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Billet de blog 8 juin 2021

Sur un Air de Campagne (232)

UNE PROMENADE BIENHEUREUSE - Nouveau petit roman expresso par temps de déconfinement partiel - 4/5 (environ 20 pages)

Saul Santangelo
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IIIème PARTIE – UN ABRI

L'été approchait à coups de petites chaleurs. Ce jour-là, un ciel immaculé et plombant recouvrait la campagne d'un ennui d'autant plus lourd que chacun restait chez soi depuis des mois. Sur le site du Sacré-Coeur, dans les prairies à sec, l'herbe avait poussé et personne ne ferait le foin cette année. Près du petit pont de bois, nous nous reposions en silence dans les clapotis limpides de la rivière, le pantalon retroussé, les pieds dans l'eau, assis sur la berge, comme nous l'avions fait souvent. Une lumière sortie d'un tableau du Douanier Rousseau enveloppait la scène. Même si l'orage n'éclatait pas en perçant la pureté du ciel, il allait bien falloir que quelque chose se passe.

Ce fut Rita, une nouvelle fois, qui nous sortit de cette léthargie qu'on appelle bonheur ou ataraxie.

  • Et si nous allions prendre un bain dans l'étang ?

Je restai interdit, sans pouvoir résister à son enthousiasme soudain retrouvé.

  • Oh, oui ! Un bain ! Fit-elle, complètement ragaillardie.

  • Sans maillot ?!

  • Ne me dis pas que tu ne t'es jamais baigné nu dans la nature....

Sa phrase sonna comme une sentence définitive et elle ne supportait pas la contradiction. Lorsque Rita était dans cet état d'excitation, j'avais déjà constaté qu'il était inutile de chercher à lui faire changer d'avis. Je tentai tout de même, par principe, de lui opposer la température moyenne de l'eau sous nos latitudes, alors que l'été n'en était encore qu'à ses prémices, mais un simple rictus suffit à me faire taire.

Nous avions choisi de nous installer sous la majesté d'un hêtre, au bord de l'allée orientée est / ouest, celle qui menait à la petite route. En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, Rita était déjà à l'eau, protégée de ses seuls sous-vêtements noirs. Je demeurai coi, essayant de me persuader qu'il y aurait du plaisir à retirer de l'aventure une fois passée la sensation désagréable de l'entrée dans l'eau froide. Je me fis violence pour enlever mon pantalon et me mouillai à petits pas timides, m'aspergeant prudemment chaque partie du corps avec les mains, afin d'éviter l'hydrocution, comme je l'avais appris dans la Marine.

  • Sais-tu qu'autrefois, lorsqu'un marin passait l'Equateur pour la première fois, on le mettait à l'eau et on le traînait derrière le bateau attaché à un bout ?

  • C'est quoi un bout ?

  • C'est une corde mais le mot corde est prohibé sur les bateaux.

Je la rejoignis. Elle attendait, de l'eau jusqu'à la taille, que je la guide pour nager un peu. Après quelques petits ronds dans cette eau pure provenant des différentes sources du site, elle en eut assez et, généreuse comme toujours, elle regagna la rive afin que je puisse m'aventurer un peu plus loin. Elle se satisfaisait de ce bain qui n'en avait que le nom. Je filais droit vers le soleil qui irisait à la surface en goûtant chaque mouvement, comme si je nageais pour la première fois. Je ne m'étais pas baigné depuis le début de la pandémie. Cette année, comme la précédente, les plages seraient à nouveau abandonnées aux poissons. Je ne pensais à rien, les yeux éblouis par la lumière, le corps entrant et sortant de l'eau au rythme de ma brasse, avec le même bonheur que j'avais eu à me tremper les pieds. Je vécus à nouveau, grâce à Rita, de nouvelles minutes de plénitude, avant d'être rattrapé par le réel. La fraîcheur de l'eau provoquait une migraine aiguë et un début de crampe dans la jambe gauche. Je décidai de rejoindre mon amie, qui se séchait au soleil.

Lors du retour, j'aperçus Salaün sur l'autre berge, armé d'une canne à pêche, ânonnant la même chanson que la première fois où nous l'avions croisé : « Terre / Brûlée / Au vent / Des landes de pierre etc. »

  • Tu n'as pas peur d'effrayer les poissons en chantant ?

  • Je ne chante pas.

  • Mais que fais-tu alors ?

  • Je pêche.

Puis je l'abandonnai à son sort et me dirigeai à nouveau vers Rita, qui lézardait avec gourmandise. Lorsque j'accostai, je dus accepter que Salaün, par la terre ferme, avait été plus rapide que moi pour arriver à destination.

  • Je sais où elle est ! Je sais où elle est !

Ce fut Rita qui lui répondit :

  • De quoi parles-tu Salaün ?

  • Je sais où elle est ! Je sais où elle est ! Répéta-t-il en s'énervant et nous invitant à la suivre avec des gestes amples, ce que nous fîmes prestement et de bon cœur.

Arrivés devant le portail de la propriété, il nous désigna un pot de fleurs en grès, renversé sur le sol, derrière un petit muret qui donnait sur les ruines du moulin.

  • Je sais où elle est ! Je sais où elle est !

Je soulevai le petit pot et découvrit avec surprise une grande clef à l'ancienne. Salaün nous avait trouvé un abri. Le temps de me retourner, il était déjà loin, portant sa canne à pêche sur l'épaule, et chantonnant son refrain entêtant. «  Des nuages noirs / Qui viennent du Nord / Colorent la terre etc. »

J'introduisis la clef dans le trou de la serrure en tremblant légèrement, m'y reprenant à deux fois, et pénétrai dans la grande bâtisse inoccupée, un peu inquiet, un peu troublé, comme forcé de retourner à l'humilité. Une forte odeur de renfermé renseignait sur l'absence d'occupant et la lumière du jour arrivait filtrée par les persiennes. Sur la table de la cuisine, quelques restes de nourriture moisie et des bouteilles de vin. J'en attrapai une au vol avant de poursuivre la visite jusqu'au salon. Une fois inspecté le rez-de-chaussée, je revins vers Rita, qui attendait à l'entrée que la voie soit libre, et qui en avait profité pour se rhabiller. Je la conduisis jusqu'au salon en lui décrivant sommairement les lieux et versai un peu de nectar jaunâtre dans deux hanaps qui traînaient sur la table basse. Après avoir goûté au vin, j'entrepris d'allumer un feu de cheminée avec le petit bois qui se trouvait dans le panier en osier. Nous trinquâmes au bonheur.

Une fois accompli le tour du propriétaire, je regagnai le salon, où m'attendait Rita, assise sur la méridienne, face à la cheminée monumentale, qui laissait s'échapper un filet de fumée âcre. La grande pièce était éclairée par les rais du soleil couchant à travers les persiennes. Même si j'avais déjà une idée de ce à quoi pouvait ressembler le propriétaire, j'entrepris d'inspecter la bibliothèque pour parfaire le portrait. On y trouvait, pêle-mêle, des livres en anglais et en français, classés dans le plus total désordre, mais je savais que ce désordre cachait une grande rigueur de pensée et un goût très sûr. A côté de « l'Odyssée » et de « l'Art d'aimer » je fus surpris de trouver « la Trilogie en Rose » de Henry Miller, dans l'édition originale. Shakespeare occupait tout le coin droit. Je m'attardai un peu sur une belle édition illustrée d' « Alice au Pays des Merveilles » et poursuivis la mise à nu. Encore plus surprenant, sur les rayonnages du haut, à deux mètres du sol, un livre sur la Bretagne des Saints, hagiographie d'un pays à travers l'histoire de son évangélisation légendaire, que Rita avait déjà évoquée au jardin. Puis, « Histoire de l'Oeil » de Georges Bataille, également en édition originale. Mais, ce qui provoqua la suite de ce merveilleux début de soirée, ce fut la découverte du catalogue de l'exposition sur Tarente, que j'avais feuilleté si souvent dans le vestibule. Je l'ouvris au hasard et tombai sur la représentation de la louve romaine en pierre de basalte.

J'informai Rita des goûts de notre hôte inconnu et elle ne marqua aucune surprise. En revanche, elle s'étonna de ma connaissance de la littérature anglo-saxonne, domaine que nous n'avions jamais abordé lors des balades.

  • Je vis avec les livres depuis l'enfance. Je crois que je peux dire, sans trop de forfanterie, que j'ai beaucoup lu.

  • Moi aussi, j'aime les livres. J'aime les toucher, les sentir, les manipuler.

  • Que dis-tu de cette bibliothèque ?

Elle se leva et fit les quelques pas qui la séparaient de moi. Elle vint coller son nez contre les rayonnages, puis s'empara d'une « Histoire du Cinéma », qu'elle fit mine de consulter.

  • C'est quoi ?

  • C'est une histoire du cinéma illustrée.

  • Quelle histoire !

Pris par un violent et soudain désir qui me parcourut tout le corps, le long de la colonne vertébrale puis parcourant le nerf sciatique, je m'approchai de Rita et me lovai contre son dos. Elle n'eut pas le moindre mouvement de recul ; au contraire, je sentis son corps épouser mes formes, attendant la suite avec un mélange de peur, de confiance totale et de curiosité. Inspiré, je m'agenouillai sur le sol derrière elle et commençai par caresser ses jambes, nues sous la robe cache-coeur. Je remontai vers les lieux d'un plus grand plaisir et embrassai son cul potelé comme un graal. Rita gémit discrètement. Toujours à genoux, j'attrapai la culotte de dentelle noire et la baissai. Toujours debout, le visage collé et le haut du corps appuyé à la bibliothèque, elle leva les pieds l'un après l'autre afin que je lui retire son armure en tissu. Je plongeai alors le nez dans son sexe d'une douceur et d'une moiteur exquises. Elle n'était pas rasée, contrairement à toutes ces femmes qui, s'inspirant du porno et croyant que c'est ce que désirent les hommes, prennent l'allure d'une petite fille. Elle se cambra et mes doigts glissèrent jusqu'au bouton d'or.

  • Allons jusqu'à la méridienne, fit-elle dans un souffle, et d'un geste brusque renversant une pile de livres.

Je m'allongeai, nu et le corps gonflé de désir, et elle me chevaucha prestement, à l'envers, la tête tournée vers mes pieds, les yeux perdus dans qui savait quel Eden. En quelques minutes, nous trouvâmes tous les deux notre plaisir.

Rita s'allongea contre moi et m'embrassa longuement en alternant les bécots nerveux et les baisers fougueux. Et, bientôt, nous fûmes déjà rhabillés, comblés et amoureux. Pendant qu'elle arrangeait son chignon, je rangeai les livres qui étaient tombés et le silence, à peine troublé par le crépitement du feu s'éteignant, acheva de nous satisfaire.

  • Tu entends comme c'est un beau silence ?

  • C'est l'eau ?

  • La pluie ?

  • Non, le bain...

  • Non, c'est l'oubli...

La nuit fut longue et le sommeil profond, enquillé d'une traite et vierge de rêves. Lorsque j'ouvris les yeux, le soleil perçait déjà à travers les claires-voies de la grande chambre située en façade, au sud. Je remarquai un crucifix rococo, sur le mur recouvert de toile tendue de couleur violette ou mauve. Je n'avais pas encore prêter attention au style très anglais du couvre-lit et de la moquette épaisse. Puis, je compris dans quel demi-songe était né ce réveil enchanté, tout en douceur ; quelqu'un jouait le « Duo des Chats » de Rossini sur le piano droit de la grande salle-à-manger. Lorsque le voix de Rita commença à fredonner, j'eus envie de lui donner les repons, comme dans une chant grégorien, mais j'avais besoin d'un bon café et de quelques cigarettes avant de pouvoir chanter.

J'empruntai le couloir sinueux et retors de l'étage puis descendis l'escalier donnant sur le salon. Rita était belle et bien au piano et continuait à faire ses gammes sur cet air classique, l'un des plus drôles de l'histoire. Je m'approchai doucement et l'embrassai en posant mes mains sur ses épaules.

  • Toi aussi tu m'avais caché tes talents...

  • Il y a du thé noir dans la théière. Il doit être encore être chaud. J'ai trouvé des biscuits dans le placard. Il y a assez de réserves pour affronter un siège. Des tas de boîtes !

Je me servis un thé, allumai une cigarette et m'assis dans la cuisine. A travers le corridor, je repris la conversation. Ce don pour la musique m'intriguait au plus haut point.

Elle m'expliqua qu'elle avait été professeur au Conservatoire Régional avant de tout laisser tomber, sur un coup de tête qui avait sonné comme un élan du coeur, quelques mois auparavant. Elle s'était aperçue qu'on l'appréciait plus pour son handicap exotique et classique à la fois, que pour ses qualités de musicienne et de pédagogue. La musique, c'était toute sa vie passée, et elle n'avait trouvé que moi, après bien des tentatives infructueuses, pour combler le vide laissé par l'abandon de cette passion, qui avait dévoré toute sa jeunesse. Je fredonnai à mon tour.

  • Ah, tu connais, aussi ?

  • J'écoute plutôt de la variété mais je ne dédaigne pas Rossini, Vivaldi ou Mozart.

  • C'est la musique qui convient à l'endroit, ne trouves-tu pas ?

Je pénétrai dans le salon en me remémorant la scène de la veille et découvris les toiles accrochées au mur. Des piques-niques, des déjeuners sur l'herbe et autres scènes champêtres, copies de tableaux du 18ème et du 19ème. Le piano se tut.

  • Mozart serait encore plus approprié, tentai-je pour relancer la musique.

Mais la réponse que j'attendais ne tomba pas comme un couperet. Elle avait du tact et avait compris qu'inconsciemment j'avais pensé au « Mariage de Figaro ».

Depuis l'enfance, enfermée dans ses brumes perpétuelles, on ne lui avait proposé qu'une échappatoire : celle de la musique. Elle s'y était accrochée avec force, se faisant violence, trouvant de l'énergie dans les tréfonds de sa volonté d'airain et de son ventre lorsqu'elle butait sur une partition compliquée, s'était privée de relations amicales et amoureuses, et en avait fait sa profession.

Mais tout était retombé à plat, quelques mois auparavant, alors que la dangerosité de ce virus n'était encore qu'une rumeur persistante et un sujet de plaisanterie. Elle avait joué sa vie à pile ou face et avait ressenti le besoin d'explorer d'autres domaines, d'autres aspects de l'art, des lignes de fuite et de partage plus lointaines. Elle poursuivit en me dressant un tableau peu flatteur de la jeunesse contemporaine, à laquelle elle avait voué son art, intéressée, ne respectant rien ni personne et paresseuse jusqu'à la stupidité. Puis, sans marquer de pause, elle entama une caricature de l'air de « la Reine de la Nuit » qui provoqua un fou-rire franc et entier, incontrôlable. Une légèreté nouvelle, plus forte encore que le silence de nos promenades, nous liait d'une façon impérative.

Je comprenais à présent ce qui s'était passé en moi au cours de tous ces moments de solitude partagée. Rita m'avait reconnecté au monde de l'enfance, celui de l'ouïe, aux aguets dans la nuit ; un monde perdu dont je retrouvais des échos chaque jour. Comme mon neveu, vingt ans auparavant, j'avais écouté les monstres dans le noir de ma chambre d'enfant et j'avais également sans doute voulu les tuer. Et c'est à ma partenaire aveugle que je devais ces souvenirs fondateurs, et ces sensations anciennes enfouis dans la part sombre de mon être. Elle avait agi en archéologue sur ma mémoire sensitive.

Elle plaisanta en demandant si je pouvais fermer les volets pour elle, que nous n'avions pas voulu ouvrir pour ne pas trahir notre présence illicite. Soudain, j'entendis un choc contre la vitre de la lucarne qui donnait sur les escaliers. Je savais qu'il s'agissait d'une hirondelle suicidaire ou d'un merle maladroit. Mais ce n'était que ce brave Salaün qui tentait de nourrir sa curiosité.

Le lendemain, tout chargé des plaisirs sensuels d'une nuit courte peuplée de djinns et de succubes, je voulus faire visiter notre refuge à ma partenaire. Nous avions fait l'amour trois fois ; la première pour moi ; la seconde pour elle ; avant de nous mettre d'accord et de nous endormir en paix, côte à côte, dans les draps trempés de sueur. Nous avions pris le thé en silence, accompagné de ces biscuits secs que les Anglais dégustent avec du cheddar et j'avais pu vérifier qu'il y avait suffisamment de boîtes pour tenir plusieurs semaines – baked beans Heinz, rollmops et corned beef principalement – rangées dans un ordre qui dénotait avec le flou artistique dans lequel baignait le reste de la maison. Pour la visite guidée, qu'elle m'avait réclamée à plusieurs reprises, nous avions décidé d'adapter le jeu de cache-cache. Rita s'accrocha à ma chemise en se tenant derrière moi et je la conduisis jusqu'à l'étage, étrange petit train enfantin, posant la même question naïve avant d'entrer dans chaque pièce : « Et là, je suis où ? » Je tentai ensuite de lui faire deviner le décor en lui soumettant des indices avec parcimonie.

A présent, nous avions tout à fait apprivoisé les fantômes de l'auguste demeure et nous nous y sentions comme dans un nid. La visite s'était conclue en feu d'artifice avec la découverte d'une petite cave pleine de grands crus et de crus bourgeois – principalement vins de Bordeaux, que les Anglais préfèrent aux Bourgogne – et nous avions débouché un Sauternes millésimé, dont il n'avait pas fallu plus que quelques petites rasades pour nous enivrer avant midi.

L'heure de la sieste arriva comme une bénédiction divine et nous décidâmes de nous séparer, moi dans la chambre violette et elle préférant le rez-de-chaussé et sa méridienne en tissu de couleur rouge-sang. J'étais désormais tout à fait habitué à la semi-obscurité dans laquelle nous baignions, afin de ne pas alerter sur notre présence, et mon empathie pour ma partenaire progressa encore. Sans téléphone ni Internet, sans la télévision qui devait continuer, dans les foyers, à vomir ses morts et ses malades, notre repère prenait des faux-airs d'île déserte et notre amour s'auréolait d'éclats édéniques.

En fin d'après-midi, Rita se remit au piano et, cette fois, nous chantâmes en choeur de petites chansons enfantines et de vieilles ritournelles. Lascive depuis que nous partagions la couche, sa voix suave aurait suffi à allumer mon désir, mais elle ne dédaignait aucune des techniques de séduction que je connaissais pas ma fréquentation des femmes des ports. Nous étions dans un tel état de félicité que nous n'avions pas encore eu l'idée de profiter du grand jardin et du soleil d'été, de l'air frais du soir ni du ciel étoilé.

Avant de nous coucher pour chercher en l'autre et en nous-mêmes de nouveaux territoires inexplorés, je lui avais fait un peu de lecture à haute voix. Elle avait choisi « l'Inconnu me Dévore » de Xavier Grall, parmi quelques titres lancés à la volée vers son bon plaisir, mélange iconoclaste de classiques et de livres contemporains, en raison du titre qui l'avait intriguée. Je lui en avais lu plusieurs pages, jusqu'à la fin, sublime :

« Donner, se donner, nous sommes tous dans la main du grand Amour et les premiers balbutiements de notre adoration sont les premiers moments de notre dignité. A Dieu je m'abandonne. Les oiseaux de Juin descendent dans le verger. »

Dans notre manège enchanté, nous étions comblés de plaisirs et nous aurions pu désirer un tel programme quotidien pour tous les jours à venir jusqu'à l'hiver, ou jusqu'à ce que les dieux nous chassent de ce paradis, puisque tous les paradis sont éphémères, avant que les corbeaux ne prennent possession du site, puisque tous les lieux ancrés dans l'histoire sont peuplés de corbeaux.

(à suivre...)

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