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Billet de blog 19 mai 2021

Sur un Air de Campagne (226)

«  Ah si vous saviez comme je me régale de ces hêtres plantés au temps de Louis XIV pour me tenir compagnie. » Joseph Delteil

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Les Si n'aiment pas les RéSantangelo

En lisant la biographie de Joseph Delteil de Denis Wetterwald (intitulée « Les Escales d'un Marin étrusque ») je me disais : voilà un écrivain qui aura su utiliser au mieux son temps tout en étant pleinement de son époque. Né dans la forêt, où il a passé les quatre premières années de sa vie, aux côtés de sa mère analphabète et de son père bûcheron et charbonnier, sa première langue fut l'occitan. A cinq ans, son père achète une petite vigne et la maison attenante, et le petit Joseph découvre la langue française dans l'école du village. Son adolescence sera celle d'un élève brillant et d'un enfant de choeur. Puis vint la première guerre mondiale. Une fois démobilisé, Delteil monte à Paris avec la foi d'un Rastignac - « A nous deux, Paris ! » - et il découvre le milieu littéraire avec gourmandise. Très vite, c'est le succès, l'énorme succès. De 1923 à 1935, seront publiés plus de quinze romans, plus ou moins autobiographiques, qui connaîtront tous ou presque le succès, malgré les brouilles avec les surréalistes et les écrivains de son temps. Un succès qui dépassera même les frontières avec son « Jeanne d'Arc. » Puis, à quarante ans, Delteil se marie avec une danseuse américaine de la Revue Nègre et se retire dans son Aude natale, où il achète une propriété viticole et une maison pour sa femme, ses vieux parents, sa sœur et ses amis, qui continuent à le visiter dans sa retraite. Quels meilleurs pieds-de-nez au destin que le succès, le refus de jouer le jeu du système, et la retraite à la campagne en pleine force de l'âge ? Oui, voilà un écrivain atypique qui a su garder la main sur son temps !

En poursuivant ma réflexion, je me suis dit que c'était sans doute là le secret d'une vie réussie : savoir maîtriser tous les temps de sa vie tout en restant dans l'air du temps. Pour cela, il faut comprendre que le temps ce n'est pas de l'argent, mais que c'est l'argent qui est du temps. Et très tôt, apprendre à voler du temps à la société pour en devenir le maître. Une enfance qui dure ; une adolescence sans heurts mais pas sans révolte ; il ne faudrait jamais être adulte. Mais quoi, alors ?

Dans mes campagnes, j'en vois beaucoup qui, à vingt-cinq ans, ont déjà la charge d'une famille et d'une maison – le plus souvent construite à grands frais dans un lotissement. Et de rouler à fond de train sur les petites routes au volant d'une grosse voiture qui a coûté un bras.

Pourquoi faut-il continuer à se conformer aux modèles présentés par les médias et vouloir ce que désire le voisin ? Pourquoi, dans une société qui se dit libre, avec la science et la philosophie, ne pas profiter mieux de sa jeunesse et remettre à plus tard la fabrique des enfants, ou le faire en dehors du couple, ou encore aimer les enfants des autres ?

D'un côté, une majorité de gens toujours pressés et toujours fatigués, qui consomment sans compter et sont contraints de calculer pour l'essentiel. De l'autre, des individus qui entretiennent une vie sociale avec de petits cadeaux à trois sous et ne donnent pas d'importance à l'argent. D'un côté, la civilisation du salariat et des loisirs et, de l'autre, celle du bon temps qui ignore les vacances et les week-ends.

Que faire de son temps ? C'est la question qu'il faut se poser à l'entrée dans la vie adulte. Les Français passent en moyenne cinq heures par jour devant les écrans – télévision et Internet. Ça en fait des nuits complètes de neuf heures et des siestes au soleil si l'on sait s'en passer ! Une majorité de personnes passent encore deux heures tous les jours à prendre leurs repas, et une bonne demie-heure aux toilettes. Ça en fait des lectures délectables si l'on parvient à s'en passer ! D'un côté le travail d'une vie ; de la l'autre la création de son existence.

Lorsque j'ai demandé à mon neveu de six ans s'il préférait manger les crêpes par le bout le plus fin ou par le plus gros, pour garder le meilleur par la fin, il m'a répondu : « par le milieu ! » C'est peut-être ça le secret : faire de sa vie un milieu. Sans jamais perdre de vue le début et la fin. D'un côté Chronos, le temps qui passe – les jours, les semaines, les mois, les années – réglé par la société. De l'autre, le Kaïros, le temps de l'événement et de l'éternité.

Joseph Delteil, après s'être hissé au sommet de la vie littéraire et avoir conquis Paris, sans se départir de son âme de paysan, a pris sa retraite à quarante ans, sans pour autant abandonner la littérature. En voilà un exemple ! D'un côté la course effrénée aux plaisirs factices, de l'autre le goût d'une vie menée en communion avec la nature et son horloge intime. Et tout cela sans s'économiser puisque la force vitale, tout comme les neurones, tire son action d'elle même et qu'elle se régénère toute seule de ses petites morts.

Mais il ne suffit pas de payer des gens à ne rien faire pour favoriser la création ! Encore faut-il que ces personnes deviennent des individus en inventant leur propre liberté...

Faire œuvre de sa vie, à l'instar de Delteil !

Être à l'heure sa vie ! Sans être aux pièces....

Santangelo

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