Ali Benflis: un espoir pour l'Algérie?

Experte en relations internationales et chercheuse émérite, Samira Dellaa dévoile ici ses vues concernant le futur de l'Algérie et le tournant que doit prendre le pays. La transition doit commencer et Ali Benflis pourrait bien être l'homme de la situation.

En 2019 auront lieu en Algérie de nouvelles élections présidentielles. L’Algérie, plus grand pays d'Afrique, du monde arabe et du bassin méditerranéen et deuxième puissance militaire du continent, est -pourtant- en train de plonger dans la précarité, l’adiaphorie et l’obscurité totale. Une nation projetée vers un avenir lugubre et douteux, aux risques divers et incalculables. Un pays riche…avec des habitants pauvres- longtemps ignorés par des gouvernants à la désinvolture politique alarmante, complètement éloignés du barnum politique et de ses protagonistes- qui sont en réalité relégués au rang de simple spectateur ankylosé, désabusé et résigné.

Ali Benflis, un espoir pour l'Algérie ? Ali Benflis, un espoir pour l'Algérie ?

En raison de l’imminence de l’élection présidentielle, il est opportun de rappeler qu’une stagnation politique se fait ressentir en Algérie, qui déterministiquement détruit le débat d’idées et entrave le renouveau et l’alternance…Une itinérance à l’image des bilans désordonnés d’un président qui a franchi le Rubicon depuis vingt ans et mis en charpie la constitution, par des arrangements inopportuns aux intérêts anti-déontologiques, anéantissant ainsi sa gravite conceptuelle.

Le changement est possible si et seulement si, il est porté par un peuple qui croit à l’avènement d’une politique de gouvernance, une politique nouvelle, loin du diktat de la régression sociale et culturelle, du déclin politique et économique programmé, et -surtout- loin de la confortable médiocrité qui consiste à se bercer de rhétoriques grandiloquentes et des bilans oniriques et surréalistes.

Des attentes qui doivent être portées par un homme aux faits d’armes qui dispose d’une crédibilité, d’une légitimité et d’un programme véritable vecteur de développement. Ali Benflis, héritier d’un passé familial révolutionnaire et d’une grande carrière politique, à l’image de sa notoriété publique incontestable et de son socle populaire, est une personnalité aux antipodes du principe du monarque républicain ; un homme de loi, élu bâtonnier à deux reprises, qui se veut être pragmatique et inclusif et qui croit intimement qu’un Etat de droit demeure la clé de voûte d’une démocratie effective – c’est pourquoi il fonda la première ligue indépendante des droits de l’Homme, en Algérie en 1988. Son travail de fond l’aura d’ailleurs amené à occuper le poste de ministre de la Justice, en 1988, avant de devenir député, puis secrétaire général du Parti du Front de Libération Nationale (FLN), entre 2001 et 2004, secrétaire général et directeur de cabinet de la présidence, avant d’être nommé chef du gouvernement (2000-2003). Des fonctions qui lui ont permis de perfectionner ses connaissances, son charisme et sa perception de l’Etat.

L’ancien chef du gouvernement exige que la priorité soit faite, sur le plan de sortie de crise et de secours de l’Algérie, notamment les grands chantiers et défis attendus : l’économie, la santé, la justice, la corruption, l’éducation, la jeunesse et la diplomatie entre autres, le tout conjugué à une volonté intransigeante et intraitable quant à la préservation des intérêts de la nation, sa stabilité et sa sécurité.

‘Le pouvoir n’a de sens que quand il est utilisé pour servir le peuple et non l’asservir’, raison pour laquelle il crée en 2014 un parti politique, Talaie El Hourriyet (« Avant-garde des libertés »), progressiste et inclusif, doté d’un modèle de gérance collégiale et d’une gestion novatrice, qui obéit au principe du Bottom-Up, favorisant ainsi l’émergence des fondamentaux de la démocratie et de l’état de droit. Benflis a su en un temps record s’immiscer dans la cour des grands et devenir un acteur majeur des partis de l’opposition algérienne ; fort d’un esprit constructif et fédérateur, Benflis cherche à désenclaver l’Algérie pour en faire un acteur multidimensionnel, afin qu’elle puisse peser de tout son poids dans l’évolution du monde qui l’entoure. Et cela à travers un plan de sortie de crise en 5 axes :

  1. Le retour à la souveraineté du peuple à travers des élections libres, organisées par une instance réellement indépendante et effectivement souveraine.
  2. La formation d’un gouvernement d’union nationale constitué des principales forces politiques qui auront émergé de ces élections.
  3. L’élaboration d’un « pacte de gouvernabilité ».
  4. L’élaboration d’une nouvelle constitution de la République qui sera soumise au suffrage populaire.
  5. L’édification de véritables institutions basées sur le principe de la séparation des pouvoirs.

    Ali Benflis est-il la solution ? © Chaîne officielle Youtube Club des Benflissistes

Ali Benflis affirme droit dans ses bottes, qu’il saura assumer ses responsabilités au moment opportun, quand les conditions seront réunies pour mener à bien son projet à la fois sage et ambitieux, afin que l’Algérie se conforme au nouveau monde et ses multiples challenges. Car il est vrai que l’Algérie est à la croisée des chemins et elle doit ouvrir la voie à l’instauration graduelle d’un système démocratique et d’un Etat de droit pour réhabiliter la voix du peuple sans condescendance intellectuelle et sans cet immobilisme quasi brejnévien.

L’Algérie sera-t-elle au rendez-vous avec son destin ?

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