Les défis du réchauffement climatique à l’aune du Covid-19

La pandémie du SARS-CoV-2, autrement appelée Covid-19 ou coronavirus, a beaucoup d’impact sur le fonctionnement du monde. Rares sont les pays épargnés par le virus, et partout où il se trouve, la vie normale est au ralenti, voire à l’arrêt pour certains. Confinements, villes en quarantaine, entre autres, furent des mesures prises pour faire face au virus qui ne cesse de causer des ravages.

 

Il n’y a pas que cela. Le ralentissement de la vie normale conduisant à la mise à l’arrêt de beaucoup d’activités humaines est source de respiration pour l’environnement. Dans plusieurs zones du monde, l’air a repris un souffle, un léger mieux a été constaté.

L’urgence climatique n’est plus à rappeler. Il faut agir vite et bien pour sauver le monde d’une impasse environnementale. Le monde vit une ère particulière où les enjeux et les défis climatiques sont de plus en plus grands. La dernière décennie (2010 – 2019) s’est révélée être la plus chaude de l’histoire de la planète. Selon l’agence spécialisée de l’ONU, l’Organisation météorologique mondiale, la température moyenne mondiale a été plus élevée d’environ 1,1 °C comparée à la période préindustrielle (1850-1900).

image1024x768.jpg?ssl=1Crédit Photo : OMM/Gonzalo Javier Bertolotto Quintana

Cette décennie record, qui s’est conclue avec une année 2019, qui est la deuxième la plus chaude connue par la planète, a été suivie par un très chaud mois de janvier. En effet, janvier 2020 a été le mois de janvier le plus chaud jamais enregistré sur la planète, juste devant le mois de janvier 2016, selon le service européen Copernicus sur le changement climatique, ainsi que l’agence atmosphérique et océanique américaine (NOAA).

Cette tendance climatique qui n’a cessé de monter depuis début 2020 s’est un peu estompée avec l’avènement du Covid-2019. Ce dernier, de la famille des SRAS (Syndrome respiratoire aiguë sévère), est apparu pour la première fois en Chine et s’est avéré être un virus très virulent, et mortel dans certaines situations. Le coronavirus a, à ce jour, infecté plus de 3 millions de personnes et fait près de 220 000 morts dans le monde.

La pandémie du coronavirus comme décrétée par l’OMS a touché plusieurs pays dans le monde. Entre confinement, couvre-feu et villes en quarantaine, les États touchés par le Covid-19 ont adopté chacun la mesure opportune pour endiguer le virus et lutter contre sa propagation dans leur pays. Ces mesures prises ne sont pas sans conséquences directes sur les rapports de l’homme à son environnement.

Effet, en dehors du ralentissement de l’économie mondiale avec la baisse spectaculaire des bourses, le monde connaît une autre ère climatique. Dans les pays les plus touchés par le coronavirus où les populations sont confinées, une diminution considérable du niveau de pollution a été observée. La Chine, premier pollueur au monde, respire un peu mieux, l’Italie n’est pas en reste.

En Chine, le premier foyer de contamination du virus, les satellites de la NASA ont démontré une importante diminution de la pollution. Ceci est dû à la baisse du dioxyde d’azote émis par les voitures, les centrales électriques et les installations industrielles lors de la période de confinement. En effet, la NASA, qui a fait la comparaison entre les niveaux de pollution au début de l’année 2019 et à la même période en 2020, a constaté une baisse de 10 à 30 %.

nasa%202.png?ssl=1Crédit image : NASA

Cette même observation est notée ailleurs dans d’autres villes confinées. Pour l’Italie, qui était le deuxième plus grand foyer de contamination après la Chine, l’Agence Spatiale Européenne (ESA) a montré que la pollution atmosphérique a subi une grande chute au début du confinement.

La fermeture des écoles et des commerces, ainsi que la diminution du trafic et des activités, ont conduit à une forte baisse du dioxyde d’azote présent dans l’air selon l’ESA. Outre la qualité de l’air qui est devenue meilleure en Italie, les eaux de Venise aussi ont retrouvé leur clarté du fait de l’absence des activités.

Un air meilleur souffle en France

La France, qui s’est confinée un peu plus tard que l’Italie, n’a pas échappé à cette tendance. Dans la région parisienne, une baisse record a été observée. La capitale a connu une baisse considérable de la pollution de l’air et de l’émission de CO2.

Dans un rapport publié par Airparif, il a été constaté que la qualité de l’air s’est améliorée de 20 % à 30 % dans l’agglomération parisienne. Ceci s’est expliqué par la diminution de 60 % à 64 % des émissions d’oxydes d’azote pour la période du 17 au 20 mars, coïncidant aux premiers jours de confinement.

Crédit image : Airparif

Avec la réduction du trafic routier, Karine Léger, directrice d’Airparif a renseigné qu’une baisse spectaculaire de la pollution est constatée « le long des axes de circulation où la baisse atteint 70 %, voire 90 % ». Les émissions de dioxyde de carbone (CO2) ont également chuté de 30 % dans la capitale.

En Inde, Delhi, la ville la plus polluée au monde en 2019, respire mieux

Avec la suspension des activités humaines en Inde, le pays a connu une forte amélioration de la qualité de l’air. À Delhi, la baisse de la pollution atmosphérique durant le mois de mars et avril est estimée à 60 % par rapport à la même période en 2019. Le plus haut sommet du monde, l’Himalaya, a été visible à 200 km pour la première fois depuis 30 ans au nord de l’Inde grâce à la baisse de la pollution.

Aux États-Unis, le rapport de la compagnie suisse IQAir rapporte une baisse de la pollution de 31 % à Los Angeles et 25 % New York.

Les exemples servant à montrer que l’environnement va mieux en dépit des conséquences sanitaires et économiques de la pandémie du coronavirus sont nombreux et ne sauraient être tous présentés.

carte-air.png?ssl=1Crédits image : Bloom­berg

L’ONU alerte pour le futur

Même l’ONU a reconnu « une baisse temporaire des émissions » de gaz à effet de serre en cette période de pandémie du Covid-19.

La lecture de ces données donne matière à réflexion aux dirigeants du monde qui se doivent de revoir concrètement leur copie concernant la lutte contre le réchauffement climatique. Certes, le monde ne peut continuer à exister sans les activités humaines mais il est temps d’agir et surtout de concrétiser les accords de la « COP21 » qui s’était tenue à Paris en 2015. La réduction des émissions de gaz à effet de serre passe par la limitation ou l’encadrement stricte de certaines activités humaines. À l’occasion de la journée internationale de Terre nourricière le 22 avril dernier, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a qualifié la pandémie du Covid-19 d’un « réveil sans précédent ».

Au regard des mesures drastiques prises par les pays touchés et les grands efforts fournis par leurs dirigeants pour faire face au coronavirus, le secrétaire général de l’ONU a tenu à lancer un message fort au monde : « Nous devons agir de manière décisive pour protéger notre planète à la fois du coronavirus et de la menace existentielle du dérèglement climatique », déclare-t-il.

« Certes, la (maladie) Covid-19 a provoqué une grave crise sanitaire et économique au plan mondial, mais si nous ne luttons pas contre le changement climatique, le bien-être humain, les écosystèmes et les économies pourraient être menacés pendant des siècles », a rajouté Petteri Taalas, le secrétaire général de l’Organisation météorologique mondiale (OMM).

La « réduction de 6 % des émissions de gaz à effet de serre » liée à la pandémie du coronavirus ne saurait perdurer car le virus est appelé à disparaître un jour ou l’autre. Les défis du réchauffement climatique resteront, quant à eux, toujours d’actualité. Il faudra s’inspirer positivement de cette crise et proposer des alternatives concrètes et efficaces pour maintenir la baisse de la pollution dans le monde. À cet effet, l’ONU prône pour une « croissance plus verte » à la sortie de la crise du Covid-19. Les accords précédemment conclus lors des conférences climatiques doivent aussi être actés.

 

 

 

 

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