La traque

Tant d’hommes veulent nous représenter. S’occuper de nous. Décider pour nous. Penser pour nous. Nous subordonner. Et ils sourient. Et ils pleurent, quand il y a des mortes, parce qu’il faut pleurer, cela fait désordre de ne pas verser sa larme. Alors ils pleurent. C’est vrai que c’est triste, une morte, c’est un drame. Un drame conjugal. Et ils pleurent. On le sait, nous : leurs larmes de carton pierre sont déjà une victoire. Dérisoire, ridicule victoire, une victoire somme toutes, sur la mort.

Aucun d’eux, peu d’entre eux, ne sait ce qu’est d’être traqué comme un chien. Les esclaves cimarrons. Les Juifs. Et encore. Il y avait des cimarrones. Il y avait des Juives.

Nous on la connaît, la traque. Comme des chiens. La traque. Le regard implacable. Le geste qui domine. La volonté qui vous veut poupée de porcelaine. Et que devient une poupée de porcelaine? Un objet que l’on vénère. Un objet que l’on brise. Un objet qui se tait. Un objet.

 

 

 

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Gustav Moreau, Le Victorieux Sphinx, 1886.

 

 

El acoso

 

Tantos hombres quieren representarnos. Ocuparse de nosotras. Decidir por nosotras. Pensar por nosotras. Subordinarnos. Y sonríen. Y lloran, cuando hay muertas, porque hay que llorar, queda mal no echar una lágrima. Así que lloran. Es cierto que una muerta es algo triste, es un drama. Un drama conyugal. Y lloran.

Nosotras lo sabemos : sus lágrimas de cartón-piedra son ya una victoria. Nimia, ridícula victoria, una victoria en suma, sobre la muerte.

Ninguno de ellos, pocos de ellos, saben lo que es ser acosado como un perro. Los esclavos cimarrones. Los judíos. Y aún así. Había cimarronas. Había judías.

Nosotras sabemos lo que es ser acosado como un perro. El acoso. La mirada implacable. El gesto que domina. La voluntad que nos convierte en muñecas de porcelana. ¿Y qué es una muñeca de porcelana? Un objeto que se venera. Un objeto que se rompe. Un objeto que se calla. Un objeto.

 

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