Qu'est-ce que Clubhouse, le nouveau réseau dont Elon Musk se fait le porte-voix ?

Elon Musk ne cesse d'en faire la promotion - jusqu'à inviter Vladimir Poutin a discuter "en direct sur Clubhouse". Mais qu'est-ce que ce nouveau réseau social qui n'autorise l'entrée de nouveaux membres que sur cooptation ?

Propulsée par les confinements de 2020, la plateforme a su s'imposer dans l'économie de l'attention et séduire célébrités et élites. Facebook, en panique, cherche déjà à développer une application concurrente - tout comme elle cherche à réduire l'influence de Tiktok. 

Clubhouse c’est le nouveau réseau social à la mode sur lequel il faut pour le moment être invité pour y accéder. Le jour où une invitation est reçue pour utiliser l’application uniquement disponible sur iOS (Apple), c’est un peu comme un graal. "Clubhouse est un nouveau type de réseau basé sur la voix. Lorsque vous ouvrez l’application, vous pouvez voir des « salles » pleines de gens qui parlent, toutes ouvertes pour que vous puissiez entrer et sortir, en explorant différentes conversations. Vous entrez dans chaque salle en tant que membre du public, mais si vous voulez parler, vous n’avez qu’à lever la main et les orateurs peuvent choisir de vous inviter. Ou vous pouvez créer votre propre pièce. C’est un endroit pour rencontrer des amis et de nouvelles personnes du monde entier – pour raconter des histoires, poser des questions, débattre, apprendre et avoir des conversations impromptues sur des milliers de sujets différents," précise les co-fondateurs sur le blog de Clubhouse.

Quelque part entre le podcast et les petits enregistrements que l'on s'envoie parfois sur les messageries lorsqu'on ne peut pas écrire, Clubhouse se veut “authentique”. D'une part parce qu'il serait moins facile de tricher à l'audio qu'on peut le faire sur les autres réseaux, en enjolivant son quotidien ; d'autre part parce que le format audio encouragerait des échanges et réflexions plus personnels. “Nous pensons que la voix est un moyen puissant pour les gens de se connecter, de partager, d'apprendre et de se développer grâce à une conversation authentique. Sur Clubhouse, tout le monde peut être un créateur en créant un salon et en animant des conversations”, déclare une porte-parole qui insiste sur cette notion d'authenticité.

Mais derrière cette facade, Clubhouse est déjà accusé de mal jouer avec les données de ses utilisateurs. La politique de confidentialité est problématique, le partage des contacts est fortement autorisé (sans quoi, vous ne pourrez pas coopter d'amis), Plus problématique : si l’utilisateur autorise l’accès, l’application affiche en face de chaque nom de son carnet d’adresses le nombre de contacts que la personne a sur Clubhouse. Ce qui signifie que l’appli accède aux noms, numéros et carnets d’adresses de personnes qui ne sont pas inscrites sur l’application sans leur accord. Ce qui est une entorse au règlement général sur la protection des données (RGPD) en vigueur en Europe. Autre détail gênant : à chaque fois qu’une personne enregistrée dans le carnet d’adresses de votre téléphone crée un compte sur l’appli, une notification vous enjoint à les accueillir en créant une room (un chat vocal) avec elle. Et cela qu’il s’agisse de votre ancien médecin généraliste ou de votre dealer, pointe One Zero.

Hormis ces règles de base, Clubhouse permet de parler de tout : en testant l'application, nous avons par exemple écouté une conversation sur le bitcoin, une autre pour "comprendre le flux d'énergie et les chakras" ou encore des artistes chanter ensemble a cappella. Pour aider les utilisateurs à s'y retrouver parmi toutes les chat rooms, la fonction "explore" de Clubhouse trie les sujets par catégorie (Tech, Divertissement, Arts, Foi, Sports, Langues...)

Une autre particularité de Clubhouse : il faut avoir plus de 18 ans pour s'inscrire mais, surtout, révéler son identité. Contrairement à la plupart des réseaux sociaux, Clubhouse n'autorise pas les pseudonymes. À l'inscription, on vous demande votre vrai nom, prénom et numéro de téléphone. Seules les personnalités publiques peuvent utiliser un pseudo.

L'austérité règne en maîtresse sur cette application, où les seules images sont les photos de profil des intervenants et des intervenantes : une façon de montrer que ce qui compte dans cette appli, c'est la communauté des participants, et rien d'autre – le concept est poussé jusque sur l'icône de l'appli, qui change régulièrement pour représenter un utilisateur ou une utilisatrice. Et l'écran d'accueil s'ouvre sur les "salles" ouvertes en cours dans lesquelles interviennent des gens auxquels vous êtes abonné, ainsi que sur un planning des "sessions" à venir qui pourraient vous intéresser.

Du côté des espérances, on imagine que les fondateurs de l'applications se réjouissent d’avance de l’arrivée des politiques et des partis, des meetings à venir et des débats en période d’élections. Et dans la mesure où tout le monde connaîtra quelqu'un sur clubhouse d'ici 6 mois, il est imaginable que le fait d'être coopter séduira la plupart des invités. Et le club fermé qu'était clubhouse redeviendra le café du commerce. 

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