Maher Al-Akhras : résistant ou pion du Jihad Islamique ?

"Israël va payer le prix fort, si Maher Al-Akhras, le gréviste de la faim, n’est pas libéré." Le Jihad Islamique a averti Israël que les accords entre le groupe terroriste et Israël seraient gravement compromis si Israël ne libère pas un prisonnier palestinien en grève de la faim depuis deux mois et demi.

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Arrêté fin juillet par les forces israéliennes en Cisjordanie, Maher Al-Akhras, 49 ans, a entamé une grève de la faim pour protester contre sa détention. Accusé d’appartenir au Jihad Islamique, il avait été placé initialement en détention administrative mais après la détérioration de son état de santé, il a été transféré début septembre à l'hôpital Kaplan et ensuite retransféré à la clinique de la prison de Ramla, a cause de son refus de coopérer avec le personnel médical de l’hôpital. En outre, ses nombreux visiteurs posaient un risque de propagation du coronavirus dans cet établissement de santé.

Mais qu’est-ce qui se passe en vérité avec Al-Akhras ? Son état de santé est-il un autre outil de manipulation pour le Mouvement du Jihad Islamique ? Ces derniers jours, le JIP (Jihad Islamique Palestinien) est en train d’utiliser de manière presque cinématographique l'état de santé de Maher El Ahras. Ils disent être ‘extrêmement inquiets des possibles dommages irréversibles’ sur la santé de M. Al-Akhras qui, ‘d'un point de vue médical’, est ‘entré dans une phase critique’. Selon le JIP ‘sa santé se détériore rapidement et il pourrait mourir d’un jour a l’autre’.

Du côté du prisonnier, l'image est totalement différente, pourtant ; il semble être en bonne santé, il est entouré de ses proches et il répond aux questions des journalistes régulièrement et sans problème.

Et…aucune mention du JIP ? En réalité, Akhras a été arrêté cinq fois par le passé, sur la base d'informations du renseignement indiquant qu'il était un membre éminent du Jihad islamique, impliqué dans des activités terroristes, mettant en danger la sécurité publique. De plus, Akhras a été filmé en train de dire dans son lit d'hôpital qu'il était fier d'appartenir au Jihad islamique et il a juré de continuer sa grève de la faim jusqu'à ce qu'il soit libéré ou meure en martyr.

Ce n’est un secret pour personne ; le JIP déstabilise la situation à Gaza en général et envers le Hamas en particulier. Le groupe terroriste essaie a toute force de pousser à nouveau le Hamas vers un conflit militaire avec Israël en utilisant cette fois-ci Al Akhras. Encore une fois, le prix sera payé par les Gazaouis. Selon certaines sources, les haut-dirigeants du Hamas expriment leur mécontentement ouvertement en ce qui concerne les manigances, jeux et frasques du JIP.  De nombreux rapports insistent aussi que Maher El Ahras est -en vérité- en parfaite santé mais il est utilisé par le JIP a des fins politiques.

Au cours des dernières semaines, on a vu que le JIP agit plus comme une organisation mafieuse que comme une organisation de résistance palestinienne. A ce propos, le 14 Octobre 2020, des membres armés du JIP ont fait irruption dans une mosquée située à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, et ont enlevé trois jeunes hommes, qui étaient en train de faire leurs prières. Dans un communiqué, la division de Gaza du groupe terroriste a évoqué un ‘ événement affligeant’, et elle a promis de réaliser une enquête interne sans reconnaître explicitement l’éventuelle responsabilité de ses membres dans ces enlèvements. De même, la branche militaire du JIP a arrêté à deux reprises le journaliste indépendant Yousef Hassan, à cause d’un reportage de presse sur la corruption dans la distribution d'aides.

 Il ne fait guère de doute que le JIP bénéficie d’une certaine autonomie et d’une attitude de ‘laisser-faire’ par rapport au Hamas, en raison de la force exceptionnelle de ses milices. L’opacité a toujours été la marque de fabrique du JIP. Ses effectifs ne sont pas connus avec certitude. En 2011, l’organisation revendiquait 8 000 combattants aguerris dans l’enclave, quand le département d’Etat américain les estimait à moins de 1 000. S’il n’est pas clandestin à Gaza, le Jihad islamique, qui se veut ‘élite’ plus que mouvement de masse, s’affiche moins que le Hamas, dans la rue comme dans les mosquées. Est-ce le JIP la vraie menace de Gaza ? A suivre…

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