Deal or No-Deal ? Is that the f***ing question?

Shakespearien? Le Royaume est pris en otage par un clan de hard brexiteers conservateurs, ultra-libéraux, riches voire très riches. Brexit est le révélateur de leurs manœuvres sans âge en vue d'accumuler pouvoir et richesse au détriment des valeurs démocratiques, sociales et libérales. En cela, Brexit sera peut-être salvateur, pour Britain, et ses observateurs. Ou pas. To be or Not to be followed.

 

Better Call the Brexperts © Sandra von Lucius Better Call the Brexperts © Sandra von Lucius

 

Hamlet et le ventilateur.

 

29 mars 2019. C’était la date prévue pour l’entrée en vigueur de l’Article 50 qui scellerait la sortie du Royaume Uni de l’Union Européenne. Trois ans après le Référendum qui a frappé le pays comme une massue, le 23 juin 2016. Personne ne s’en est jamais vraiment remis depuis. Bien au contraire. To be or Not to be, ce sont les choix exi(s)tentiels que l’on aurait dû pouvoir cocher sur les bulletins, au lieu des lénifiants Remain a member of the European Union ou Leave the European Union. To be ou Not to be. Une telle formulation n’aurait pas été plus sidérante que ce qui se joue depuis. Elle n’aurait pas été plus hallucinante que tout ce qui a été formulé  – formules (magiques), slogans, sophismes et faux truismes – depuis, et bien avant. Au moins elle aurait eu de la gueule. Elle aurait peut-être donné à ce spectacle lamentable, ex-aspérant, une note sublime, ex-istentielle, shakespearienne.

Dans tous les rangs, à droite, à gauche, leavers, remainers, brextremists, remoaners, re-leavers, bremainers, dans les rangs du gouvernement, sur les bancs de la Chambre des Communes et même dans le cénacle réputé plus pondéré de la Chambres des Lords, dans le pays tout entier, on s’agite aujourd’hui, on panique en ce printemps 2019 comme à l’annonce d’une catastrophe imminente. Ou bien on reste pantois, complètement abasourdi. Flabbergasted. Démuni, incrédule, furieusement impuissant. Les ruisseaux de la colère se sont répandus, des bras de mer-de, s’élargissant insidieusement, the shit hit the fan, jolie expression apprise dans les journaux plutôt de gauche, comme The Guardian, Thank You John Crace, pour votre langue imagée qui à chaque fois met le doigt dessus, the shit hit the fan, la merde s’est engouffrée dans le ventilateur. Ou quand vous décrivez le general level of clusterfuckery at Defcon I, en parlant de Westminster. Heureusement qu’il y a encore des journalistes qui savent écrire et même faire rire. Surtout quand on est en plein délire. John Crace dépeint dans The Guardian la réalité devenue fiction et vice-versa. Et oui. C’est du pur Shakespeare. Pourquoi n’aurais-je pas le droit de le dire ? De nos jours, personne n’est avare de discours élogieux, élégiaques, eulogiques, dans le style consécratif, non ? Ou alors haineux. Désirs d’extrêmes. On se dépasse, on se surpasse, sur l’une ou l’autre voie.

Les MPs, les membres du Parlement, les représentants du peuple donc, reçoivent de violentes insultes et des menaces de mort qui sont prises si sérieusement par la police qu’elle leur conseille vivement de ne pas rentrer chez eux parce qu’ils ont voté pour telle ou telle motion, tel ou tel amendement qui risquerait de compromettre le Brexit. Des votes qui se succèdent à un rythme quasi quotidien ces dernières semaines. Difficile de ne pas perdre le fil. Suivre la litanie de tous ces évènements, transformés par leur nombre en non-évènements, ce même lorsqu’ils sont déterminants, relève du boulot à plein temps. Mais ça, c’est établi. C’est un fait avéré. Ce sont des menaces de mort que les députés reçoivent lorsqu’ils osent voter pour ce qui pourrait entraver la marche folle du Brexit. Sont-ce là les prémisses de la "propre démocratie", "own democracy" que nous promettent les leavers ?

L’échéance de la sortie a été, pour l’heure, remise au 12 avril. Une trêve ? Si seulement ! L’amendement d’Yvette Cooper pour rendre illégal et non avenu tout No-Deal (sortie de l’UE sans accord), en demandant une extension de l’entrée en vigueur de l’Article 50 en cas de Non-Accord, est passé de justesse le 3 avril. Las. Il doit encore être débattu à la Chambre des Lords pour faire, ou pas, force de loi. Il y a été reçu pour commencer par pléthore d’amendements avant même d’entamer les discussions sur la Business Motion uniquement, étape obligatoire pour entamer les débats. Kafkaesque.

 

Greatitudement Vôtre.

 

Les tabloïds – les journaux, ces feuilles de caniveau les plus lues du pays, et de loin – enchaînent les unes anxiogènes où sont placardés des mots massue, agressifs, belliqueux, poussant à la vindicte populaire, treachary, betrayal, trahison, tyranny, enemies, à l’encontre de l’UE et de tous ceux qui y sont plus ou moins attachés, tout en continuant de mener une bataille anti-élites libérales (pas ultra), anti-immigration, islamophobe, suprématiste, acharnée, sempiternelle, sans merci. To be or Not to be. Il me semble comprendre de mieux en mieux ce que cache cette phrase qui m’avait toujours paru si simple et si absconse à la fois. Hamlet qui se prend le crane. Se poser cette question peut déclencher la rage, l’orgueil, la sécession due à la cécité. On ne voit plus. On est coupé du reste du monde. On a trouvé the solution que l’on veut dès lors imposer au reste du monde. On est ici et au-delà. Global Britain. To be or Not to be beyond the Law. Au-delà des lois. Sentiment profond de Greatitude oblige.

Dès l’annonce de la victoire in extremis de l’amendement Cooper à la Chambres des Communes, Tom Newton Dunn, du Sun, le tabloïd le plus lu ici-bas que possède l’ultra-riche Rupert Murdoch, publie sur son compte Tweeter, dans les règles de la bonne grosse délation publique, une liste avec photos des 14 « traitories », traitres tories, conservateurs, qui ont voté pour ce qui rendrait caduque toute forme de No-Deal. Réitérant le « faux pas », l’ « impudence » en anglais, – alors assez globalement, fermement réprouvé – du gros titre paru en une du Daily Mail – frère d’armes du Sun, qui le suit de près en nombre de lecteurs – le 4 novembre 2016. Un énorme Enemies of the People en lettres grasses, illustré des photos des trois juges qui avaient statué que le Parlement aurait voix au chapitre sur l’Article 50, déniant ainsi à Theresa tout recours à la Prérogative Royale. Un privilège qui lui aurait conféré les pouvoirs d’un monarque absolu sur le sujet. Cette Royal Prerogative lui a été légalement, démocratiquement, refusée or Theresa a continué et continue de lutter, seule contre tous. Elle a jusqu’ici refusé tout pour-parler avec ceux – ils sont nombreux  – qui lui sont opposés. Fille de pasteur, elle semble investie d’une mission, un devoir divin, ce sera son Accord ou rien. Gena Miller, la femme à l’origine de cette victoire démocratique – anti-démocratique pour les ardents défenseurs du Brexit pour qui Brexit is Brexit, The Voice of the People, We Don’t Know What Brexit is Exactly but Brexit is Brexit – cette amazone défendant, elle, les valeurs démocratiques  – métisse de surcroit – a subi les pires menaces, attaques et insultes sur le Net. Vu l’ambiance, on imagine qu’elle se balade toujours, trois ans plus tard, flanquée d’un ou plusieurs gardes du corps. Quel va être le sort des 14 « traitors » ? Car en effet, grâce à eux, because of them, l’amendement d’Yvette Cooper est passé d’une voix.

Mais encore une fois, ça ne va pas se passer comme ça. A chaque fois que les hard brexiteers perdent une bataille, ils dénoncent haut et fort l’affront fait aux British Values, aux fondements de leur « own democracy ». On n’est ou on n’est pas démocrate. Lors du Référendum, 51,9% ont représenté et représentent toujours pour les hard brexiteers mais aussi, apparemment, vu son zèle brexiteux, pour la Prime Minister elle-même, une victoire é-cra-sante. 50,1% des représentants du peuple ne doit en aucun cas devenir une victoire de l’amendement Cooper, qui vise seulement à éliminer tout projet de scission radicale si désirée par les hardeurs. Tout, même un No-Deal, plutôt que de courir le risque d’un Brexit mou, Soft Brexit, ou d’un Brexit reporté à une date incertaine ou, ô trahison suprême, de l’annulation du Brexit. Ils veulent du dur, du tranché bien tranchant, une coupure nette et définitive. L’idée de défaite ne rentre pas dans leurs concepts. To be or Not to be a winner.

 

Guerre de Sécession à l'anglaise.

 

Au cours des trois dernières années, une chose, aberration entre toutes, est apparue clairement : 1 - il n’y a aucun plan (à part celui de conquérir, une nouvelle fois, le monde, économiquement s'entend) ; 2 - il n’y a aucun plan, aucune vision sur laquelle on puisse s’accorder (proposition  qui découle directement de la première: il y a ici, encore, heureusement, des gens qui ont un certain sens des réalités). Aucun accord. Aucun deal. Il est apparu que ceux qui veulent si ardemment Brexit n’avaient aucune idée de ce que Brexit signifiait vraiment, pratiquement. Ils ont poursuivi une chimère, on parle ici de licorne, unicorn, une voie unique, une seule voie, la leur. La scission sans concessions. La voie de la sortie de toutes les entraves de l’Europe, pour enfin devenir ultra-liberal, ultra-rich, ultra-great. Les hard brexiteers sont une minorité, une minorité qui tantôt mène la danse, tantôt l’entrave pour la ramener dans ses rangs. Le gouvernement, la Chambre des Communes, le pays tout entier est pris en otage par un groupe d’ultra-libéraux nationalistes anti-Welfare (Etat Providence) assoiffés de toujours plus de pouvoirs, politique (juridique) et donc économique. Shakespearien ?

C’est la pure discorde. Un tumulte au comble de l’absurde. D’autant que les différents camps usent des mêmes termes étendards pour désigner des visions souvent radicalement opposées : liberté, démocratie, British Values, globalisation etc. Il est devenu impossible de s’entendre sur des termes certes communs mais augurant du Graal pour les uns, de la chute et du naufrage pour les autres. « C’est Dieu qui m’enjoint à combattre jusqu’au bout pour défendre notre bien le plus précieux : la liberté. » De quelle liberté parle ce MP tory illuminé ? De quelle démocratie parlent les leavers lorsqu’ils proclament leur « propre démocratie » ? De quelles British Values, de quel monde globalisé parlent les patriotes nostalgiques du Great British Empire? Un Empire dont l’immense fortune s’est notoirement bâtie sur l’exploitation de sous-hommes et de sous-pays. Il semble parfois opportun de le rappeler. Machiavélique, isnt'it?

Pas d’accord sur le Non-Accord non plus, que tous les indicateurs économiques et autres envisagent pourtant sous la forme d’une déflagration, d’un bouleversement en grand. Les hard brexiteers se gaussent du Project Fear lancé dans un moment de désespoir par les softeurs, ces mous du g’nou. Eux les hardeurs, ils sont forts, très forts, et ils vont le prouver, certains sont riches, très riches, et ces richesses, eux, bientôt libérés des lois totalitaires européennes, ils vont les augmenter. Ils vont leur en montrer. A l’instar des libertaires américains, la richesse, la providence est dans leurs mains, pas dans les caisses de l’Etat, à bas l’Etat, à bas ses lois. Be free. Absolutely free. We are great. Freedom will make us even greater.

 

"Great Britain is the Greatest Country in The World".

 

Le 4 avril, Mark Sedwill, le plus haut fonctionnaire britannique, conseiller de May sur la sécurité nationale, prévient une nouvelle fois les ministres sur les conséquences désastreuses d’un No-Deal – Un No-Deal, une déflagration, une catastrophe, que n’excluent toujours pas la très grande majorité des conservateurs, et à leur tête les brexiteers les plus fanatiques, dont certains ministres, Michael Gove se montrant toujours le plus saillant. Le Grand Conseiller du gouvernement en Sécurité Nationale affirme qu’un No-Deal entraînerait une récession plus profonde et encore plus dévastatrice que celle provoquée par la crise financière de 2008. Que les avions ne pourraient plus, du jour au lendemain, s’envoler vers l’Amérique du Nord, faute d’accords, sachant que les principaux partenaires commerciaux du Royaume Uni sont les Etats-Unis et, bien avant eux … plusieurs pays de l’UE. Dans cette dernière déclaration, il ne parle pas des avions, trains, bateaux, camions, voitures, hommes, femmes, enfants en partance et en provenance de l’UE, qui eux aussi, logiquement seraient bloqués. On nous a vaguement dit que ce scénario avait été envisagé, qu’on a dé-bloqué 4 ou 5 milliards et embauché 15000 fonctionnaires pour gérer le Brexit, et donc, en partie, aussi, pour parer ses éventuels dysfonctionnements - tout cela à grands frais en pleine période d'austérité. En cas de Non-Accord, on évoque de très probables shortages, une pénurie de nourriture et de médicaments. Pour ne nommer que les besoins les plus urgents. To be or Not to be in control. We just Take Back Control.

Dès la création du ministère du Brexit, le Department for Exiting the European Union, au lendemain du Référendum, David Davis, un hard brexiteer, a été nommé à sa tête. Ça a duré deux ans. Deux ans durant lesquels on a eu l’heur de pouvoir apprécier son incompétence prodigieuse. On se souvient d’une de ses premières rencontres avec Michel Barnier à Bruxelles. Ce dernier croulant sous les dossiers. David, assis, fringuant, à peine une feuille de papier étalée devant lui, sur la table des négociations. Il a réussi à démontrer une méconnaissance éclatante des fonctionnements de l’Union. Mr Barnier est resté poli face à l’énergumène bouffi d’orgueil britannique. We’re taking back control. We are Great. No Fears, no worries.

Clairement, le monde entier, incrédule, a eu tout le loisir depuis d’observer cette indéniable, incroyable maîtrise couplée d’une arrogance démesurée suivant la logique du have-your-cake-and-eat-it : sans conteste, obviously, Great Britain is in control. Être ou ne pas être maître de la situation. Maître en son pays. Have your cake and eat it. Le beurre et l’argent du beurre. Quitter les entraves de l’UE en continuant d’en tirer tous les bénéfices. Entrer en conquérant sur la scène mondiale pour amasser les profits qui lui sont dus, qui sont dus à Great Britain, et donc, d’en tirer là aussi tous les bénéfices. To be or Not to be The Master of the Universe.

Le Grand Conseiller en Sécurité Nationale dit aussi que les prix des produits alimentaires augmenteraient de 10% en cas de No-Deal. A chacun de stocker, ou pas, des gros sacs de riz achetés chez le Pakistanais du coin, quelques fromages français aux dates de péremption éloignées, aussi, on va quand même pas se mettre à bouffer seulement du Sheddar. Il dit qu’une des priorités consisteraient à conclure rapidement des accords sur la pêche pour pouvoir chasser illico les chalutiers français des eaux britanniques. Au moins, on aura du poisson. S’il en reste. Nous sommes « au bord de la falaise ». Brexit cliff edge. L’image est utilisée sans discontinuer, ici, sur l’île. On se demande avec raison, si tant est qu’il y en ait encore, un peu de raison, si le pays a jamais vécu crise plus grave, une crise encore – pour combien de temps ? – uniquement politique et identitaire. Les hard brexiteers ne veulent pas de Soft Brexit, ils veulent du Hard, une séparation franche et nette, totale, totalitaire, sans concession aucune. Il n’y a pour eux aucun bouleversement en vue si ce n’est positif car Great Britain, ils en sont convaincus en leur âme et conscience, celles de religieux fanatiques, Great Britain is The Greatest Country in the World.

 

Et Big Mother - Mère Theresa - créa les "Citizens of Nowhere".

 

Theresa May est une fanatique d'un autre type. Le Maybot, le robot fanatique, ou plutôt zélateur et propagandiste, veut à tout prix faire passer son Deal. Brexit means Brexit. Brexit means Brexit. Brexit means Brexit. We heard the Voice of the People. We heard the Voice of the People. We heard the Voice of the People. I Will Deliver for the People. I Will Deliver for the People. I Will Deliver for the People. Orwellien.

Depuis trois ans, elle ignore totalement, sans la moindre vergogne, les 48,1% qui ont voté Remain et tous les re-leavers, les leavers devenus remainers, qui, vu le marasme sans nom, ont dû nécessairement, question de survie, faire marche arrière. On ne parlera pas des bremainers, les remainers devenus entretemps brexiteers, ces pauvres hères en déshérence psychologique avancée se raccrochant tant bien que mal à l’adage britannique qui aura décidément connu de meilleures heures: Keep Calm and Carry On. Les 48,1% ne sont obviously pas The People. La moitié de la population, au bas mot, n’a pas voix au chapitre. C’est ça, leur démocratie. Les avis voire les droits de cette bonne moitié de la polpulation ne sont jamais évoqués. Annihilés. It’s a kind of Magic. The People, les gens, cette entité fantasmagorique à laquelle Maybot en appelle sans cesse, sont - si on en reste aux chiffres: Big Mother aime les chiffres - les 17 millions qui ont voté Leave le 23 juin 2016 dans un pays qui en compte 66. Ça fait ¼ du total. Environ 25%. É-cra-sante majorité. The People à qui s'addresse le Maybot sont les 25%. Qui sont les 75% ? Les enfants. Les non-votants. Les étrangers. Ceux qui n’ont rien contre. Ceux qui veulent rester Européens. Tous des non-people dans le système maybotique.

L’une des divisions qui s’est imposée depuis le Référendum avec la force d’une loi naturelle inébranlable dans le paysage politique et ses discours, le tout sur fond de propagande à peine déguisée, est une contradiction dans les termes. C’est pourtant une division, une ségrégation qui semble désormais généralement acquise. « On » a plutôt bien réussi, par un savant tour de passe-passe des plus efficaces, encore une fois digne des meilleures trouvailles orwelliennes, à opposer les citoyens britanniques aux citoyens européens : UK citizens vs EU citizens. Une contradiction dans les termes, une ségrégation créée artificiellement par un discours propagandiste aux idées douteuses, car les citoyens britanniques sont toujours, en ce printemps 2019, dans les faits, des citoyens européens. Or « on » parle et « on » agit comme si les citoyens britanniques n’étaient plus, n’étaient pas des citoyens européens. Depuis le 23 juin 2016, Brexit is Brexit et les citoyens britanniques sont les citoyens britanniques – discours entérinant ainsi une distinction claire et essentielle entre ces derniers (ou plutôt ces premiers) et tous les autres citoyens. Les citoyens britanniques : un groupe supérieur ? Les non-Britanniques : des citoyens de seconde zone, des non-citoyens ? Des citoyens ayant moins de droits donc légalement inférieurs ? To be or Not to be a citizen in Britain.

Ce « style relevé» relève du même type de propagande insidieuse portée par une idéologie aux fondements nationalistes et xénophobes, à la limite racistes, qui a permis au gouvernement conservateur de nommer officiellement sa politique d’(anti-)immigration, plus que décriée (on pense au récent Windrush Scandal) « Hostile Environment ». Le Ministère de l’Intérieur poursuit depuis au moins dix ans un agenda visant à créer un « Environnement Hostile », oui c’est son nom officiel – Hail Orwell –, « hostile » aux étrangers, aux étrangers dont la situation doit être « régularisée » – les marges d’acception du concept « étrangers » étant naturellement des plus fluides et malléables, selon les contextes et les besoins – une politique hostile initiée par Theresa May durant les 6 ans qu’elle a passés à la tête du Home Office, avant d’être catapultée Prime Minister.

« On » parle relativement peu des résidents non-britanniques, en particulier Européens, ou alors en négatif. Comme au début, où on les a transformés en bargaining chips, une sorte de « monnaie d’échange » du gouvernement britannique pour que l’Europe obéisse à ses quatre volontés. C'était avant qu'ils réalisent qu'il y avait aussi pas mal de citoyens britanniques résidant dans l'UE. Étaient-ils prêts à envisager le retour de milliers de retraités bénéficiant des systèmes de santé locaux ? Service pour lequel le Royaume Uni paie une contribution, soyons honnêtes. Mais revenons au Royaume Uni justement. Ces résidents non-britanniques, ce sont en effet, entre autres, plus de trois millions d’Européens (EU ctizens), qui sont directement concernés par Brexit mais n’ont pas le droit de vote, n’ont pas la parole. On ne peut d’autant rien dire que c’est une loi européenne. En tant que résident (ici non britannique), on peut voter au niveau local mais pas national. Droit qui nous sera surement retiré en cas de Brexit, puisque nous venant de la législation européenne. Ce sont, nous sommes, the citizens of nowhere and everywhere, les citoyens de partout et de nulle part, selon les propres mots du Maybot, la Prime Minister. Des non-citoyens. Juste bons à faire marcher l’économie du pays ou à servir de « monnaie d’échange ».

Il semble que l’on ne veuille plus des Européens, ces fieffés arrogants qui s’arrogent le droit de prendre la place des travailleurs plus humbles venant du monde entier, de pays peut-être moins démocratiques aussi – donc plus faciles à « contenir », à « exploiter » ? Après être passés du statut de citizen of nowhere and everywhere à celui de bargaining chips, voilà que les citoyens européens devenaient des malotrus qui « jump the queue », un crime de lèse-majesté in Britain, où la qualité de savoir attendre son tour dans la queue est élevée au rang d’aptitude supérieure nationale digne de la plus haute fierté. Des barbares, ces Européens, par défaut, par définition. Sur ce point, on a dû lui dire qu’elle avait peut-être poussé le mécanisme de répulsion un peu trop loin, Theresa a finalement dû présenter des excuses publiques. Elle ne s’est jamais excusée sur les bargaining chips ou les « citoyens de nulle part ». De Non-British nous sommes passés, depuis le Référendum, donc en particulier nous, les Européens, à Non-Citoyens. To be or Not to be un citoyen, à savoir un être humain ayant des droits dans la communauté, la société à laquelle il participe activement, dans laquelle il vit. To be or Not to be un citoyen ou un barbare voire un esclave, sans aucun droit, si l’on se réfère à la dichotomie grecque, aux temps fondateurs des premières formes de démocratie. Leur « own democracy ».

 

Let's Be Free and  Rich and Great and necessarily Pragmatic.

 

On dit que Theresa a fini par comprendre qu’elle a affaire à au moins aussi fanatique qu’elle car elle vient d’annoncer, non sans une répugnance ostentatoire, qu’elle était prête à discuter avec Jeremy, le leader travailliste plutôt radical, l’ennemi honni, qui, à son corps défendant – il lui en a fallu du temps à ce symbole de la gauche eurosceptique – est désormais pour un Soft Brexit, une union douanière, voire « une sorte de » second People’s Vote. Juste avant les échanges et discussions cross party qui feraient date, May n’a pas manqué d’évoquer Corbyn comme son pire ennemi, elle insiste – beaux prémisses pleins d’espoir –, pique qu’elle n’a pas pu s’empêcher encore une fois d’envoyer, sans doute pour assurer ses arrières avec les hard brexiteers en cas de flop avec les soft. Ça ne se passe d’ailleurs déjà, dès le début, pas sans frictions. Evidemment. On ne se refait pas. C’est une fourbe politicienne. On n’a pas oublié qu’avant d’ergoter sur Brexit, elle était Remainer. Lino Lino Lino. L-eader i-n n-ame o-nly (John Crace, encore). To be or Not to be remainer then hard or soft brexiteer et vouloir par ailleurs gouverner un pays d’une main de fer.

Pendant ce temps, son ultra-conservateur de collègue Rees-Mogg, hardeur en chef, directeur de l’ERG, l’European Research Group, phalange extrême des eurosceptiques devenus publiquement ultra-anti-européens, les fameux brextremists, relaie sur Internet les discours de la leader de l’AfD, parti d’extrême droite allemand relativement récent. Ce faisant, il affirme non sans une naïveté déconcertante que, non, il ne soutient pas toutes les idées de ce parti, qui pour sa part n’exclut pas certains aspects propres aux idéologies suprématistes voire néonazies. Le tweet date de la veille du 1er avril, donc ce n’est pas une blague. Avec cet être étrange tout droit sorti d’une autre époque, apparemment brillante, flamboyante, digne d’une Grande, très Grande Bretagne, tout semble permis, et en particulier une insigne présomption, annihilant le minimum de décence, même en quantité infinitésimale, qui serait de nos jours plutôt de bon ton. Surnommée Re-Smog, cette hyène est évidemment aussi pour l'abolition de toutes les protections environnementales, de « tout ce qui pourrait entraver les progrès technologiques ». Dans la droite ligne des ultra-rich, ultra-lieberal, ultra-influents Big Brothers Koch aux USA, sans doute ses plus grands modèles. Il a depuis le référendum délocalisé son investment fund en Irlande, en Europe, afin de protéger et de continuer à faire fructifier ses millions, sans interférence importune. Il fait partie de ceux, il est même peut-être à leur tête, qui ne craignent pas les retombées désastreuses d’un No-Deal. To be or Not to be very rich and pragmatic.

Jacob Rees-Mogg est la grotesque caricature de l’Anglais se voulant modéré, stoïque, poli, tolérant, pragmatique et plein d’humour (noir…). La figure « réelle », traditionnelle, de l’Anglais modéré, stoïque, poli, tolérant, pragmatique et plein d’humour telle que l’on pouvait encore se l’imaginer avant tout ça, a elle été pulvérisée, balayée du devant de la scène par des gueules grotesques, fielleuses et vindicatives. Une minorité ? Dans tous les cas une minorité extrêmement visible qui diffuse son venin plein d’une rancune souverainiste, suprématiste, nationaliste, post-impérialiste et populiste avec un succès certain. À ceux qui sont contre Brexit, au moins une moitié de la population britannique donc, d’où cet immense « mess », cet insondable « chaos », ce cauchemard, ce « nightmare », à tous ces gens, ces « non-personnes, stateless, sans État dans Brexitland », (Zoe Williams dans The Guardian), à tous ceux qu’on ignore depuis trois ans, on dénie le droit de croire à et de défendre la liberté de circulation, de ne pas souscrire à l’idée de souveraineté über alles, le droit de défendre les lois et fondements démocratiques universels. On veut leur confisquer leur citoyenneté européenne. On veut leur faire croire que Global Britain ne pourra vraiment devenir Global, re-Great, qu'en commençant par quitter l'un des plus grands marchés mondiaux. Don’t worry we take back Control. Our country is great. Let’s make it greater. To be or Not to be, f*** it. Just Be Great. Just Be Global. Just Be British. .

On accuse, « on », Theresa May en tête, les anti-Brexit d’anti-patriotisme, l’un des pires crimes de lèse-majesté dans le Royaume. Pire que gruger dans une queue. C'est pas peu dire. Combattre l’idéologie au pouvoir – autoritairement déguisé en défenseur des valeurs démocratiques : le peuple a parlé et nous allons l’écouter (une fois n’est pas coutume) – est devenu un crime. Il est sidérant de constater comme il semble aisé de passer, mine de rien, au mode dictatorial. Les hard brexiteers sont des patriotes fondamentalistes bien décidés à continuer de se vautrer dans cette hubris exceptionnaliste de l’Anglosphère, mère de l’ultra-libéralisme. Etre libre, c’est être libre de faire du fric, toujours plus de fric, sans entraves. Le gouvernement parle de chiffres, lorsqu’ils disent « great », ils pensent « riches et puissants ». Dans les hautes sphères, l’économie et ses chiffres sont la mesure de toute chose. Au Social est accordée une place très secondaire. On vilipende ceux qui ne travaillent pas parce qu’ils ne contribuent pas à la prospérité du pays. Au contraire, ils la ralentissent, ils l’entravent. Et que se multiplient les contrats précaires, les jobs sous-payés, que s'intensifient les politiques d'austérité, pour enrichir qui ? Ceux qui revendiquent la liberté de faire du commerce avec qui ils l’entendent, comme ils l’entendent. Just Be Free. Une fois débarrassés des réglementations coercitives européennes. Du bon vrai Free Trade. To be or Not to be free de défendre ses propres intérêts, d’imposer ses propres règles, de créer sa « own democracy ».

 

Their dream is our nightmare, ça aurait pu être de Shakespeare.

 

Les mégalo-libéraux que sont les brextremists ont pris le large pour éviter l’écueil d’une réalité essentielle : celle qu’il n’y a pas de Free Trade d’où Britain tirerait tous les bénéfices comme au bon vieux temps de son indiscutable main mise sur le monde. Ce bon vieux temps où l’Empire tout puissant imposait sa loi. Ils affirment que l’Inde et les Usa, et de nombreux autres, les attendent impatiemment pour signer de juteux contrats – juteux, pour eux, évidemment, les hommes supérieurs, auréolés d’une supériorité suprême atavique. L’Inde, pays protectionniste s’il en est, vient de sceller des contrats avec l’UE après de longues négociations. Les Etats-Unis – America First – ne leur fera surement pas de fleur sur les tarifs douaniers. Au cours des trois dernières années, on a vu, étalé dans la presse, Global Britain (Liam Fox, alors ministre du Commerce Extérieur) serrer la main du dictateur sanguinaire Duterte, Global Britain (Theresa May, Première Ministre) serrer la main de Trump dès le lendemain de son élection avant d'aller faire du trafic d’armes en Arabie Saoudite, Global Britain (Boris Johnson, alors Chef de la Diplomatie) commençant à citer Kipling, auteur anglais autrefois fervent admirateur de l'Imperial Supremacy, dans un temple bouddhiste de Myanmar, avant d’être interrompu in extremis par un conseiller qui lui, apparemment, connaissait ses classiques, etc. Rien qui ait un rapport même lointain avec la force, la puissance et la gloire d’un grand Empire. On en rirait presque, si ce n’était autrement tragique.

Tous les « experts » honnis, des menteurs, des remoaners, même les mentors de la chambre de l’industrie (CBI) s’accordent à dire qu’ils vont dans le mur. Mais non. Ce sont des fanatiques. Ils ont entendu les voix. The Voice of the People. Un peuple aujourd’hui qui s’en mord les doigts et qui ne sait plus du tout où il va. Malade de son côté des slogans populo-nationalistes qui lui ont été assénés jusqu’à la nausée : Take back Control. Make Britain Great Again. To be or Not to be British. To be or Not to be fundamentally, essentially, genetically Great.

Alors évidemment, les Psychiatric Units, les Mental Health Services, sont débordés. Les patients montrant des troubles de stress et d’anxiété directement liés au Brexit se multiplient, comme une nuée de nuages sombres annonciateurs d’un violent orage: peur de perdre son emploi, surcharge de travail due au manque de staff  - pour tous les organismes ou institutions, comme la sécu, le NHS, National Health Services, qui depuis longtemps puisait largement dans la main d’œuvre européenne -, incertitude quant à l’avenir, on se demande si on devrait quitter le pays, on fait des projets concrets pour quitter le pays, on quitte le pays, on ne se sent plus le bienvenu, on est victime des discours haineux, xénophobes, islamophobes, antisémites, qui se sont multipliés depuis le Référendum, soudain légitimés par l'idéologie au pouvoir. A la confusion, l’incertitude des débuts ont fait place l’anxiété, la peur, la colère. Le Big stress quoi. Un stress pour beaucoup – trop c’est trop – de plus en plus insupportable.

Le Defra, le Department for Environment, Foods and Rural Affairs, sous l’égide du fumeux hard brexiteer Michael Gove, a embauché plus de 1300 fonctionnaires pour pallier la surcharge de travail occasionnée par Brexit et l’éventualité d’un No-Deal et a recours depuis novembre dernier aux services de Care First, une entreprise spécialisée dans le soutien psychologique des employés, chargée de veiller à leur « Wellbeing » pendant cette période de stress intense. Michael Gove est ici fidèle à son message d’espoir à l’assurance sans faille que l’on peut toujours lire sur le site de la campagne VoteLeave, message cosigné à l’époque, avant le 23 juin 2016, par Boris Johnson: « When we do make changes we will make them carefully ». « Britain is a great country. We will be even greater if we take back control of our own democracy». «The public will again be able to control migration policy at elections. Extremists will be neutralised and politics will be healthier.» «Let’s make history». Britain First. To be or Not to be an extremist.

Ils sont devenus fous. Des Fous Fanatiques. Les FF. Les forces de la Résistance. Un mouvement de libération. Il faut combattre l’UE jusqu’au bout, ce monstre sans tête ou à plusieurs têtes, qui nous a spoliés de notre freedom, de notre own democracy. Elle nous exploite, nous prend notre argent, très important, 350 millions de livres chaque semaine, et nous impose ses lois. Voilà l’Union Européenne vu par la lorgnette d’un hardeur.

 

SôS ou Hannah et la Vita Activa .

 

Cette folie est-elle seulement britannique ? Surement pas. Elle est au pouvoir en Italie et en Hongrie, au Brésil and last but not least, aux États-Unis. Elle est extrêmement influente en Autriche, aux Pays-Bas, en Pologne, dans certains pays nordiques. Elle a fait plus de 30% à l’élection présidentielle française en 2017. Elle a créé l’AfD, un parti d’extrême droite qui fait 12% en Allemagne. Un chiffre encore inimaginable là-bas lorsque Le Pen arriva pour la première fois au second tour en 2002 en France, une déflagration politique, alors qu’il n’avait atteint que la moitié du score que sa fille atteindra 15 ans plus tard, sans trop de vagues finalement.

Il est cependant ici important de noter que les 27 n’ont jamais été aussi unis, en total accord et complète harmonie, que sur le Brexit Case. Au grand dam des plus ardents brextremists qui, à l’instar des Etats-Unis et de la Russie peut-être, ne seraient pas contre le démantèlement pur et simple de l’UE. Ce qui est certain en tout cas, c'est que ces deux pays ont joué un rôle dans la campagne pro-Brexit. Leurs chefs d'État n'ont d'ailleurs jamais caché leur satisfaction concernant le résultat du Référendum. Ce qui fait que Brexit a indéniablement renforcé les liens politiques de l’Union et réaffirmé ses fondements idéologiques, historiques. Brexit lui a permis de se recentrer sur les valeurs communes unissant les États membres, les valeurs démocratiques, sociales et libérales.

D’où vient ce besoin souverainiste de créer toutes ses propres lois sans exception, même celles qui feraient sens si elles l’étaient au niveau international (migrations, environnement, sécurité), surtout lorsque l’on partage les mêmes valeurs fondamentales? Pourquoi vouloir sa « propre démocratie », ses propres valeurs, l’avènement d’obscures British Values ? Si ce n’est pour défendre ses propres intérêts. Si ce n’est pour défendre les intérêts d’une poignée d’ultra-riches qui ont accumulé les richesses ces dernières années – on le sait, dans le monde entier, les riches sont de plus en plus riches, le Royaume Uni présente les plus grandes inégalités en Europe, les riches y sont extrêmement riches, les pauvres de plus en plus nombreux et pauvres  – le propre du très riche, c'est de vouloir le rester, c'est de vouloir être encore plus riche, pour conserver un certain standard. C'est sans doute le propre de la richesses et du pouvoir: on y prend goût. Mais d’où vient donc cette haine de l’UE ? The Evil,  cet enfer bureaucratique ? L’Europe toujours plus régulatrice, qui envisage même une union économique et financière, est, on l’aura compris, leur bête noire. L’ennemi social-libéral à abattre pour les ultras. Depuis les années 80 en Europe, 50% des plus pauvres ont vu leurs revenus augmenter de 37 %. Ils n’ont augmenté que de 3% aux USA. Il faudrait vérifier si aux USA les riches sont proportionnellement devenus plus riches qu’en Europe. Si c’est le cas, on suit mieux la logique des hard brexiteers. Qui ont pleinement réussi la gageure de faire croire à The People qu’ils faisaient tout ça pour eux. Uniquement pour eux. To be or Not to be altruist.

Comment en est-on arrivé là ? SôS. Shakespeare ô Shakespeare. To be or Not to be. Être démocrate ou pas. Sachant qu’on peut très bien se proclamer démocrate sans l’être. Abyssal. Sachant qu’on peut se réclamer du peuple en défendant clairement ses intérêts particuliers, en poursuivant des ambitions personnelles de pouvoir politique et économique. Les pro-Brexit le répètent plusieurs fois sur le site de la campagne VoteLeave, ils ne s’en cachent pas: « our laws, our money », « notre loi et notre argent ». Ils sont clairs. Ils énoncent aussi les platitudes aux allures démocratiques usuelles – ils parlent à The People quand même ! – plus de services, plus d’attente chez le médecin, de bonnes écoles pour leurs enfants, des home sweet home à prix abordable. Eux qui par ailleurs conspuent le Welfare State. Leur loi. Leur argent. Pas celle ni celui des gens, logiquement, mais la logique... Ils ne craignent pas le No-Deal. Ces êtres supérieurs méprisent ce qu’ils appellent, jamais avares de bons slogans, le Project Fear. Ils veulent en finir et vite. Chaque semaine représente autant de millions que pourrait enfin amasser Global Britain, c’est-à-dire ses officiers entrepreneurs financiers aux dents longues, Aron Banks, l’un des plus gros sponsors de la campagne Leave, à leur tête. En cas de No-Deal, ni lui, ni Rees-Mogg, ni aucun des « plus riches » ne seraient touchés par le « bouleversement en grand ». Ils sont du côté de l’argent. De la Money. Big Money. Si Big que cela leur a permis de bousculer passablement, de saborder les lois et institutions en place. Pouvoir suprême. Hubris plus que shakespearienne : machiavélique.

Alors oui, Machiavel, Kafka, Orwell, Shakespeare et les autres restent les Grands Visionnaires. Ils ont vu. Et Bien sûr Hannah Arendt. Qui a vu la « banalité du mal » et qui a su continuer, elle a continué d’avoir foi en la pensée et en la Vita Activa - programme avancé de fitness tout entier axé sur le cerveau. ça vaudrait peut-être la peine de googler. Le seul mérite de Brexit est peut-être de nous avoir réveillés. Celui de nous avoir fait prendre conscience de ce qui se trame autour de nous. Il nous a fait entrer en politique, car nous avons dû nous plonger dans une réflexion sur nos sociétés. Obligé. Nous nous sommes demandé pourquoi. Nous avons voulu comprendre.

Ils veulent semer le chaos, nous nous efforçons d’y remettre de l’ordre, chacun à son tout petit niveau. Nous utilisons nos neurones, nous nous détachons des slogans placardés sur les écrans, nous observons, calculons, évaluons nous aussi. Ils fomentent les divisions – pour mieux régner – en faisant blâmer les Working Class pour le résultat du vote, en blâmant eux-mêmes les élites libérales et en les blâmant de blâmer les Working Class, en blâmant les étrangers. Ils alimentent les dissensions chez tous ceux qu’ils comptent spolier, pour éviter qu’ils s’unissent. cqfd.

Nous avons refusé qu'"on" nous dise qui soutenir, qui aider, qui aimer. Nous avons essayé de comprendre les « gens » que nous ne connaissions pas vraiment. Nous les avons rencontrés. C’est le plus beau de tout ça. Tout ça... what is it? L'Histoire nous le dira. Nous continuons. A notre tout petit niveau. Pour le reste, c’est clair, la tâche est rude. Mais continuons, nous aussi déterminés. Keep Calm and Carry on, à tous les non-citoyens et les stateless en Brexiland, à tous les citoyens du monde, de partout et de nulle part, qui vont bien finir par sortir d’un silence encore abattu pour crier à l’Europe et au monde, comme signe de ralliement à toutes les libertés et devoirs fondamentaux : SôS. Pour reprendre le cap, nous remettre sur les rails d’une pensée exigeante et scrupuleuse, afin de mener une véritable Vita Activa, la seule qui vaille, encore et toujours, cette décence sublime et rien que de plus normale, puisque c’est celle à laquelle quasiment tout être aspire. Shakespeare ô Shakespeare, et surtout toi, Hannah, si seulement vous pouviez relever un peu tout ça. All that X-shit.

 

Extrait de Fortune Park - Sandra von Lucius

 

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