Sur un Air de Campagne (42)

Et voilà. Trois mois de chansons, trois mois d'écriture ; et demain on vote. Dans le billet 11, je décrivais la maison rêvée des Français. Dans le 14, je parlais de la sortie de l'Union. Dans le 28, je décrivais une famille. Dans le 23, je montrais le blues qui prend les lecteurs du Figaro et les auditeurs de France Inter chaque matin. Dans le 26, je défendais la position du poète...

Jardin à l'Europénne

Santangelo

Ce dimanche, c'est la Fête des Mères. Au Festival de Cannes on continuera de célébrer les rêves des artistes européens et d'ailleurs. Partout en France, on votera dans les mairies et les écoles. Après avoir accompli mon devoir citoyen, j'irai rendre visite à mes parents. Je n'achèterai pas de fleurs ; leur grand jardin en est déjà rempli depuis longtemps ; et j'en confectionnerai même un bouquet pour égayer mon triste appartement au retour. Après les tulipes de décembre, les camélias de février, les jonquilles d'avril et le muguet du 1er mai, ce seront probablement des roses et des arums. Si j'ai assez de courage, j'irai faire une promenade en bords de mer. Je connais des endroits sauvages, où les champs de coquelicots ne craignent pas la salinité de l'air marin.

Avant les poules en lotissements et les plants de tomates-cerises sur les balcons, les Bobos – qui n'ont pas que de mauvaises idées – avaient remis au goût du jour les jardins ouvriers. A Strasbourg, où se rendront les députés élus dès la semaine prochaine, on y cultive des légumes de saison, on y fait pousser des fleurs et on vient y prendre l'apéro entre amis le dimanche midi. Attention : pelouse interdite ! Les retraités y côtoient les jeunes parents ; les partisans de Fabienne Keller ceux de Roland Ries ; les eurosceptiques les fédéralistes.

Ces petits carrés de verdure flanqués de cabanes en bois font la joie des citadins. Pour s'y rendre, on s'habille de vieilles fripes, on met un vieux couteau dans la poche, on chausse les bottes et on sort les paquets de graines du congélateur. Au printemps, ces jardins – pour l'attribution desquels on a parfois patienté plusieurs années – sont une alternative de choix aux différents parcs de la ville.

 

A Morlaix, dans mes campagnes, on a construit le centre hospitalier sur le site des anciens jardins ouvriers, sans les remplacer. Et les fleurs dont on fleurit les chambres des malades proviennent toutes de chez le fleuriste.

 

Il y a différents types de jardins ; « à la française », « à l'anglaise », sauvages ou potagers. Tous servent à la même chose : garder les pieds sur terre et se souvenir des plaisirs de l'enfance. Dans toutes les familles, dimanche, les enfants offriront à leur mère leurs dessins, leurs colliers de coquillages ou de perles, leurs dessous de plats en toc, avant les cendriers en pâte à modeler de la Fête des Pères. Dans longtemps, alors que les élections auront été remplacées par de nouvelles, ces cadeaux de riens seront toujours dans les mémoires, tout comme les bouquets offerts avec le coeur. Et les chansons des poètes continueront de courir dans les rues...

 

 

Saul Santangelo des Regs

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