Sur un Air de Campagne (236)

Qui a dit : « la politique, c'est comme l'andouillette ; il faut que ça sente un peu la merde, mais pas trop... » ?

Gentil, Brave et Belle Âme

Santangelo

Dimanche, j'étais appelé. Et personne ne m'a appelé. Appelé aux urnes pour les élections régionales et départementales. Dans le canton où je suis inscrit, quatre duos candidats s'affrontaient pour les places suprêmes. Une croix. Mais pour crucifier qui ?

La conseillère sortante est aussi la maire de la commune depuis l'an passé. Je crois qu'il s'agit d'une voisine de mes parents. Je n'en suis pas sûr. Je ne l'ai jamais rencontrée. En revanche, la tête de son colistier me disait quelques chose. J'y ai réfléchi durant deux jours : où avais-je pu le croiser ? Ces gens-là vont partout ; peine perdue.

En face d'eux, un nom connu qui me ramenait à l'adolescence. Etait-ce la femme de cet ancien ami perdu de vue ? Et puis, il y avait aussi l'ancienne édile de la commune où je réside, mais dans laquelle je ne vote pas. Je me souvenais avoir dû la mettre à la porte de mon appartement, dans lequel elle s'était invitée avec un responsable de l'organisme HLM. Plutôt que d'écouter mes doléances, ils avaient voulu me faire la morale, en me prenant de très haut.

Les quatrièmes ? Dieu me garde de le croiser dans une rue déserte en pleine nuit, elle je ne savais pas... Une croix vous dis-je ! Et le dilemme de choisir celui qui me versera bientôt mon RSA et qui construira des places en maison de retraite, quand mes parents ne pourront plus habiter seuls.

Et puis, il y avait aussi le scrutin régional. Sept listes en présence pour essayer de faire barrage aux sortants. J'ai vaguement parcouru les professions de foi. Pas de quoi se lever la nuit ! Ça tombe mal ; je me réveille plusieurs fois ; j'ai tout mon temps.

Et je me suis encore levé trois ou quatre fois. Avant le bon réveil, qui m'a trouvé trop fatigué pour que je me déplace. D'autant que j'ai le sentiment, depuis quelques mois, d'être pris pour un enfant légèrement débile par le monde politique dans son ensemble. Comment voter en conscience avec un masque ridicule sur le visage, qui vous fait taire et vous boucher le nez à la fois ?

Lundi midi. Rapide coup d'oeil aux résultats. Statu quo national  malgré l'abstention record ! Plus rien dans le frigo ; les courses. Ça on ne peut pas y réchapper... Impératif !

En allant prendre mon café en terrasse, le panneau d'affichage officiel. Plus de choix ici, mais pas beaucoup plus attrayants... Et des affiches même pas déchirées ni taguées. A croire que tout le monde s'en fout ! C'est comme ils veulent mais, moi, je serai bientôt au RSA et j'ai le besoin urgent de trouver un appartement – urgent depuis trois ans !

De retour à ma voiture, après le petit café, entre des touristes japonais et des électeurs attablés ; le fantôme d'un ancien jeune loup de la politique locale, toujours au taquet avec son téléphone vissé à l'oreille. Et si c'était pour lui qu'il aurait fallu voter ? A ma connaissance, il n'était pas candidat.

Devoir civique ? Je veux bien. Mais tout ça ne manque-t-il pas sérieusement d'humour ? Je me suis remémoré les élections municipales, et ces têtes inconnues qui arboraient toutes le même sourire narquois, dans le bureau de vote en préfabriqué... Et si c'était moi qui ne trouvais plus suffisamment d'humour pour me déplacer aux urnes ? On verra dimanche, même si c'est tout vu...

La pauvreté et la solitude, c'est comme l'andouillette etc.

Santangelo

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