Le coronavirus à l’ère de l'hyper-information

Les temps que nous vivons actuellement seront observés et étudiés par les historiens avec un regard sans doute mêlé d’étonnement et d’incompréhension. Mais si l’on évoque la notion d’histoire, c’est sans doute car cet évènement combine deux éléments fondamentalement opposés dans le temps et l’espace : l’épidémie et l'hyper-information.

Qu’est donc l’hyper-information ? Il ne s’agit pas simplement de l’accès à un très grand nombre de données, mais elle comporte tout autant une notion d’immédiateté. Les informations sont disponibles quasi-instantanément. Ces deux facteurs que sont la quantité et leur rapidité provoquent un goulot d’étranglement : il n’est pas humainement possible pour une personne de traiter et comprendre autant d’informations.En temps normal cette réalité était déjà complexe à gérer.

Mais nous voilà en période de pandémie mondiale. Ce nouveau facteur est en revanche, à l’inverse de l'hyper-information, bien plus ancien. Il s’agit quasiment d’une donnée aussi vieille qu’est l’humanité. Des traces de variole découvertes sur une momie en passant par la Bible évoquant la peste des Philistins et l’antiquité ou une épidémie similaire est mentionnée dans Oedipe Roi de Sophocle, et jusqu’à La Peste de Camus, la notion d’épidémie accompagne les humains. La maladie, la souffrance, la mort, à la fois la sienne et celle de ses proches, sont autant de raisons pour générer des craintes légitimes, des peurs irrationnelles et des accusations contre des boucs émissaires.

En associant l’hyper-information, quintessence de la modernité, et l’épidémie, compagnon multi-millénaire de l’humanité un peu oublié de nos mondes modernes, on obtient un cocktail détonant.

A l’incrédulité se disputent les comportements complotistes, parfois aidés par l’apparence, bien trop entretenu il faut le dire, d’une incompétence des autorités. Les faiblesses des sociétés se font jour, ainsi que leur force. On loue tel pays pour ses actions afin de mieux condamner d’autres. On tente une solidarité mondiale, qui se déploie à la vitesse permise par les autoroutes de l’information.

Les réseaux sociaux deviennent les nouvelles places d’échange des informations, des rumeurs, des communiqués officiels, tous diffusés de la même manière, sans qu’il soit possible d’en faire le tri. On sait qu’au Moyen Âge, lors des grandes épidémies, la rumeur publique sur les empoisonnements des puits par les Juifs rendirent la persécution de ces derniers plus difficile encore.

Les insultes contre les personnes d’origine asiatique a permis de prendre la mesure de la manière dont le genre humain ne semble pas toujours tirer les leçons du passé. Dorénavant on voit certains membres du personnel médical rejeté par lettre anonyme de leur résidence. 

Il s’agit sans doute d’exception, mais à l’heure où les fenêtres des Français, tous les jours à 20h se remplissent d’applaudissements, ce décalage entre manifestations publiques de soutien et petitesse de comportements individuels cachés choque. 

Le progrès scientifique a permis d’accélérer de nombreux aspects du genre humain, mais qu’en-t-il de l’esprit de solidarité. Cette pandémie inédite sonne comme un signal d’alarme pour l’humanité. Quelle leçon pourra-t-on en tirer?

Sans doute, seuls les historiens dans 20, 50 ou 100 ans seront capables de le dire.

 

 

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