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Billet de blog 20 mai 2022

Sur un Air de Campagne (317)

Faut-il que jeunesse se passe, ou se fasse ? Autocritique de Greta T.

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Le Gris du SamediSantangelo

Très dévoués et honorables consommateurs-internautes, à défaut de tribunal populaire, c'est face à vous, caméra sur 'on' et micros branchés, que je souhaite faire cette autocritique nécessaire et, je l'espère, salvatrice. Je sais, très chers camarades de notre grand mouvement trans-mondial, que depuis des mois, beaucoup d'entre-vous ont placé leur 'confidence' entre mes mains, quant à l'avenir de la planète Terre (à propos, il faudrait penser sérieusement à lui changer de nom, « Terre » ça sonne paysan et glyphosate... mais passsons..) et vous m'avez fait l'honneur de faire de moi une grande leadeuse de notre parti, qui sauvera le monde de son apocalypse, prévue par les tenants du patriarcat.

En premier chef, pour rendre l'exercice aussi transparent que possible (et, croyez-moi, ce n'est pas chose facile...) je vais d'abord vous dire, cher peuple, d'où je parle. Moi, Greta T., 17 ans et demi, j'habite une petite ville de la campagne, dans l'Ouest. Si mes parents m'ont appelée Greta T., c'est que mon daron était professeur de plomberie au GRETA, le centre de formation de notre belle ville, et que le « té » c'est l'un des instruments indispensables pour faire un bon plombier. J'aurais pu me prénommer AFPA, mais l'histoire en a décidé autrement. Depuis six ans, je suis les cours au collège de la Consolation. Bien sûr, de la même façon qu'Anjelina Jolie a du mal à concilier son métier de star, avec sa vie de mère de famille, j'ai parfois des difficultés à jongler entre mes cours et mon engagement politique. C'est ainsi que je passe mon Brevet des Collèges de fin de troisième pour la quatrième fois, et j'espère bien entrer au lycée, à la rentrée prochaine, par la grande grille.

Je n'ai pas de frère ni de sœur, mais je vous considère tous, très vénérables spectateurs-internautes, comme mes petits cousins, à la mode de Bretagne. Pourquoi je parle ? Et ben, si je m'adresse à vous, aujourd'hui, avec tout le sérieux et la grande sincérité que je vous dois, c'est que, il y a quelques jours, je suis retombée dans un de mes anciens travers – tous ces défauts et ces comportements hérétiques que j'avais, avant de m'engager à vos côtés. Je l'avoue crûment, j'ai acheté un bocal de Nutella, le grand format, ainsi qu'une boîte de Chocapic. Vous le savez, ces deux produits de grande consommation sont de vrais poisons, de véritables ennemis pour la planète, à base d'huile de palme et de déforestation. On ne dira jamais assez le mal que, nous autres, enfants des contrées privilégiées, pouvons causer, chaque matin, aux enfants déshérités, que nous sommes tous, par ailleurs, appelés à devenir.

Pourquoi ouvrir mon cœur aujourd'hui ? C'est uniquement parce que j'attends de vous autant d'honnêteté transparente et de droiture que celles que j'applique à ma conduite, et que nous entrons dans une ère de grands bouleversements pour l'humanité et son milieu. Moi, je ne suis pas du milieu, vous le savez très aimés sauveurs de la planète. Mais j'ai la carte. Et, si vous continuez à me soutenir, après cet acte de contrition, qui se devait d'être public, j'espère encore pouvoir porter notre message dans les médias dominants – ces scandaleux consommateurs-émetteurs de CO2 – et promouvoir notre vision du monde (Weltanschauung) afin de lever la révolte chez ceux qui ne sont pas encore éveillés à notre pensée de pointe.

J'entends parfois, de-ci de-là, des voix qui s'élèvent pour dire que c'est à nous de prouver leur culpabilité. Mais, de la même façon que je me plie à cette examen de conscience régénérateur, je considère que c'est à eux de prouver leur innocence. Je les entends ricaner en se demandant quels enfants ils laisseront à leur monde. Je crois qu'il vaut mieux considérer que nous ne pouvons plus accepter leur main-mise sur les choses, et que ces 'choses' sont nocives pour tout le monde. Je prends l'exemple du croq-top. Alors que le directeur tout-puissant du collège a interdit son usage au sein de l'établissement, nous sommes en droit de nous demander s'il ne valait pas mieux l'autoriser, voire l'encourager, si et seulement si les vêtements en question étaient fabriqués de manière durable et responsable, comme nous le sommes.

Au 18ème siècle, le dodo (aussi appelé « dronte ») a disparu de la surface du globe. Ce grand et bel oiseau des Mascareignes ne pouvait pas voler et il n'avait pas peur de l'homme. Sa population a été exterminée en quelques années. C'est là une fable qu'il nous faut méditer avant d'agir. Mais revenons à nos chèvres ! (Nos moutons???) Si j'ai acheté et dévoré ce bocal XXL de Nutella et cette boîte de Chocapic, c'est uniquement parce que je me suis laissée influencer par la publicité pour le chocolat de Pâques. Avant de lutter, je ne croyais pas en Dieu, mais je croyais au chocolat. À présent, je crois en moi. Tolérance zéro ; zéro tolérance ! C'est l'objectif que nous devons nous fixer, et l'autocritique devant un tribunal populaire est un moyen qui permettra de le réaliser. Et, plutôt que de vouloir aller, en fusée, polluer l'Espace, cherchons à fabriquer des pédalos amphibies qui nous permettront d'aller porter notre parole jusqu' Outre-Atlantique.

C'est pourquoi, malgré ma tristesse, je reste pleine d'espoir pour la planète, pour vous, pour nous, pour moi. Je renonce à la flagellation publique (je ne voudrais pas être la première femme écolo misogyne, il en y assez comme ça par ailleurs) mais, dès ce soir, je me mortifierai avec rigueur, après m'être privée de dessert.

Mais, j'arrête là. Je crois que ce je viens de vous dire, très honorables consommateurs-internaute, est largement suffisant pour faire un nouveau livre-programme. S'il y a des enfants d'éditeurs parmi vous, n'hésitez pas à me contacter. Je ne peux que vous conseiller de visiter ma boutique en ligne. Vous y trouverez des livres de recettes pour bien agir en toute transparence, et des conseils pour apprendre à trier les poubelles et à faire du vélo, sans risque, sur les pistes cyclables désertes de nos petites villes.

Si Jeanne d'Arc avait eu du diabète, on aurait senti l'odeur du caramel lorsqu'on l'a mise au bûcher.

Je compte sur votre générosité et votre bonté bienveillante pour continuer à placer votre confiance en de si bonnes mains ! (Mais on ne s'en sortira pas sans une planification rigoureuse et ambitieuse...)

Votre avenir sera à vous si votre présence est à moi !

Greta T.

NB / Je regrette un peu les mots « faces de porcs » dans la chanson, mais, fidèle à mon principe de spontanéité – des enregistrements en deux ou trois prises – je vous laisse corriger par vous mêmes.

Santangelo

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