Sur un Air de Campagne (220)

Comme un avion sans ailes, toute ma vie j'ai rêvé d'être une hôtesse de l'air...

Mademoiselle

Santangelo

Une fois, il y a longtemps, un petit avion de tourisme, en panne, se posa dans un champ de la vallée. Il s' agissait d'une large prairie en pente, sur laquelle nous avions glissé, une autre fois, en hiver, par temps de neige et de gel. L'avion avait réussi à éviter la ligne à haute tension et s'était posé en haut de la prairie. Mon père nous révéla qu'aux commande de l'appareil il y avait Jean-Loup Chrétien, le célèbre astronaute originaire de la région de Morlaix, en balade dans le coin. Nous l'avons cru.

J'ai souvent entendu mon père dire qu'avant de mourir il souhaitait aller dans l'espace. Il s'est contenté d'emmener sa mère, ma grand-mère, alors âgée de plus de 80 ans, en Afrique du Sud, plusieurs mois durant, où séjournaient ma sœur cadette et mon cousin.

Lorsque j'étais adolescent, il voulait que je prenne des leçons de pilotage et que je passe mon brevet. Il disait que ce serait une bonne carte dans ma manche. En classe de seconde, je fréquentais le fils d'un des responsables du petit aéroport de Morlaix. Mais je n'ai jamais voulu jouer les garçons de l'air. Ce camarade s'amusait à reconnaître les types d'avions qui survolaient l'école, en classe, uniquement à partir de leur bruit. Bien sûr que nous avions vu Top Gun, mais j'en avais été moins marqué que d'autres.

La première fois que je pris l'avion, ce fut pour me rendre au Canada, à la fin de mes études universitaires. Après un séjour d'un mois au Québec, en automne, nous avons embarqué à Montréal, direction Ixtapa-Zihuatanejo, sur la côté pacifique du Mexique. Lorsque nous débarquâmes, chaudement vêtus, nous fûmes cueillis par la chaleur étouffante. Dès l'aéroport, les petits porteurs d'eau criaient, près des bus, « Aqua ! Aqua ! » Nous n'avons pas pu nous changer avant de trouver une pension pour nos sacs-à-dos et nos corps suintants, près de la grande plage occupée par des naturistes allemands.

Plus récemment, alors que j'étais revenu habiter chez mes parents, un petit avion de tourisme, piloté par le fils du voisin, venait presque tous les jours, en été, survoler le quartier. C'est une drôle d'utilisation du permis de piloter et de la liberté de voler.

Pendant longtemps, je me suis demandé ce que signifiaient les grandes croix que laissaient derrière eux les avions à réaction dans le ciel azur. Parfois, je me suis senti concerné. Le couloirs aérien, bien que beaucoup moins emprunté que celui de « Nous irons tous au Paradis », passe au-dessus de la maison de mes parents. Et les avions de la base aéronavale de Landivisiau s'en donnent à cœur joie, le soir, par temps clément.

Lors des grandes marées, c'est l'hélicoptère de l'hôpital qui passe au-dessus de nos têtes pour récupérer les pêcheurs à pieds imprudents.

Malgré le génie de Richard Branson, mon père, pas plus que moi, n'ira jamais dans l'espace goûter aux plaisirs de l'apesanteur. Mais le petit avion de Jean-Loup Chrétien, au secours duquel il s'était porté volontaire, ou presque, reste, à coup sûr, le plus bel avion dont je me souviens, à l'heure de me souvenir de tout.

Santangelo

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