et la carrière politique doivent beaucoup à cette position. Et il est, pour le moins que l’on puisse dire,  triste, choquant et décevant de constater que le Locataire Temporaire du Palais Présidentiel  de Carthage ait déclaré à l’Agence Associated Press, par le biais de son  porte-parole, Adnène Mnaser, en commentaire de l’Affaire Ghazi BEJI et Jabeur MEJRI: « Attaquer les symboles sacrés de l’islam ne peut être considéré comme relevant de la liberté d’expression. Nous sommes un pays musulman, et à cet égard, nous sommes contre ceux qui insultent les religions.  Il s’agit d’une forme d’extrémisme, qui provoque des réactions extrêmes que nous devons éviter en cette période délicate ».

Dame Religion, encore une fois, comme dans les époques les plus sombres du Moyen- Âge, mais sans l’avouer, on emprisonne et on essaye de  museler en ton nom ! Sans une réelle mobilisation de la Société Civile et des Forces Démocratiques, la tournure que prend, aujourd’hui, l’Affaire Ghazi BEJI et Jabeur MEJRI ne peut qu’augurer du pire dans l’avenir proche ! Et, nul mieux que le Poème « Je n’ai rien dit …» de Martin Niemöller, reproduit ci-dessous dans sa version française, ne pourrait leur servir d’alerte :

« Je n’ai rien dit »

Quand ils sont venus chercher les communistes,
je n'ai rien dit ;
je n'étais pas communiste
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
je n'ai rien dit ;
je n'étais pas syndicaliste
Quand ils sont venus chercher les juifs,
je n'ai rien dit ;
je n'étais pas juif
Quand ils sont venus chercher les catholiques,
je n'ai rien dit ;
je n'étais pas catholique
Et puis, ils sont venus me chercher
Et il ne restait plus personne pour protester

Salah HORCHANI

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