Santé: le malaise hospitalier français

Entre baisse de moyens, et affaire Naomi, la gestion hospitalière et les urgences font l’objet de critiques toujours plus virulentes. Le système de soins actuel est souvent fustigé pour son manque d’organisation, son inefficacité et son coût élevé. Des pistes se précisent, même s’il existe encore des désaccords sur la route à suivre.

IDF : des hôpitaux en surchauffe

L'Agence Régionale de Santé (ARS) d'Île-de-France tire la sonnette d’alarme : 150 postes de médecins urgentistes sont vacants cet été en Île-de-France. Si le personnel médical français tend à tourner en sous effectifs, cette pénurie est renforcée par les départs en vacances. La création d’un « pool régional de volontaires urgentistes », l’an dernier, a permis de combler certaines plages de vacations. Un bel effort de solidarité, mais plus d'un millier de plages qui manquent encore de médecins sur les deux mois d'été.
Cette situation est due à deux facteurs : le manque de médecins formés mais aussi un problème d'attractivité en Île-de-France. « La région est la deuxième sinistrée en matière de médecin traitants (…) Cela signifie que plus d'un Francilien sur trois n'a pas accès à un médecin traitant comme il le devrait sur une année. Cela équivaut à quatre millions et demi d'habitants » souligne Didier Jaffre, le directeur de l'offre de soin à l'ARS. Et ce sont les malades qui paient la facture, avec une dégradation sensible des services de santé.
Plusieurs voix se sont levées afin d’appeler à une nouvelle politique. Ainsi, Christophe Prudhomme, médecin urgentiste à l'hôpital Avicenne de Bobigny (Seine-Saint-Denis), porte-parole de l'association des médecins urgentistes de France et membre de la CGT Santé ; appelle l’état à « arrêter immédiatement le numerus clausus en fin de première année de médecine ». « On a créé cette pénurie et maintenant il faut y mettre fin le plus rapidement possible. « On a plein de jeunes qui veulent être médecins, on manque de médecins, et on n'ouvre pas les universités. On marche sur la tête ! » explique-t-il.

L’affaire Naomi, un révélateur

Ces insuffisances dans le système médical français ont été cruellement soulignés par l’affaire Naomi. Pour rappel, Naomi Musenga, jeune maman strasbourgeoise, est décédée en décembre dernier après avoir contacté le SAMU. Renvoyée sans ménagement vers SOS Médecins, elle n’a pas été prise en charge assez rapidement. Elle ne sera prise admise à l'hôpital que plusieurs heures plus tard, et décèdera en raison « d’une intoxication au paracétamol absorbé par automédication sur plusieurs jours ». Beaucoup accusent aujourd'hui le Samu local de négligence – et la froideur glaçante de son échange avec l’assistante de régulation du service y est pour beaucoup.
« Nous allons proposer à Agnès Buzyn de renforcer la formation des assistants de régulation », afin d’« harmoniser la procédure de régulation médicale qui est la cheville ouvrière du Samu » promet Dominique Pateron, chef du service des urgences à l'hôpital Saint-Antoine de Paris. « Chaque année, les assistants de régulation doivent gérer 30 millions d'appels et le nombre à augmenter de 23% en cinq ans ». A ses côtés, les syndicats appellent à la création d’une plateforme unique pour traiter les appels de santé, afin de mieux orienter les appels vers les différents services. Une proposition que l’Etat a assuré avoir « entendue ».

Vers un « scénario de rupture ? »
Mais le gouvernement semble bouger trop lentement. Les réformes du système de santé voulues par la ministre de la santé, Agnès Buzyn, et prévues cet été, ont finalement été repoussées à la rentrée. Mais le risque d’un crash en plein vol est possible.
Ainsi, le Haut conseil de l'Assurance maladie (HCAAM), saisi par le gouvernement sur la question, a donné le ton dans un avis de 60 pages rendu au début du mois de juin. Il y préconise un « scénario de rupture » afin de mieux répondre aux besoins des patients – notamment pour les questions médicales relatives aux grossesses et aux maladies chroniques – tout en soulignant l’importance à la médecine ambulatoire.
Aussi, le HCAAM appelle également à l’« établissement de santé communautaire », sorte d'hôpital de proximité « recentrés sur des activités de médecine polyvalente, en particulier en gériatrie ». Les CHU traiteraient eux, de manière inter-régionale, des cas les plus graves nécessitant des « équipements lourds très spécialisés ». Les pôles hospitaliers spécialisés et pointus doivent être placés au cœur d’un système de distribution des patients reforgé « qui n'est plus conçu comme un ‘amont’ ou un ‘aval’ de séquences hospitalières », développe le Haut conseil.
Cette rupture avec le modèle historique centré sur les CHU ne convainc toutefois pas tout le monde. Pour Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France (FHF), le rapport de l'HCAAM « pose la bonne question mais apporte une mauvaise réponse ». « L'HCAAM reprend l'idée qu'il est nécessaire de retrouver un service de proximité ; c'est une bonne chose, en revanche, il ne s'agit pas de créer un nouveau statut à chaque fois qu'il y a un problème ». Pour ce dernier, l’Etat doit avant tout « donner plus de souplesse aux statuts des professionnels de santé pour leur permettre de mieux coopérer. » Il appartient désormais au gouvernement de trancher.

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