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Billet de blog 6 août 2021

Sur un Air de Campagne (248)

Quelques petites pensées, en vrac, nées en marge de la lecture d' « Aurélien » d'Aragon...

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Taboulé (Bourrée bretonne)Santangelo

Que Louis Aragon ait pris Drieu La Rochelle comme modèle pour écrire son « Aurélien » en 1944, voilà qui n'est plus compréhensible par nos contemporains. Ils ne peuvent pas même le penser.

Les gens croient que les auteurs écrivent des romans et de la poésie pour séduire. Alors que la littérature ne leur sert qu'à dissiper l'ennui une fois l'amour enfui.

L'amour c'est une question de politesse.

Pour la lecture, comme pour l'amour, il faut être disponible, pleinement, entièrement. Pour l'écriture, c'est plus compliqué ; il convient de rester vigilant à ce qui nous pénètre.

La plupart des gens connaissent l'amour une fois dans leur vie. Certains ne le rencontreront jamais. Lui s'était pris tellement de fois au jeu de l'amour qu'il n'inspirait aux femmes que de la curiosité amusée – même pas de désir qui, invariablement, nécessite une part de crainte.

Dans son âge mûr, abandonné de tous, il retrouvait parfois l'envie de boxer devant son miroir, comme un jeune loup, dès qu'il recevait, par oui-dire, la moindre nouvelle banale d'une femme de son passé - carburant habituel d'un peu de rêve brisé.

Il avait, accroché au mur de son appartement, un masque anonyme de femme qui ferme les yeux. Il la croyait amoureuse et secrète. Mais c'était lui l'aveugle, qui s'était jeté au cou de la première femme qu'il avait trouvée ressemblante au portrait. Comment aurait-il pu savoir que les femmes ferment les yeux par bonté, et non pas amour ?

Il y en a pour qui l'amour est la réalisation de rêves de jeunesse. Pour lui, c'était la littérature qui était, à la fois, le prétexte, l'essence et la fin de l'amour.

Même le plus averti des séducteurs peut tomber amoureux d'une femme ordinaire. Qu'elle soit ordinaire n'est pas un obstacle à l'amour : c'est même sa condition primordiale.

Ce que l'on ne peut pas nommer n'existe pas. Mais, face à cet inconnu, c'est nous qui n'existons bientôt plus, écrasé sous le poids de cette excroissance monstrueuse de la réalité.

Vivre, c'est dire OUI. Le grand OUI nietzschéen. Mais si l'on dit OUI à tout, on se retrouve très vite à la rue, puis au cimetière.

Il était entré en littérature comme un agnostique entre en religion, sur un coup de tête, une folie. Mais, très vite, il avait dû se défaire de l'idée même d'un Dieu. Et cette vocation, plutôt que de le sauver, avait nourri un peu plus son désespoir. En religion on peut servir. En littérature on ne peut qu'admirer.

Santangelo

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