Photo captures d’écran de la vidéo [1]
En photo, Chaïma Aïssa, écrivaine et militante des droits humains, à la marche organisée, aujourd’hui samedi 29 novembre, par plusieurs acteurs de la société civile et partis politiques contre la répression [1], et cela, quelques instants avant son arrestation par la police à la sortie de la ladite marche, suite à sa condamnation en appel, le 27 novembre 2025, à 20 ans de prison ferme [2] dans le cadre du Procès de la Honte [3], dénoncé, entre autres, par l’Ordre des avocats qui « accuse l’État d’avoir saboté le droit à un procès équitable, [infligeant] des peines " cruelles et inacceptables" atteignant plusieurs dizaines d’années de prison, et affirme que les conditions d’un procès équitable ont été "anéanties" par la procédure imposée » [4]. Quant à la Ligue tunisienne pour la défense des droits de l'Homme (LTDH), elle a « exprimé sa profonde inquiétude devant une procédure menée sans les garanties minimales d’un jugement juste, sans respect des droits de la défense, sans confrontations, sans plaidoiries, et sans que les détenus aient été présentés devant la chambre, ce qui constitue une violation flagrante de la Constitution, de la loi et des standards internationaux relatifs aux droits humains », en dénonçant « la nature politique des verdicts rendus » et en estimant « que les décisions prononcées ne visent qu’à réprimer le travail politique, réduire au silence les opposants, et étouffer les voix dissidentes ».
En vidéo :
- Le dernier message de Chaïma Aïssa avant son arrestation [5] ;
- Chaïma Aïssa, chez elle, chantant, en famille, la liberté et l’amour de la Tunisie, quelques heures avant son arrestation [6] ;
- Le kidnapping de Chaïma Aïssa [7].
Traduction du dernier message de Chaïma Aïssa avant son arrestation [8] :
Bonjour,
Je voulais d’abord vous saluer et vous dire que j’espère que vous allez bien.
Si vous regardez cette vidéo, c’est que j’ai été arrêtée.
On m’a emmenée vers une prison que je ne connais pas. Ce soir, je dormirai dans une cellule dont j’ignore tout, dans un lieu qui ne m’appartient pas.
Cela signifie que le pouvoir a décidé d’exécuter un jugement aussi injuste que brutal: 20 ans de prison ferme. J’ai été condamnée sans avoir commis le moindre crime, sans avoir violé la loi.
Mon seul “tort” est d’avoir cru vivre dans un pays démocratique et libre, où une femme peut exprimer son opinion, faire de la politique sans pression ni harcèlement.
Depuis mon opposition ouverte au coup d’État du 25 juillet 2021 et au pouvoir qu’il a instauré, je fais face à un harcèlement ininterrompu. Le jugement d’hier en est l’illustration la plus récente.
Devant le tribunal, j’ai expliqué que j’étais capable, les yeux fermés, de démontrer que ce dossier est rempli d’erreurs, de mensonges et de fabrications grossières. Tout ce que je demande, c’est un procès digne de ce nom, en présence de tous les accusés, conforme aux normes les plus élémentaires d’un procès équitable. Mais le tribunal a rejeté toutes mes demandes légitimes.
Aujourd’hui, le juge n’est plus un arbitre : il est devenu partie prenante, notre adversaire dans une affaire entièrement politique, maquillée en “complot” et en “terrorisme”.
Imaginez : nous sommes des opposants connus, des citoyens qui expriment leurs opinions à visage découvert, avec objectivité — cette force intérieure que tout être humain possède pour contribuer au destin collectif.
Nous ne sommes pas des terroristes.
Nous n’avons pas d’armes.
Nous n’avons pas d’argent.
Nous n’avons que notre détermination, notre conscience et notre amour pour la Tunisie.
Cette condamnation signifie que je ne verrai plus mon fils, ni mon père, ni ma famille. Je ne pourrai plus m’adresser à vous. La maison où je me trouve aujourd’hui aura un sort incertain. Mes affaires seront jetées. Avec vingt ans de prison, rien ne m’attendra.
Je vous demande — la gorge serrée — de continuer à défendre les droits et les libertés. De défendre vos libertés et votre sécurité. L’injustice qui s’abat sur nous peut frapper n’importe lequel d’entre vous.
Je vous aime profondément. Restez solidaires.
N’acceptez jamais qu’on nous traite de terroristes : nous sommes des opposants et nous sommes patriotes.
À bas le coup d’État.
À bas l’oppresseur qui piétine nos libertés, menace notre sécurité, nos familles et détruit notre avenir.
L’avenir n’est pas entre ses mains: il est entre celles de Dieu.
Liberté pour la Tunisie.
Message de Jaza, le fils de Cheïma Aïssa :
« Ils l’ont kidnappée alors qu’elle manifestait pour défendre les libertés. Pour la deuxième fois, la police de Kaïs Saïed arrête ma mère, Cheïma Aïssa, toujours avec les mêmes méthodes inhumaines !! ».
Salah HORCHANI
[1]https://www.facebook.com/watch/live/?ref=watch_permalink&v=4115702328741066&t=27
[3] https://www.legrandsoir.info/tunisie-proces-du-complot-contre-l-etat-le-proces-de-la-honte.html
[5] https://www.facebook.com/reel/873505451920042
[6] https://www.facebook.com/reel/1759137781442860
[7] https://www.facebook.com/reel/854646377294990
[8] Traduction effectuée par Kamel Jendoubi.