Les très secrètes économies d’Agnès Buzyn

Agnès Buzyn, la ministre de la santé d'Emmanuel Macron, aurait été chargée d'une discrète mission par le gouvernement. Celle de réaliser jusqu'à 7 milliards d'économies durant le quinquennat. Une paille.

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Qui portera la charge des 7 milliards d'euros d’économie que Bercy appelle de ses souhaits ? Bruno Le Maire veut faire des économies sur les dépenses sociales à partir de 2021 d’après les révélations du Canard Enchaîné – il aurait même affirmé qu’il y avait « trop d'aides sociales » en France. Les aides sociales en matière de lutte contre la pauvreté avoisinent en effet les 50 milliards d’euros. Ce weekend, la ministre de la Santé est montée au créneau dans une interview accordée au Journal du dimanche, afin de réaffirmer les promesses du gouvernement de ne pas prendre de mesures qui défavoriseraient les plus démunis. 

« Chacun travaille avec son prisme »

Serait-ce le début d’une polyphonie au gouvernement ? La promis la Ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, a réaffirmé devant l'Assemblée qu'il n'y aurait « pas de remise en cause » des aides sociales aux plus déminus malgré les velléités de réforme de Bercy.  Elle n'a pas démordu de sa ligne : « Il n'y aura pas de coupes sur les plus pauvres », mais rien n'interdit au gouvernement d'évaluer les dispositifs existants. Dans les colonnes du JDD, elle explique vouloir être « la ministre qui tiendra la promesse d’Emmanuel Macron : donner plus à ceux qui ont moins. Et donner mieux. »

Agnès Buzyn a également nié les révélations du Canard, expliquant que Bercy ne lui a « jamais » demandé de réaliser 7 milliards d’euros d’économies. En revanche, la Ministre s’aligne néanmoins sur la « priorité » de « réduction des déficits publics » français et « le besoin de favoriser une société du travail » défendus par Bercy. « La question est de savoir si nos aides sociales permettent réellement aux personnes de sortir de la précarité et de la pauvreté, qui présente des visages multiples », explique la Ministre. « L’enjeu, c’est de faire en sorte que notre modèle social réponde aux réalités de la pauvreté contemporaine ».

La question de l’efficacité

Dans sa tribune, Mme Buzin explique se préoccuper de « la dépense publique et de son efficacité » : « On a le droit de réinterroger un dispositif s’il ne produit pas les résultats attendus », avance-t-elle. « Notre modèle social est grippé. Un certain nombre de dispositifs visent à faire du palliatif ou du curatif au détriment du préventif. »

« On a privilégié l’approche monétaire pour éviter de sombrer dans la grande pauvreté : c’est indispensable, mais insuffisant pour remettre en route cet ascenseur social qui ne fonctionne plus » explique-t-elle. « Les aides sociales sont un véritable maquis, ce qui entraîne beaucoup de non-recours – des personnes ne demandent pas les aides auxquelles elles ont droit – des erreurs, voire de la fraude, et ne permet pas de lutter contre cette spécificité française qu’est le déterminisme social. »

 

Un déséquilibre à droite

Que retenir de cette intervention ? Alors que la Ministre écarte l’option d’une réduction drastique d’une main, elle semble de l’autre préparer le terrain pour un recul. Aussi est-on en droit de se demander si son désaccord avec Bercy est un véritable acte de résistance ou écran de fumée. Cette inquiétude était au centre d’une note confidentielle adressée le 4 juin à l’Elysée par Philippe Aghion, Philippe Martin et Jean Pisani-Ferry, trois des économistes qui ont inspiré le programme du candidat Macron.

« Le thème de la lutte contre les inégalités d’accès, qui était constitutif de l’identité politique du candidat, est occulté » estiment les trois experts. Ils dénoncent des initiatives qui ne sont « pas à la hauteur des ambitions initiales » et regrettent que « la lutte contre les inégalités d’accès » ne soit pas plus apparente dans la politique du gouvernement.

« Il faut aussi protéger » concluent les trois hommes – et on ne saurait leur donner plus raison, à mesure que la politique du gouvernement semble s’orienter vers un néo-giscardisme loin des révolutions et de la fin de l’« ancien monde » promises par LREM lors de la campagne.

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