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Billet de blog 29 août 2021

Ce qui m’apporte de la joie...

Texte réalisé dans le cadre du concours national de Sciences Po auquel j'ai échoué.

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Ce qui m’apporte de la joie ne se matérialise pas, cela ne se quantifie pas et n’est certainement pas rationnel. Puisque, ce qui m’apporte la joie est une pensée, qui se dirige vers une région du monde qui représente pour moi le plus beau concept épicurien.

Cette région s’étend de la mer de Thrace à la mer de Crête, elle est bordée par la mer Myrtoenne et les Sporades à l’ouest et l’Anatolie et les îles du Dodécanèse à l’est. On l’appelle communément Mer Égée et là, à cette simple évocation, la joie et le plaisir m’envahissent. Si, une personne, qui me connaît, donnait forme à cette pensée, elle penserait immédiatement aux liens que j’entretiens avec ce territoire de par mes voyages dans mon enfance, mais aussi par ma séparation brutale avec la Mer Égée. Une fin d’après-midi d’août  2012, après un arrêt cardiovasculaire ma mère adoptive m’a quitté définitivement ; j’ai dû être rapatrié vers Athènes. L’odyssée de mon rapatriement commence sous le regard de la lune et sur une mer d’huile, fendue par un petit bateau, coque fragile, qui rejoignait d’urgence l’île la plus proche. Sur ce bateau, on pouvait observer l’ambiance festive, estivale et insouciante des touristes qui dans cette tristesse avait un côté ironique : le dernier voyage pour ma mère et le début d’une autre vie pour d’autres sous la protection bienveillante des astres muets.

Arrivé au terme de ce voyage, j’ai été étouffé par la chaleur de la capitale et submergé par les fastidieuses tâches administratives qui m’attendaient. Quel terrible contraste ! Athènes  était assiégée par la démocratie de la barricade et la ferveur de la contestation alors que la personne la plus importante de mon existence s’était éteinte, des centaines de milliers de Grecs cherchaient quant à eux un second souffle pour ne pas perdre leur vie.

Dans cette longue odyssée qui m’a ramené en France, j’ai appris à aimer ce territoire avec une passion charnelle, la culture grecque, la culture orientale, la culture méditerranéenne qui m’ont rapproché de mes origines, mais aussi d’un ailleurs que j’ai toujours recherché. Si certains moments sont temporellement courts, ils semblent paraître comme une éternité, l’éternité d’un regard, d’un sourire qui reste et qui dure et qui s’interprète comme un espoir et c’est en cela qu’on souhaite que cette éternité soit véritablement éternelle.

La fin de cette odyssée, se termine sur d’autres terres, sur un autre territoire, celui de la terre charbonneuse de Saint-Etienne et bizarrement, je pense que cette issue m’amènera plus tard dans une continuité logique : revenir sur les terres helléniques qu’aujourd’hui je semble fuir. Je pourrai enfin vivre une nouvelle Iliade qui me permettra de rentrer dans mon Ithaque, le jardin secret de mon enfance. Mais, je n’ai pas encore trouvé l’esquif qui me permettra d’accéder à cet univers que j’ai protégé pour pouvoir toujours vivre ma joie, celle qui est née sur l’illustre territoire de l’Antiquité. Je sais pertinemment que ce qui me procure la joie est servi par le souvenir et la mémoire  datant d’un âge où tout juste je développais des qualités de réflexion et de raisonnement, mais la joie ne peut être rationnelle puisque la raison enferme par nature l’espoir.

 Cet événement fondateur a complètement modifié ma trajectoire de vie ; il m’a permis, il me permet et il me permettra de renforcer cette ligne de fuite qui m’autorise dans les moments les plus tragiques de trouver une joie, la sensation épicurienne de la satisfaction simple de la pensée libératrice qui s’émancipe dans l’espoir.

Samir.

Ps : Merci à Leila pour la correction.

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