Sur un Air de Campagne (218)

Laissons parler les p'tits papiers....

Breakfast With Nina

Santangelo

Il y a quelques semaines, pour lutter contre les odeurs de graillon dans mon appartement sous les toits, je me suis souvenu du Papier d'Arménie. C'est une amie qui m'avait fait découvrir ce parfum d'intérieur se présentant sous forme de papier à consumer. Découvrir ? Pas vraiment, puisqu'alors m'étaient revenue en pleine figure l'odeur suave des salles de classes le week-end et des presbytères de ma jeunesse. Un parfum unique, reconnaissable entre tous.

C'est lors d'un voyage en Arménie, à la fin du 19ème siècle, qu'Auguste Ponsot fit la découverte du benjoin, une résine issue du styrax – un arbre du Laos. Les autochtones s'en servaient pour parfumer leurs maisons. Avec son associé, le pharmacien Henri Rivier, ils montrèrent leur produit à l'Exposition Universelle de 1889.

Le Papier d'Arménie se présente sous la forme de petits cahiers de bandelettes de papier buvard, guère plus grands que ceux des feuilles à rouler les cigarettes. On détache une petite bandelette, on la plie en accordéon, on l'allume et on éteint la flamme aussitôt, afin de la laisser se consumer et diffuser son odeur apaisante.

Depuis quelques semaines, je vis dans ces effluves mêlant la tradition, le bon goût et une certaine idée du bien-être et du calme. J'ai appris qu'il existait aussi des bougies, fabriquées elles-aussi dans les ateliers de Montrouge.

Car, contrairement aux parfums pour le corps, l'on peut masquer des odeurs d'intérieur et les dissoudre dans l'atmosphère ambiante. Le bruit et l'odeur, c'est plutôt moi, car j'essaie de rester dans la vie, malgré tous ces gens qui font les morts pour éviter de tomber malades.

Avec mes petits papiers, j'ai beau être dans la merde, je continue à embaumer l'ambiance de belles fragrances.

Et, à toutes les attaques perfides, j'ai décidé de répondre : Merci... Encore !

Santangelo

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