Municipales: comment le Nouveau Monde permet-il les municipales aux ministres ?

Je pensais que le Nouveau Monde dans lequel nous emmènerait M. Macron serait plus intelligent. Pas toujours, bien entendu - mais sur des sujets de base qui interpellent, au moins ! La campagne des municipales aurait dû être l'exemple de la rigueur du Nouveau Monde. On repassera.

Fermez les yeux un instant. Imaginez que vous êtes entouré de dorures, que votre immense bureau en chêne massif soit au milieu d'un salon magnifique, que des dizaines d'assistants attendent que vous leviez le coude pour venir épousseter la miette du Pim's Framboise que vous venez de faire tomber, entre votre café au lait et votre bouche. Vous êtes Premier Ministre de la République Française. Seule une personne est au-dessus de vous - vous savez très bien que le peuple, votre vrai patron, ne vous demandera pas vraiment des comptes si vous abusez sur les notes de frais. 

Vous avez en main l'avenir d'au moins 70 millions de personnes. Vous luttez pour résoudre les plus grandes crises sociales de ces 50 dernières années. Les gilets jaunes, les Cégétistes privilégiés, les pompiers en colère, les policiers désabusés, les infirmiers humiliés, les danseurs de l'Opéra... 

Votre bilan est jusque-là, assez médiocre. Au lieu d'avoir profité des 100 jours de grâce pour réformer, vous avez attendu. Au final, impossible de faire une réforme qui porte son nom. Et quand on vous demande un peu d'humanité, de donner quelques jours de congés aux parents qui auraient perdu leur enfant, votre gouvernement refuse. 

Vous ne tenez pas votre ministère de la justice qui enchaîne les bourdes: pas de procès pour le dangereux meurtrier de Sarah Halimi, pénalisation du blasphème, juristes en colère - eux aussi...

Vous ne tenez pas non-plus Muriel Pénicaud. Au lieu de l'envoyer décuver avec Martine la Lilloise, vous la laisser se pavaner dans les studios radio, où elle parle avec autant de droiture que fut la carrière de Mélenchon. Du PS au PC pour terminer RN. 

Bref, vous êtes Premier Ministre, et vous avez encore beaucoup de choses à gérer. Et bien, quel est votre prochain mouvement ? Entrer dans le marathon de la mairie du Havre, pardi ! 

Comment voulez-vous que nos gouvernants tiennent les pays s'ils n'ont pas la tête au pays ? Comment voulez-vous gérer une campagne municipale à laquelle "vous n'avez pas le droit de perdre, en aucun cas" - et gérer un pays qui s'enfonce chaque jour un peu plus dans la crise ? 
Et il en va de même pour tous les autres ministres qui voient leurs cotisations de retraite s'améliorer au fil des élections, avant de considérer celles des français. 

Bref, le nouveau monde n'est pas si différent de l'ancien. Si ce n'est que dans l'ancien, on savait dès le début comment les choses se dérouleraient. 

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