Sur un Air de Campagne (148)

Pendant longtemps, le désir tel que montré dans le porno, a calmé la jeunesse. Et si le jeu qu'elle jouait aujourd'hui cherchait à retrouver un érotisme galvaudé ?

Under My Windows

Santangelo

 

 

Ce n'est plus par le travail que le peuple est exploité. C'est par les vacances et les loisirs. Et chaque année, il faut dépenser plus pour se donner l'illusion de la liberté. Au point de transformer tous les échanges de désir en rapports marchands. Et le désir et la séduction sont partout. Tout le temps.

Lorsqu'on regarde les vidéos les plus vues sur les sites pornos, on est effaré de voir toute cette laideur jusqu'à l'abjection. L'érotisme n'a plus sa place nulle part. Il y a encore vingt-cinq ans, dans mes campagnes, on rêvait sur des calendriers. Il y avait eu le carré blanc. Puis arriva le porno du samedi soir sur Canal Plus. Aujourd'hui, alors que le porno est devenu une industrie qui draine des milliards sur Internet, il ne sert plus qu'à s'interroger sur le rejet du corps et à essayer de définir les nouvelles lois de l'obscénité. En regardant les vidéos les plus vues sur YouPorn, force est de constater que l'obscénité n'existe plus. Et les mêmes de vouloir piéger ceux qui regardent encore les belles femmes dans la rue. Et les femmes qui ne supportent même plus un regard flatteur.

Il n'y a plus de putes. Il n'y a plus que des fils de putes.

La pornographie reine de la laideur, de la vulgarité et de l'abjection. Les petites filles continuent-elles à rêver de bal de princesse . ? En bas de chez moi, la semaine dernière, j'ai entendu un enfant de huit ans se gausser parce que je ne bandais pas en pensant à la personnalité dont ses parents m'avaient lancé le nom en pâture. L'obscénité c'est ce que l'on ne peut pas montrer et que l'on ne peut pas dire. Où se situe-t-elle aujourd'hui ?

Faut-il se résoudre, après l'affaire MeToo, à ce que le viol soit devenu le seul « objet » sexuel désirable ?

A force de marchandiser le désir, l'argent n'achète plus rien et plus personne ne désire.

A l'âge de douze ans, Quentin commença à lire Balzac et Zola. Il connut ses premiers émois en lisant « Nana. » Sa mère s'était demandée si il s'agissait là de littérature faite pour son âge.

Puis, il y eut le catalogue de La Redoute. Et puis les Cocogirls et la blonde Samantha Fox – qui, selon la rumeur, deviendra bonne sœur. Et puis toutes les joueuses de tennis se sont mises à crier comme Monica Sélès.

En feuilletant les magazines en rayon dans un tabac-presse d'une bourgade de mes campagnes, j'ai constaté avec surprise que le magazine « Union » existait toujours. Mais je n'y ai pas vu son anciennement réputé Courrier des lecteurs. Tout comme les magazines vendus avec des DVD.

Où en est-on exactement de l'évolution du désir, alors qu'à plus de cinquante ans, Elle MacPherson fait la couverture du « Figaro Madame » ?

Et si on profitait du jeu de masques dû au Covid pour se retrouver à Venise avec Casanova en plein carnaval au XVIII ème Siècle ?

 

 

Santangelo.

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