La transition énergétique : la transition du bonheur ?

La diminution des réserves en énergies fossiles engendrera un ralentissement de notre économie. Notre mode de vie est étroitement tributaire de la production de richesse. Or, que notre mode de vie soit au service de la réussite sociale, financière, familiale, amoureuse : le bonheur est bien l’objectif in-fine. Alors, devons-nous nous inquiéter ?

Une réflexion sur le bonheur : c’est pour les écolo-bobos anticapitalistes et les zadistes ? Aussi, mais pas que ! Le milieu de l’entreprise (AlloResto, laboratoires Boiron,...) s’y est déjà intéressé de près avec la création d’un nouveau poste : responsable du bonheur. Ce choix a été motivé par les recherches de Hay Group, et de l’Université de Berkeley, qui montrent que les employés heureux sont 43% plus productifs et 86% plus créatifs et innovants.

Donc cette tribune n’est pas philosophique : c’est du concret ! Si le bonheur est en danger il faudra trouver une solution. Ce sera chose faite. Mais avant, nous dresserons un constat du système actuel. Afin de détendre un lecteur, encore soucieux d’une apologie de l’anarchisme, levons tout de suite le doute en vérifiant l’hypothèse : richesse et bonheur sont liés.

 

Tout d’abord tant que nos besoins vitaux, et de sécurité, ne sont pas assouvis notre bonheur est bien lié à nos ressources. Dans les pays où la soif fait rage, trouver une source d’eau libère momentanément d’un stress. Dans nos villes, le jour où nous nous aventurons dans une ruelle mal famée, revenir dans une rue sûre apaise. La richesse répond directement à ces problèmes en fournissant l’eau courante et les forces de police. Une augmentation des ressources se traduit alors directement par une diminution d’insatisfaction et donc un bonheur relatif. Notre système économique a simplement poussé la logique, sans considérer un possible effet de seuil : l’opulence serait par conséquence le plus haut degré de bonheur. Marylin Monroe, Dalida, Kurt Cobain, Avicii,... sont des exemples tragiques de l’erreur de ce raisonnement appelé : paradoxe d’Easterlin.

Nous voyons bien ici la différence entre l’absence d'insatisfaction et la satisfaction. Et pourtant, pour ceux qui ont la chance de dépasser la précarité, le salaire reste notre première préoccupation lors d’un entretien annuel. L’argent ouvrirait un univers des possibles qui nous permettrait d’être heureux pour de vrai : dans 8 mois, un voyage exotique pour décompresser ? dans 5 ans, acheter un appartement et me sentir chez moi ? dans 30 ans, finir de rembourser ce prêt immobilier et être libre ? Moi, heureux, serait donc un horizon et le moyen pour m’en rapprocher serait l’augmentation de mes revenus. L’aléa dans ce plan sans faille est que ce futur heureux que nous prévoyons comprend aussi la fin des énergies fossiles et donc la baisse des richesses. Arnaque sur le bonheur ! Allons-nous plaindre au SAV ! Mais d’ailleurs, qui m’a vendu cette méthode obsolète vers le bonheur ?

 

Mes parents ? Pas sûr, car même pour eux c’était pas toujours rose. En tant qu’enfant j’avais besoin d’un modèle solide pour construire mon usine à bonheur et d’une recette sans faille pour lancer sa production. Eureka ! J’ai trouvé ceux qui m’ont accompagné sans jamais faiblir, qui souriaient, qui s'esclaffaient : les belles gens sur mon écran ! C’était donc eux mes mentors, leur message était limpide et sans aucune contradiction : extase juvénile ! On peut alors se poser la question : pourquoi cette pierre angulaire a-t-elle été laissée à la publicité et aux lobbys ? Pourquoi l’école ne s’empare-t-elle pas de ce sujet de fond ?

 

Aucune réponse. En revanche, une solution est possible et les derniers événements laissent penser qu’il est urgent de la trouver. Effectivement, si vous enlevez à un humain sa source de bonheur, ainsi que celle qu’il imaginait pour ses enfants, l’instinct de survie revient au galop avec son lot de violence. La transition écologique à venir ne sera donc pas qu'économique mais beaucoup plus intime.

Comme mentionné plus haut, l’entreprise investigue déjà. Le service public est en retard. L’enseignement doit arrêter de brandir l’étendard sacré de la rigueur cartésienne pour éviter ce sujet de fond qu’est le bonheur. Nous sommes riches de 2600 ans de recherche : bouddhisme VIème av.J.C., stoïcisme IIIème av.J.C., Saint Augustin IVème ap.J.C., John Mill XIXème, Frederick Herzberg XXème, neurosciences et hormones du plaisir XXIème,... Ces outils et apprentissages devraient être abordés lors de notre cursus scolaire dès le plus jeune âge. Le but de l’école est de nous préparer à la vie qui nous attend, de nous donner une égalité des chances à une vie heureuse. L’école doit nous redonner notre libre arbitre.

 

Le monde de demain n’est pas forcément sombre et hostile à la vie heureuse. Le Grand Débat National est une opportunité pour donner ce nouveau cap !

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