La gifle, une analyse du signe : Un “c’est assez” aussi gros qu’une baleine.

Un discours non évident, sur un évènement traité comme une évidence. Analyse de la vidéo, lieu commun, personnalités des acteurs et hypothèses sur le sens du signe.

Mardi 8 juin 2021 Emmanuel Macron a été giflé. Qu'est-ce que cela signifie ?   

Avant de plonger dans mes hypothèses concernant la sémiotique de cet acte de violence, je souhaite commenter trois points particuliers.  

Le premier concernera l’analyse même de l’image vidéo postée par BFM tv à la suite de cet évènement. Ces images proviennent d’un témoin BFM et sont disponibles ici : Emmanuel Macron giflé: un témoin BFMTV a filmé la scène 

On y voit le Président s’avancer en courant, entouré de sa garde rapprochée, vers la population attroupée derrière des barrières métalliques.  

Aux abords de la barrière, le Président fait un premier signe amical de la main aux badauds à sa gauche, avant de choisir de se rapprocher des citoyens présents au centre de l’image, pour nous spectateurs.  

Dans cette vidéo, la première personne que Monsieur le Président touche est celui qui lui donnera la fameuse gifle. Avant même de toucher le bras de son agresseur, le regard de Monsieur le Président se porte sur celui-ci.  

Monsieur le Président met alors la main sur l’avant-bras du futur gifleur, le gifleur lui attrape l’avant-bras, et Monsieur le Président fait de même, il agrippe l’avant-bras de son futur agresseur, ce qui pourrait être analysé comme un signe de connivence entre les deux hommes ou comme un signal de préparation à la gifle de la part du gifleur que l’on pourrait traduire en : “Je t’attrape pour pouvoir te donner une gifle”  

Entre-temps le regard de Monsieur le Président s’est détourné de celui à qui il touche l’avant-bras, ce qui pourrait être analysé comme le témoignage de son sentiment de sécurité et de confiance à l’égard de celui qui le touche et, ou de la situation. Son regard balaie ensuite la foule, et tout à coup, surpris, Monsieur le Président reçoit cette fameuse gifle. 

Je vous laisse constater les faits en regardant ladite vidéo image par image.  

Une fois la gifle donnée, ou reçue selon le point de vue que l’on prend, les gardes du corps du Président neutralisent le gifleur et mettent en sûreté Monsieur le Président.  

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Le deuxième point que je souhaite commenter est la phrase “Le risque zéro n’existe pas”.  

Le Ministre de l’Intérieur à la suite de cet incident pour témoigner sans doute du courage de Monsieur le Président a dit à la presse : “Le risque zéro n’existe pas”.  

Que peut donc signifier cette phrase après cet incident ?  

“Le risque zéro n’existe pas” semble être une phrase de la rhétorique macronienne.  

Monsieur Darmanin l’a utilisée le 01/11/2020 au sujet de la sécurité renforcée aux abords des lieux de culte. https://www.bfmtv.com/politique/il-n-y-a-pas-de-risque-zero-gerald-darmanin-evoque-la-securite-des-lieux-de-culte_VN-202011010105.html  

Monsieur le Président l’a utilisée le 20/08/2020 au sujet de la Covid-19.  https://www.bfmtv.com/replay-emissions/le-live-bfm/macron-le-risque-zero-n-existe-pas-20-08_VN-202008200095.html  

Hors mandat macronien, Notons que Bernard Cazeneuve alors Ministre de l’Intérieur l’a utilisée également au sujet de la menace terroriste frappant Strasbourg le 26/11/2016.  https://www.lexpress.fr/actualite/societe/a-strasbourg-bernard-cazeneuve-rappelle-que-le-risque-zero-n-existe-pas_1854366.html  

Par ailleurs, il semble que cette expression “Le risque zéro n’existe pas” ait été remise au goût du jour après la catastrophe nucléaire de Fukushima en 2011, pour évoquer la sûreté nucléaire.  

 Cette phrase bien que son sens soit vrai, réel, peut être utilisée dans certains cas pour se dédouaner des responsabilités liées à un risque.    

“Le risque zéro n’existe pas” est donc une phrase vide, une phrase vide qui dans le cas présent paraît insister sur la dangerosité de la vie en général, et celle du contexte actuel pour Monsieur le Président.  

Emmanuel Macron candidat à l’élection 2017 disait : « Les mecs de la sécurité, ce n’est pas eux qu’il faut écouter. Je ne serai jamais en sécurité, parce que le pays est comme ça aujourd’hui. Donc il faut prendre le risque, il faut aller dans le cœur de la bête à chaque fois. […] Parce que si vous écoutez les mecs de la sécurité, vous finissez comme Hollande : peut-être que vous êtes en sécurité, mais vous êtes mort. » 

“Le risque zéro n’existe pas” est donc un lieu commun, un type d’argument qui s’adapte à de vastes domaines : menace terroriste, covid, sécurité...   

La télévision utilise deux moyens de censure liée à leur logique d’audimat. Le premier, la censure invisible à travers le fait divers, est décrit par Pierre Bourdieu dans son ouvrage Sur la Télévision (1996). A travers l’utilisation massive de faits divers, faits omnibus, il consiste par exemple à faire diversion “des informations pertinentes que devrait posséder le citoyen pour exercer ses droits démocratiques”. Le second est la technique du “cacher en montrant”, ici ce qui est montré est la montée de la violence réelle envers les institutions représentées par Monsieur le Président.  

Pour revenir à notre lieu commun : “Le risque zéro n’existe pas”, il a été prononcé par le Ministre de l’Intérieur dont la mission, à travers son Ministère, est de protéger contre le risque l’ensemble des citoyens. Quant à savoir pourquoi il l’utilise, je n’ai pas la réponse, Monsieur le Ministre de l’Intérieur peut avoir souhaiter minimiser l’incident, et, ou maximiser le courage du Président.  

On peut se demander également s’il se désavoue quant à son incompétence, dans la prévention des risques liées à la sécurité intérieure ? S’il souhaite justifier une demande de plus de moyens pour protéger contre le risque l’ensemble des citoyens ? Ou si simplement il est persuadé de ce qu’il énonce.  

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Passons désormais à la personnalité des acteurs de cet “incident”. 

Qui a été giflé, et qui est le gifleur ?  

La plupart des commentateurs de l’évènement voient dans cet acte un affront à la République et à la fonction présidentielle.  

Le procureur dénonce dans Libération : “Au-delà de la gifle, c’est le coup symbolique porté à la République qu’il dénonce : « Il n’y a pas d’ITT mais c’est un acte violent, parfaitement inadmissible par rapport à l’institution qu’est la présidence de la République.”https://www.liberation.fr/societe/police-justice/macron-gifle-lauteur-presume-en-comparution-immediate-ce-jeudi-20210610_S66CNITF25B25CTLRSSZKKW2HA/  

Pour l’analyse je tenterai de rester neutre bien que certains signes soient déroutants.  

Cet incident survient lors d’une visite du Président à Tain-l'Hermitage dans la Drôme. Cette visite présidentielle ressemble à une visite de campagne électorale à un an des présidentielles pour lesquelles Monsieur le Président s’affirme confiant puisqu’il s’imagine avoir besoin d’un quinquennat de plus pour mener à bien sa feuille de route.  

Olivier Véran, Ministre de la Santé témoignait aux Echos au sujet de la mise en place de la réforme des retraites : « qu'il nous reste quelques mois et cinq ans supplémentaires. Donc les réformes ne vont pas s'arrêter en janvier 2022 » (07/06/2021) https://www.lesechos.fr/economie-france/social/relancer-la-reforme-des-retraites-le-dossier-a-haut-risque-de-macron-1321238  

Bien que le discours de la Justice et des médias dominants soit univoque, on est en droit de se questionner si la gifle a été donnée à la fonction présidentielle, à la République, à Emmanuel Macron Président ou à Emmanuel Macron candidat ? Quant à savoir qui s’est présenté dans la Drôme ce jour-là, c’est une autre question.   

Car c’est bien une question fondamentale pour comprendre ce qu’il s’est passé : qui a été giflé ? L’évidence d’une gifle à la fonction présidentielle ou à la République est pour moi trompeuse.  

La construction de l’information se réalise par le biais d’informateurs : agences de presse, AFP, et autres sources officielles (ministères, police...) transmettant leurs informations aux journalistes qui eux sont censés la traiter.  

Pourquoi est-il si simple d’associer cette gifle à un affront à la République ? Parce que le gifleur serait un Royaliste ? Pire on apprend par les commentateurs d’actualités de BFM que Damien T. serait proche des Gilets Jaunes “dans la tendance bien à droite. Hostile à l’immigration, mais rattaché à aucun parti ni mouvement.”  https://rmc.bfmtv.com/emission/qui-est-damien-t-le-gifleur-de-macron-2044102.html  

Je comprends que la Justice veuille faire un exemple en punissant lourdement Damien T. mais c’est bien trop souvent deux poids, deux mesures, et cela est vraiment déplorable.  

Ici, la proximité de Damien T. avec les Gilets Jaunes pourrait servir d’argument futur à la répression d’un éventuel mouvement de contestation populaire, cette fois appuyée par un évènement critique : la gifle, dont tout le monde se souviendra.  

Les médias voient déjà Emmanuel Macron en campagne pour 2022, effectivement c’est à la campagne qu’il se rend, dans cette France périphérique des oubliés de la République telle que la rêve Monsieur le Président.  

Sachant que “La campagne électorale officielle s’ouvre le deuxième lundi précédant le premier tour de scrutin et s’interrompt la veille du scrutin.” et que la durée officielle de la campagne électorale présidentielle est de 30 jours, que ferait un candidat X ou Y en campagne à un an de cette élection majeure ?  

Passons ce détail, mais rappelons-nous que le Ministère de l’Intérieur, par le truchement de son secrétariat général a pour responsabilité de : “supervise[r] l’organisation des opérations électorales, contrôle[r] le financement et la transparence de la vie politique.” https://www.gouvernement.fr/le-ministere-de-l-interieur  

Alors, peut-on dire de manière péremptoire que la fonction présidentielle a été attaquée ? Je ne crois pas. Ce qui est d’autant plus déroutant est que peu de gens se posent la question.  

Ce qui est simple avec les idées reçues, c’est que personne ne les conteste.  

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Terminons avec mes hypothèses quant à la signification de cette gifle malheureuse.  

  • Au-delà du simple mécontentement dont fait l’aveu le prévenu en garde à vue comme moteur de cet acte regrettable, cette gifle pourrait signifier une volonté de renversement du paternalisme politique. La norme établit qu’un père puisse donner une gifle pour éduquer ses enfants, ses enfants quant à eux ne sont pas autorisés à gifler en retour leur père.   

Cette hypothèse est probable, mais dès que l’on connait la personnalité du gifleur, à savoir un Royaliste, fan d’arts martiaux, il devient douteux de penser que Damien T. giflerait pour dire : “je ne veux plus de paternalisme politique”.  

En revanche si on se focalise sur l’aspect “Gilets Jaunes” de Damien T., mon hypothèse devient plus probable.  

D’après Charles Horace pour le journal L’Action française, une école de pensée, dans un numéro spécial dédié à Charles Maurras : “Terreur et Révolution sont liées : la Révolution a pour but de rompre avec la réalité qui la précède”.  

Passons sur le fait que l’essai d’Emmanuel Macron publié en 2016 s’intitulait Révolution. Quant à Terreur, passons sur le fait qu’elle provienne miraculeusement d’autres camps.        

Leurs pairs ? Pas vraiment. Le phénomène d’infantilisation de la population française par les élites et le processus de désengagement des questions complexes de toute une frange de la société convergent vers un anéantissement de la pensée, et “la télévision n’est pas favorable à l’expression de la pensée” (cf. Sur la Télévision, P. BOURDIEU) 

Pas si dangereux finalement, ces imbéciles. Cette gifle : “C’est de la bêtise” a dit Monsieur le Président. A titre personnel, si on me giflait de la sorte, je dirais : “C’est inadmissible”, pas “c’est de la bêtise”, car une gifle contient en général plus de méchanceté que de bêtise.  

Il est intéressant de souligner le contraste avec cette autre réaction de Monsieur le Président après cet évènement : "Ne laissons pas des individus ultraviolents prendre possession du débat public". D’une simple gifle, bête, à de l’ultra-violence... 

The conversation citant Bourdieu et le pouvoir performatif de l’insulte :  

« [Elle] appartient à la classe des actes d’institution ou de destitution plus ou moins fondés socialement, par lesquels un individu, agissant en son propre nom ou au nom d’un groupe plus ou moins important numériquement et socialement, signifie à quelqu’un qu’il a telle ou telle propriété, lui signifiant du même coup d’avoir à se comporter en conformité avec l’essence sociale qui lui est ainsi assignée. »” https://theconversation.com/linsulte-arme-incontournable-du-politique-149290  

Au regard de la citation bourdieusienne, on peut aisément comprendre que l’affirmation “C’est de la bêtise” est un moyen de minimiser la portée symbolique de l’acte : la gifle, de la disqualifier et en même temps disqualifier son auteur.  

Son auteur, Damien T. est, par le traitement médiatique de ce fait divers, disqualifié comme l’ensemble des citoyens périphériques. 

Quant à l’évocation de l’ultra-violence, la collision entre ces deux termes : bêtise et ultra-violence, met au jour une dissonance dans l’appréciation des faits.  

Examinons maintenant très brièvement la phrase “Montjoie Saint Denis, à bas la Macronie”.  

Je ne peux m’empêcher de faire le lien entre cette gifle et le tristement célèbre “Casse-toi, pauvre con” émis par Sarkozy en 2008. Emis, car c’est un signal. La situation s’est simplement retournée.   

En 2008, Monsieur Sarkozy urgeait le départ d’une personne refusant sa poignée de main en un “Casse-toi, pauvre con”.  

En 2021, Monsieur Macron est lui-même poussé vers la sortie avec cette phrase “Montjoie Saint Denis, à bas la Macronie”, toujours en provenance d’une personne avouant refuser la poignée de main présidentielle. Une jolie mise en parallèle.  

  • On pourrait faire l’hypothèse que cette gifle traduise : une augmentation de la violence concrète envers les représentants et les représentations étatiques, couplée à un glissement de légitimité, d’un monopole de la violence légitime à un quasi-monopole.  

Pourtant cette violence concrète, physique, n'est l’instrument d’expression que d’une infime et infirme minorité.   

C’est le traitement médiatique de cette violence concrète donnant à voir faits divers sur faits divers qui construit la conservation de la présidence actuelle. Les faits divers sont sans enjeu, ils font consensus et écarte le débat (cf. Sur la Télévision, P. BOURDIEU) 

Voici les mots de Jean-Louis Benoît, philosophe, historien des idées, spécialiste de Tocqueville, dans Constructif.fr, blog dédié aux décideurs :   

"En France, l’élection présidentielle de 2002 constitue le modèle épistémologique de la manipulation qui réalise une sorte de premier coup d’État médiatique, les télévisions inondant pendant des mois les écrans d’images violentes, créant un sentiment d’extrême insécurité qui a suffi à déplacer 300 000 voix et fausser le scrutin."  http://www.constructif.fr/bibliotheque/2007-2/histoire-d-une-montee-en-puissance.html?item_id=2750&fbclid=IwAR2ARHlUjW9Uoq7c15zTggxTOt9HSiu5BV5FPKCXerBryFTZ4n10nlOi3SE  

L’apparente montée de la violence nourrit le vote de l’extrême droite et le discrédit de l’extrême gauche sont ensemble favorables à la réélection d’Emmanuel Macron. C’est un fait. 

La rationalité s’efface au profit du sensationnalisme, dans un mouvement né de la dictature du chiffre dont nous sommes tous responsables en tant qu’humains vivant dans une société structurellement médiatique.  Je tiens à préciser que j’ai écrit cette phrase avant de relire Bourdieu dont l’ouvrage sur la télévision date de 1996. Aujourd’hui c’est pire. La société n’a jamais voulu aller aussi vite, et les problèmes complexes sont traités en surface comme des patates chaudes que l’on souhaiterait filer au prochain gouvernement.   

Pourquoi une société structurellement médiatique ? Car les moyens mis à la disposition des individus pour exprimer leurs volontés particulières au sein d’une volonté générale sont aujourd’hui :   

  • La représentation politique   
  • La presse   
  • Le vote   
  • La manifestation   
  • Et internet    

Il est intéressant de mettre face à face ces deux faits :  

  • la crise de la représentation politique à laquelle nous faisons face, 25 % d’abstention au 2ème tour de l’élection présidentielle en 2017, “les seconds tours des deux dernières élections régionales (2010 et 2015) comme des départementales (2011 et 2015) avaient oscillé entre 50 % et près de 56 % d’abstention.” 

https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/06/13/doit-on-craindre-une-abstention-massive-aux-elections-regionales-et-departementales_6083944_823448.html  

  • Les mouvements et manifestations rassemblant par exemple “des dizaines de milliers de personnes ont défilé « contre les idées rances » et l'extrême droite” ce 12 juin 2021 

https://www.mediapart.fr/journal/france/120621/paris-des-dizaines-de-milliers-de-personnes-ont-defile-contre-les-idees-rances-et-lextreme-droite  

Quant à entendre Brice Teinturier, directeur général délégué de l’institut de sondages Ipsos, au sujet de la possible abstention massive aux prochaines élections : “Les citoyens sont préoccupés par l’impact de la crise sanitaire et ses conséquences économiques. Ils aspirent au retour à une vie à peu près normale et aux vacances d’été”, je me demande ce qu’il observe pour déduire cela.  

La concentration du pouvoir et la concaténation des sphères politiques, médiatiques et industrielles à laquelle s’ajoute la dissolution progressive des libertés individuelles, notamment celle de la liberté de pensée, nous permet de déceler ici des potentiels réservoirs pulsionnels de violence.    

Le risque pour la démocratie est là.   

La surveillance généralisée de la population via internet participe également à l’effet bâillon touchant l’expression de désaccords politiques importants dans la société.  

Si l’opinion publique constitue le principe même de légitimation de l’action politique en démocratie, pourquoi discréditons-nous autant la parole populaire ?   

Je souligne ici un distinguo apparent fait entre opinion publique et parole populaire au niveau de leurs signifiés dans le tandem médiatico-politique créant une interférence, du bruit dans le langage.   

Selon moi l’influence des algorithmes et le pouvoir des GAFA dans l’existence d’une expression publique participent au glissement de la violence de sa virtualité à sa réalisation concrète. Le virtuel étant étymologiquement synonyme d'en puissance, le réel étant quant à lui l’actualisation de la puissance en acte. 

Pourquoi sommes-nous responsables ? Car nous ne nous indignons pas ou presque pas.  

Du coup d’Etat médiatique au coup d’Etat numérique. Dans son dernier hors-série d’Avril-Mai 2021, Courrier international titre “Le Coup d’Etat Numérique. Un article traduit du Guardian fait de WhatsApp : “un vecteur privilégié de contenus complotistes et de la contestation politique”. Or la contestation politique fait partie de l’essence même de la démocratie. Comment naissent les idées ? En se confrontant les unes aux autres.   

Si l’expression est bafouée, il y a un risque de violence.   

Alors oui, cette parole n’est pas normalisée, institutionnelle, légitime comme tous les cris sourds des majorités silencieuses, des abstentionnistes. Destituer la parole populaire de l’un, revient à les destituer toutes. La parole est le moyen de l’expression d’une volonté. Sans écouter les “je veux” des demandes ne rencontrant pas d’offres, on crée un amas d’indifférence, de violences, de mortalité.   

L’Etat Français est en perte de puissance car il ne reconnait pas tous les siens. Car bien que le politique s’adresse lorsqu’il est candidat à une partie de l’opinion publique, lorsqu’il devient Président, lorsqu’il est élu, le politique se doit de s’adresser à l’ensemble de l’opinion sans en oublier les derniers quartiles.   

Les possibilités d’expression collectives de classes et de groupes de statut sont inégales par la nature même d’un système où l’accès à la monnaie, les moyens d’agir, sont inégalement répartis et même avidement conservés par les uns. Puisque l’image est un élément de puissance constitutif du soft power, la maîtrise des moyens de communication l’est tout autant.  Or aujourd’hui cette maîtrise est atomisée, l’oligopole à franges des industries culturelles de l’information et de la communication nous sert une soupe écœurante.   

On s’indigne d’une gifle à la présidence et on fait peu de cas au sujet d’un Papacito feignant de tuer un gauchiste ?  Où est la violence ? On fait de deux poids, deux mesures.   

Si l’on considère ces deux actes, ces deux épiphénomènes de violence, lequel renferme le plus grand réservoir pulsionnel ? Je ne sais pas.   

  • C'est ainsi que je pourrais faire cette dernière hypothèse, celle qui ferait de cette gifle la traduction d’une volonté de la part du gifleur de visibilité et d’écoute.   

Cette gifle serait alors une parole. Tel un rapport minoritaire, cette gifle, acte violent ponctuel viendrait rappeler au pouvoir politique qu’il n’est pas intouchable. Pas intouchable car soumis aux lois, soumis aux lois car non absolu.    

Rousseau disait : “aucun peuple ne serait jamais que ce que la nature de son Gouvernement le ferait être”. Alors si l’abominable sentence “on a les politiques que l’on mérite” est vraie, que penser de la réciproque ?   

Lorsque le commun s’étrangle avec l’identité et que l’on confond citoyenneté, le commun, avec un référent culturel figé, un idéal fantasmé : celui de l’identité française, la multitude redevient animale. 

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