Sur un Air de Campagne (222)

Point-route. (A mi-chemin?) Mais pour qui sont ces serpents qui sifflent sur nos têtes ?

Du Vent sur la Toile

Santangelo

Il y a trois ans, lorsque j'ai commencé à écrire des petites chansons, j'espérais réussir à en placer une ou deux pour me faire un peu d'argent. Je suis d'une époque où un tube nourrissait son homme toute une vie. J'ai essayé de les proposer à des artistes, mais j'ai vite renoncé quand j'ai réalisé que tous les chanteurs que j'aimais écrivaient eux-mêmes leurs propres chansons et que la chanson n'attirait plus grand-monde de nos jours.

Toutefois, j'ai constaté que j'allais mieux depuis que j'écrivais de nouveau, après une pause de plusieurs années, que je n'avais plus besoin de me rendre à l'hôpital et que je supportais la vie dans mon appartement. J'ai donc continué.

Il y a deux ans, j'ai entrepris d'agrémenter mes chansons d'un petit billet et de poster le tout sur la plate-forme de Mediapart. Quel con ! Je connaissais un peu Mediapart parce que c'était le dernier média ayant survécu, presque indemne, à la période faste, quinze ans auparavant, et qui continuait à publier des blogs individuels. Je ne savais pas que beaucoup de mes opinions étaient vivement combattues par mon hébergeur. Par ignorance et manque de courage pour entamer un déménagement, j'ai continué.

Depuis trois ans, j'ai « la tête dans le guidon » et me revient cette blague de mon enfance : « Baisse la tête, t'auras l'air d'un coureur ! Et vas-y, fonce, pédale sans t'occuper de la marque du vélo ! » Je continue donc.

Je ne sais même pas si j'ai des lecteurs, à part ma mère et ma benjamine. Hier, par hasard, j'ai découvert que j'avais recueilli quelques commentaires sur des posts anciens. L'un d'entre-eux me souhaitait une bonne année à la suite de mon post de la St Sylvestre. Bonne année aussi ! Je ne me souviens même plus si j'ai ouvert ou fermé les commentaires... Mais, je continue.

Pourquoi n'ai-je pas réussi à discuter avec quelqu'un après l'écriture de plus de 200 chansons originales, alors que dans les années 2000 j'ai rencontré des tas de gens – et parmi eux de belles personnes – après avoir conversé sur le Net ? Qui a tué Internet ? Pourquoi continuer ?

L'autre question que me taraude, quand je sors un peu la tête de l'eau sans jeter le bébé du bain, c'est la suivante : Comment est-ce possible de susciter tant de haine et de jalousie mal-placée avec simplement de petites chansons et de petits billets ? Et, dans le même temps, si peu d'intérêt réel pour ce qui est écrit ? Qui à ma place continuerait ?

Intérieurement, je vais mieux. Mais ma situation au village est plus que problématique. Et je ne comprends toujours pas d'où sortent ces gens qui viennent distribuer injures et menaces en bas de chez moi. Ces derniers temps, je me demandais s'ils n'étaient pas juste vexés de ne pouvoir trouver de solutions à « mon cas » ? Peut-on écrire lorsque l'on est seul au monde ? J'avais toujours eu tendance à penser que c'était la seule activité adaptée dans cette situation, mais à présent j'en doute. La littérature ne nourrit pas son homme. Je le savais déjà lorsque j'écrivais mon premier poème, à dix ans. Fidèle à l'enfant têtu, je continue.

Et maintenant ? Puisque je vivrai jusqu'à cent ans, comme en ont eu la bonne idée plusieurs de mes ancêtres avant moi. Que vais-je faire pour occuper mes journées si je suis les injonctions pressantes qui me poussent à arrêter de lire et d'écrire ? Puisque mon lourd passé m'a condamné à ne plus pouvoir travailler... Comment trouver autre chose que de continuer ?

Je ne peux répondre à tout ça que par une chanson. Celle d'un autre. « On avance, on avance, on avance / On n'a pas assez d'essence pour faire la route dans l'aut' sens / alors on avance / »

Si j'ai vécu presque 50 ans à toute vitesse, c'est que j'avais dans l'idée de profiter de cette expérience pour écrire durant les 50 années suivantes. C'est ainsi que font les écrivains sortis du rang depuis toujours. Peut-on continuer  à le faire ?

Ces derniers mois, j'ai mis en ligne trois petits « romans-expresso. » M'arrivera-t-il comme à cet écrivain, adoré dans ma jeunesse, et que j'ai eu la bonne idée de relire avant d'en parler plus longuement : la main invisible de l'édition qui se tendrait vers moi pour me publier et me donner quelques subsides pour continuer ?

Dans quel état sera ma gorge si je continue à la racler comme ça ? Dans quel état mon estomac si je continue à digérer comme ça ?

Qui d'autre m'en voudra encore de continuer ?

Santangelo

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.