Elitisme ou réussite au mérite ?

« Il viendra, sans doute, un temps où les sociétés savantes, instituées par l'autorité, seront superflues, et dès lors dangereuses... » CONDORCET, rapport sur l'organisation générale de l'Instruction publique, 30 janvier 1792.

 Que sont devenues l'ENA, l'École Polytechnique et Science Po ?

Les élites se délitent. L'ENA produit une corporation fondamentalement antidémocratiquePolytechnique a perdu son sens de l’État. Sciences Po s'éloigne de l'orbite républicaine.


Ces trois écoles doivent être supprimées.

Elles ont essentiellement un rôle de reproduction sociale. Pierre BOURDIEU, dans son livre « La noblesse d'État » (1988), note que les grandes écoles tendent à produire des univers aussi clos et homogènes que possible. Il établit un parallèle avec la transmission héréditaire des titres de noblesse : « l'accès aux positions de pouvoir économique, sociale et politique passe désormais par l'obtention de titres scolaires (…) Les grands concours sont les rites magiques par lesquels nos sociétés instituent leurs héritiers légitimes ». 200 ans après l'abolition de la vénalité des charges et des offices, les privilèges de l'hérédité existent donc toujours.

École Polytechnique : 40 % de ses élèves sont issus de deux lycées seulement ; 74 % des admis sont parisiens ; 17 % sont des femmes ; 13 % sont boursiers ; près d'1 sur 2 est fille ou fils d'enseignant. Cette école est minée par le pantouflage. Seuls 20 % des sortants de l'X choisissent le secteur public. Alors que les élèves sont rémunérés autour de 1000 euros durant leur scolarité, par ailleurs gratuite, ils ne travaillent pas pour l’État par la suite. Or, la règle de la pantoufle – le fait de devoir rembourser une partie des frais de scolarité si l'on part travailler dans le privé avant d'avoir accompli dix ans dans le service public – n'applique pas à ceux qui choisissent d'aller servir les entreprises dès la sortie de l'école ! Lorsqu'elle est réglée, cette pantoufle de 45 000 euros est versée par l'entreprise qui débauche et non par l'ancien élève. Dans tous les cas, le sens de l'Etat semble bien loin.

ENA. Un énarque coûte en moyenne 83 300 euros annuels à l’État, contre 7000 pour un universitaire habituel, soit 11 fois plus ( en raison de la masse salariale). Créée par Michel Debré en 1945 pour former des élites destinées à servir l’État, aujourd’hui l’ENA dispose d’un quasi-monopole du pouvoir que ce soit dans l’administration, le secteur privé ou la politique.

Sciences Po. La pensée unique s'y expose toujours en deux parties. A la réforme de l’État, rengaine immuable depuis la fondation de l'école en 1872, s'ajoutent les éloges du marché et du néolibéralisme

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.