Sur un Air de Campagne (202)

A ceux qui auraient été tentés d'analyser le conte pour enfants... Pourquoi continuer à écrire ici et maintenant ?

Pour une Historiette

Santangelo

 

 

 

Si le but de la littérature n'est pas toujours le "connais-toi toi-même" de la philosophie, il peut le rejoindre dans les  cas-limites où elle sert de bouée de sauvetage perpétuelle depuis l'enfance.

    Lorsque l'idéal du moi est trop éloigné du moi idéal, chez un jeune auteur, le construction de soi-même ne se fait pas sur des bases solides et l'isolement peut devenir un pis-aller pour préserver l'ego et éviter à la personnalité de s'écrouler. Si, à l'adolescence, au moment où prennent corps les "rêves" à réaliser une fois adulte, la personnalité est sujette à des railleries ou à toutes sortes d'obstacles dans un environnement défavorable, non-compatible, le moi idéal ne peut commencer à se réaliser par peur du ridicule ou de l'exclusion. Pour sortir de l'impasse, il faut apprendre à désarmer le surmoi, qui a intégré la loi du groupe - c'est à dire déchiffrer les instances de la volonté afin d'accéder à la vérité de l'individu. Car la perversité des groupes de jeunes se situe dans le fait que leur loi se fait passer pour la loi du père et déconnecte l'individu de l'idéal né dans le regard de la mère.
    Si le fait d'intégrer une nouvelle communauté (par exemple à l'université) plus accueillante, et dont les attentes correspondent davantage au moi idéal, ne suffit pas, s'iùpose alors la reconstruction de la personnalité à partir d'un dégré inférieur de développement, après l'effondrement psychique.
    Pour éviter ce drame de l'effondrement, qui dans notre cas ramenerait au stade de l'enfance, et qui peut survenir au moment du début d'une vie de couple, il est nécessaire, pour le jeune auteur, de trouver un média pour exprimer son intériorité - c'est à dire une instance qui fera passer les messages au monde, sans s'exposer à sa violence directe et, dans le cas de la littérature, trouver un lecteur idéal pour servir de l'idéal du moi.
    Voilà pourquoi certains continuent à écrire bien après l'adolescence, même dans un entourage réprobateur, sous la necessité intérieure du "connais-toi toi-même."
    A force de discuter avec le lecteur idéal, on peut réussir à recoller les morceaux de l'entité psychique en évitant l'effondrement. Jusqu'à se contruire sa propre vision du monde ( Weltanschauung) qui permettra d'agréger près de soi les individus compatibles de son choix.

    Dans mon cas, particulier comme tous les cas, ce travail de trente ans est menacé par les accès de violence d'un nouveau groupe qui prétend avoir des droits sur moi  au nom de ma communauté d'origine, et tente de me soumettre à des règles de vie pour moi ridicules, et dont les membres ne sont armés que la psychologie du "Femina Hebdo."
    Le lecteur idéal ? Rien de moins que les auteurs que l'auteur empêché continue à lire et à découvrir, dans la joie de la fabrique de soi-même - qui n'est par définition jamais terminée. Ecrire ? Où ça ?

    Ou ça ?

    La question qui se pose, au moment de l'affranchissement de l'ensemble des règles indues intégrées à l'adolescence, c'est celle de la rencontre avec ce lecteur idéal. Puisqu'il a joué le rôle de l'idéal du moi, il faut bien le rencontrer un jour. Et exprimer ce désir qu'on avait caché parce qu'on avait compris qu'il révélait de façon abrupte la tension entre les différentes parties de la psyché.
    Une solution ? Soumettre les désirs primaires au désir construit dans l'idéal du moi et non pas au surmoi. Ne plus désirer selon les loi tacites de l'adolescence, mais se servir du travail de polissage du désir, sans l'effacer ni le gommer, en le libérant des entraves pour désirer chaque jour, chaque texte, chaque femme qui passe dans la rue. Bien loin des fantasmes originels, enfin de plain-pieds dans la vie désirée et rendue désirable par la libération de la libido. Désirer sans fin. 
    Il suffisait de décoder le réel désirant au prisme du regard aiguisé par l'écriture de soi et du monde. Afin de rendre au désir la malice et l'esprit joueur de l'enfance, en lieu et place des schémas stéréotypés de l'adolescence. 
    
    Voilà la vérité psychologique - puisqu'on me la réclame - d'un auteur non-publié de cinquante ans, vivant isolé à la campagne. Qui se sera servi de la beauté du monde et de l'art pour se construire suivant leurs lois, dans l'allégresse du rapprochement de l'idéal du moi avec le moi idéal.

 


Santangelo

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.