Le voile, une question patriarcale

Plusieurs faits dans l’actualité ont ramené la question du voile sur le devant de la scène ces jours-ci. C’est l’occasion de tenter de lever la chape de plomb qui pèse sur lui…

L’actualité a récemment remis sur le tapis la question du voile islamique. Une syndicaliste voilée provoque le départ de certains députés à l’Assemblée. Une maire voilée marie un couple homosexuel à Madrid. Plus qu’être pour ou contre le voile je fais partie de celles qui n’en peuvent plus d’entendre parler du voile tellement cette affaire me semble, quelque part, banale.

Il me semble en effet que notre époque pose mal le débat du voile. Tout d’abord on peut dire que celui-ci engage la question, insoluble, de la liberté. Il est si difficile de dire avec toute certitude quand est-ce que quelqu’un est véritablement libre de faire quelque chose, qu’il ne me semble pas utile de poser les débats de société qui l’engagent -la prostitution, le voile…- en ces termes. Puis, le débat se trouve pris également dans les rapports plus que complexes qui se mettent en place entre anciens pays colonisés et les anciens pays coloniaux.

Les femmes qui en Occident veulent porter le voile font face parfois à des attitudes de rejet, ou voire racistes. Les femmes qui en Orient veulent l’enlever sont, dans la plupart des cas, par les temps qui courent, tuées ou mises en prison. Coïncidence ou pas, l’avocate iranienne Nasrine Sotoudeh, vient à peine de sortir de la grève de la faim qu’elle avait engagée depuis plus de 45 jours pour dénoncer les conditions d’incarcération des prisonniers en Iran. Elle a été condamnée en 2019 à 12 ans de prison et 148 coups de fouet pour avoir défendu une femme arrêtée pour avoir manifesté contre l’obligation faite aux Iraniennes de porter le voile. Si elle constitue un des cas qui ont trouvé le plus de résonance sur la scène internationale, peut-être parce que Sotoudeh a été co-lauréate du prix Sakharov en 2012, et elle est loin d’être la seule.

Nous crions au scandale dès qu’une femme voilée rencontre des attitudes hostiles, mais nous laissons mourir les femmes qui, dans les pays orientaux, ne souhaitent pas le porter. Pourquoi ? Le bon sens voudrait, il me semble, que l’on aide plus celles qui risquent le plus : celles qui ne veulent pas le porter. Si nous ne le faisons pas, c’est que la plupart d’entre nous ne voient même pas ces femmes-là. Tout un secteur de la gauche ne voit que les femmes qui souhaitent porter le voile. Pour les défendre avec autant d’acharnement, c’est sans doute que la faute coloniale joue un rôle primordial, comme si elle était résorbable, surtout à coup de foulard…

L’Islam n’est pas inhérent à l’Orient. Il me semble bien plus colonial de nous arroger l’exclusivité de la pensée laïque et de la pensée de l’athéisme que de faire le contraire et se borner au simple constat, par ailleurs largement énoncé dans les pays musulmans, que le monde islamique traverse une période de dérive autoritaire et obscurantiste. Cela n’est pas propre à l’Islam, d’ailleurs : le risque de dérive autoritaire est propre au fait religieux lui-même et toutes les religions ont traversé des phases liberticides. En tant qu’élément lié au religieux le voile porte en lui, comme tout le reste, un risque potentiel de dérive. Signalons d’ailleurs qu’il n’y a pas de consensus concernant le voile entre les autorités religieuses islamiques, preuve encore, s’il en fallait, que c’est notre faute coloniale qui pousse des secteurs entiers à focaliser sur cette question, à prendre cet élément pour une métonymie de l’Orient et à crier au scandale dès que quelqu’un pointe ses possibles dérives. Paradoxalement, il n’y a pas d’attitude plus coloniale, plus paternaliste, que de s’obstiner à ne pas vouloir voir la somme de forces progressistes qui en Orient se battent désespérément pour pousser leurs pays à aller vers la lumière.

Il faut dégager la question du voile de la complexité de la question coloniale pour la remettre où elle doit être : c’est une question patriarcale. Le voile sémantise le corps des femmes comme le font d’autres outils du patriarcat. Nos cheveux sont-ils sexuels ? Nos cheveux existent-ils pour l’homme ? Ma réponse sera toujours : non, nos cheveux, nos seins, nos sexes et nos ongles existent pour nous. Nous existons pour nous. Et rien, dans notre corps, tout comme dans celui de l’homme, n’est par essence sexuel. La sexualité est la cage où le patriarcat nous a depuis toujours enfermées.

Ramené à sa dimension de mécanisme de coercition patriarcale, le voile n’a pas un très grand intérêt. Arrêtons de lui en donner, car rien ne peut et ne pourra réparer la faute coloniale.

 

En France nous soutenons le Parti pour la Décroissance et le NPA:

zdecrois
znp

 

 

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 Gustav Moreau, Le victorieux Sphinx, 1886 (détail).

 

 

El velo, una cuestión patriarcal

 

Varios acontecimientos han devuelto a la actualidad la cuestión del velo estos días. Una ocasión para tratar de alzar la capa de hormigón que pesa sobre ella.

 

La actualidad ha devuelto al primer plano la cuestión del velo islámico. Una sindicalista con velo ha provocado la partida de algun@s diputad@s de la Asamblea. Una alcaldesa con velo casa a una pareja homosexual en Madrid. Más que estar a favor o en contra del velo formo parte de las que ya no pueden más de oír hablar del velo, pues el asunto me parece, en cierto modo, banal.

Parece en efecto que nuestra época plantea mal el debate del velo. Lo primero que puede decirse es que este toca la cuestión de la libertad individual, que es insoluble. Es tan difícil decir con toda certeza cuando alguien es verdaderamente libre de hacer algo que no me parece útil plantear los debates de sociedad que la implican -la prostitución, el velo…- en esos términos. Por otra parte, la cuestión del velo también se sitúa dentro del marco de las relaciones más que complejas que se dan entre los antiguos países colonizados y los antiguos países coloniales.

Las mujeres que en Occidente quieren llevar velo confrontan a veces actitudes de rechazo, o incluso racistas. Las mujeres que en Oriente quieren quitárselo son asesinadas o van a la cárcel la mayoría de las veces con los tiempos que corren. Coincidencia o no, la abogada iraní Nasrine Sotoudeh, acaba a penas de salir de la huelga de hambre que había iniciado hace más de 45 días para denunciar las condiciones de encarcelamiento en Irán. Ha sido condenada en 2019 a 12 años de cárcel y 148 latigazos por haber defendido a una mujer detenida por manifestar contra la obligación de llevar velo que pesa sobre las iraníes. Si bien ella constituye uno de los casos que más resonancia han encontrado en la escena internacional, quizá porque Sotoudeh ha sido co-premiada con el premio Sakharov en 2012, está lejos de ser el único.

Nos escandalizamos en cuanto una mujer con velo encuentra actitudes hostiles, pero dejamos morir a las mujeres que en los países orientales no quieren llevarlo. ¿Por qué? El sentido común está, me parece, en ayudar más a las que más riesgos corren: las que no quieren llevarlo. Si no lo hacemos es porque la mayoría de nosotr@s ni siquiera ve a esas mujeres. Lo que todo un sector de la izquierda ve en las mujeres que quieren llevar el velo, para defenderlas solo a ellas con tanto énfasis, es de hecho el peso de su propia falta colonial, como si fuese posible resarcirse de ella, sobre todo a golpe de pañuelo…

El Islam no es inherente a Oriente. Me parece mucho más colonial atribuirnos la exclusividad del pensamiento laico o del pensamiento ateo que hacer lo contrario y limitarnos a constatar, como de hecho lo hacen sectores poblacionales significativos en los países musulmanes, que el mundo islámico atraviesa un periodo de deriva autoritaria y obscurantista. Ello no es propio al Islam, de hecho: el riesgo de deriva autoritaria es propio al hecho religioso en sí y todas las religiones han atravesado fases liberticidas. En tanto que elemento vinculado a lo religioso el velo lleva en sí, como lo llevan otras cosas, un riesgo de deriva. Señalemos por otra parte que no hay consenso respecto al velo entre las autoridades religiosas islámicas, prueba suplementaria, si era necesario, que es nuestra falta colonial lo que empuja a sectores enteros a focalizarse sobre esa cuestión, a tomar ese elemento por una metonimia de Oriente y a escandalizarse en cuanto alguien señala las posibles derivas. Paradójicamente, no hay actitud más colonial, más paternalista, que obstinarse en no querer ver la suma de fuerzas progresistas que en Oriente luchan desesperadamente por llevar a sus países hacia la luz.

Es necesario extraer la cuestión del velo de la complejidad de la cuestión colonial para devolverla a donde tiene que estar: es una cuestión patriarcal. El velo semantiza el cuerpo de las mujeres como lo hacen otras herramientas del patriarcado. ¿Nuestro pelo es sexual? ¿Nuestro pelo existe para el hombre? Mi respuesta siempre será: no, nuestro pelo, nuestro pecho, nuestro sexo y nuestras uñas existen para nosotras. Existimos para nosotras. Y nada, en nuestro cuerpo como en el del hombre, es por esencia sexual. La sexualidad es la jaula en la que el patriarcado nos ha encerrado desde siempre.

Devuelto a su dimensión de mecanismo de coacción patriarcal, el velo no tiene mucho interés. Dejemos de dárselo, nada va a reparar la falta colonial.

 

En Espana apoyamos a Iniciativa Feminista y a PACMA:

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