Coronavirus, polio... l'armée camerounaise à la pointe du combat médical !

Alors que le déconfinement (excusez l'utilisation imagée de ce mot qui, malgré tout, n'existe pas dans le dictionnaire), se poursuit en Europe, que l’Asie craint une seconde vague, et que le continent américain est touché de plein fouet, l’Afrique paraît étrangement absente des cartes du coronavirus.

Si l’on évoque la situation africaine, il s’agit, le plus souvent, afin de mettre en avant la faiblesse du nombre de cas. On parle de la chaleur ou de la constitution biologique des africains déjà victimes de nombreux virus (malaria, ebola, etc...)  Pourtant, il n’en est rien.​

Peu de tests donc peu de cas avérés

Si le nombre de malades du coronavirus paraît si faible, cela est plus en lien avec un défaut de données. Les autorités de certains pays en sont conscientes et cherchent à prévenir la diffusion du COVID-19, en améliorant la détection de la pandémie, et en apportant l’aide médicale nécessaire à sa population. Ainsi, l’une des préoccupations principales reste la capacité à tester la population des différents pays africains.

Au Cameroun, les forces spéciales au service de la santé publique

La situation camerounaise peut servir d’exemple pour certains pays du continent africain. Les autorités du pays ont ainsi pris conscience que sans test, il n’était pas possible de déterminer la réalité de la pandémie sur le territoire... Et donc, impossible d'envisager un retour économique à la normale rapidement. 

Le BIR (Bataillon d’Intervention Rapide), l’unité de forces spéciales, a été mobilisé afin de mener à bien cette mission. Le choix du BIR n’est pas anodin. Le gouvernement de Paul Biya s’appuie sur deux éléments propres à cette composante des forces armées du pays. Tout d’abord, le bataillon est doté d’une expérience spécifique dans la mise en place d’opérations militaires complexes (lutte contre l'Etat Islamique, lutte contre une rébellion séparatiste, etc...), et la difficulté des missions n’est donc pas une problématique.

D’autre part, le BIR est parfaitement aguerri à la mise en place de dispositif humanitaire, ce qui lui permet d’acheminer du matériel et du personnel dans les communautés les plus isolés du pays. De fait, des ONG comme la Croix Rouge Internationale sont régulièrement au Cameroun afin de former les militaires du BIR à l'aide internationale et aux lois internationales relatives aux conflits.

L’urgence de la situation sanitaire a donc nécessité la mobilisation du BIR pour que des tests soient effectués auprès des populations des régions périphériques du Cameroun, et afin d’apporter l’aide médicale adéquate. Ainsi, le BIR s'est rendu dans des villages où ne vivent que 35 habitants, villages coupés du monde... mais où des malades avaient le COVID19. Ils ont placé ce cluster en isolement afin de protéger les villages alentours. Ailleurs, ils ont apporté de l'eau, des vivres et des médicaments. Partout, les consultations médicales étaient ouvertes à tous. 

Et parfois, le bataillon a du faire intervenir ses ingénieurs pour rouvrir des axes de communications bloqués par des chutes d'arbres, ou réactiver des engins électriques qui, ne fonctionnant plus, empêchaient des villages entiers d'accéder à l’électricité. 

Notons par ailleurs une autre bonne nouvelle annoncée par le Ministre camerounais de la santé, ce 18 juin au matin: la polio n'existe plus au Cameroun. Et il semble, là encore, que les médecins du BIR, qui vaccinent chaque année des milliers d'enfants, aient permis ce résultat exceptionnel.

Un modèle à reproduire ailleurs en Afrique ?

Si tous les pays africains ne sont pas dotés d’une unité aussi expérimentée que le BIR, il n’empêche que l’expérience camerounaise peut inspirer d’autres états. En s’appuyant sur une logistique adaptée issue des forces spéciales, il devrait être envisageable d’appliquer dans des pays aux infrastructures peu développés les choix camerounais.

Puisque la lutte contre le COVID est une guerre, les états qui ont su utiliser leur armée ont prouvé qu'ils prenaient la menace au sérieux. 

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