Sur un Air de Campagne (193)

Trente ans après le film de Rohmer, que sont devenus l'arbre, le maire et la médiathèque ?

Pour une Chanson

Santangelo

 

 

 

 

 

Dans mes campagnes, depuis déjà longtemps, chaque petite commune possède sa bibliothèque ou sa médiathèque. Des « maisons des lettres » souvent sises dans de beaux bâtiments en pierre, mais qui peinent à attirer le chaland.

Dans les années 90, alors qu'il commençait ses études universitaires, Quentin séchait régulièrement les cours pour lire « à côté. » Il se fournissait en bonne littérature dans les différentes bibliothèques municipales et lisait, chez lui, dans sa chambre de cité U, des choses hors programme. A cette époque, les bibliothèques publiques étaient remplies de classiques et de nouveautés intéressantes.

Dans les bibliothèques de campagne ou de petites villes, on ne trouve plus de classiques ni de parutions des deux rentrées littéraires annuelles. Comme si ces petits temples de la culture suffisaient par leur seule érection et leur seule élection à assouvir la soif de lecture des administrés.

Au Lycée, Quentin fréquenta assidûment le CDI – centre d'information et de documentation. La grande pièce était pleine de livres scolaires mais, dans la mezzanine vitrée dont il adorait le parfum, il y avait de la grande littérature. Quentin s'amusait à moquer le responsable du CDI pour la faiblesse du fond. Il réussit ainsi à lui faire acheter quelques bons livres.

Pourquoi les bibliothèques sont-elles si peu fréquentées ? Peut-être parce que les responsables locaux comprennent qu'il convient d'investir dans un bâtiment et dans du personnel adapté mais pas dans les livres. L'ignorance et le mépris pour le roman suintent des rayonnages.

Récemment, Quentin a retrouvé un vieil ami parisien qui travaille comme bibliothécaire. Il a passé vingt ans au vestiaire de la Grande Bibliothèque François Mitterrand. Vingt ans après son DEA en cinéma à se cultiver encore avant d'obtenir un poste à sa convenance. A la BNF, les éditeurs déposent un exemplaire de chaque livre publié. Pourquoi n'oblige-t-on pas les maisons d'édition à garnir un peu les rayonnages des bibliothèques de campagne ? A quand une mise en commun numérique des fonds ?

Dans une autre ville universitaire, quinze ans après ses études, Quentin essaya de retourner dans les bibliothèques publiques. Tout avait changé. Et, si le système de réservation et d'échange s'était considérablement amélioré, il resta perplexe face aux stocks. A l'exception des Bds – domaine qu'il connaissait moins bien – il n'y trouva plus un seul ouvrage à son goût.

Au lycée toujours, Quentin avait appris, auprès d'un père professeur d'histoire, qu'on pouvait sentir les livres. Sentir l'odeur de l'encre et de la colle avant de se plonger dans la lecture. Que sentent les livres de nos jours dans les médiathèques de campagne ? Le goût a-t-il changé ? Ou tout est-il devenu moyen ?

 

Santangelo

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