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Billet de blog 27 mai 2021

Sur un Air de Campagne (228)

Parfois, dans mes campagnes, on cuit les pommes-de-terre avec la peau, dans les braises ou à la vapeur. On appelle ça des « pommes-de-terre en robe des champs. » Mais, lorsque Quentin était enfant, il croyait qu'il s'agissait de « pommes-de-terre en robe de chambre... »

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YAKA et le FauconSantangelo

Fin mai en Bretagne. Chauffages encore allumés. Le printemps peine à éclore après un mois d'avril trop beau. Depuis une quinzaine, il a plu presque tous les jours. Il est encore temps de planter des pommes-de-terre. Dans la famille de Quentin, les pommes-de-terre ont une place à part. Outre le fait qu'ils en mangeaient souvent, comme tous les paysans, elles ont fait la fortune de son père en 1976, année de grande sécheresse, avec une récolte presque miraculeuse. Et puis, avant de se marier, pour enterrer sa vie de jeune homme, lors d'un voyage qui devait les emmener dans les caves de Champagne, avec ses amis, ils se sont arrêtés au Bois de Boulogne pour y planter quelques tubercules. Légende familiale ou anecdotes sauvées des eaux, Quentin ne le saura jamais et préfère ne pas le savoir, ayant depuis toujours préféré le roman à toute autre forme de littérature.

Contrairement aux légumes, que l'on sème, et qui produisent des milliers de graines pour chaque plant emmené à maturité, il faut une pommes-de-terre pour en récolter sept ou huit. Ainsi, il est nécessaire d'en cultiver beaucoup pour fournir la semence, après germination, de l'année suivante. Il y a des pommes-de-terre de consommation, destinées aux étals des marchés et des supermarchés, et des pommes-de-terre dites de sélection, destinées à être replantées. Compte-tenu de leur faible capacité de reproduction, les PDT de sélection sont cultivées sur des plaines entières.

La mère de Quentin, partisane acharnée de la PDT, utilise des variétés différentes selon les plats. Elle ne saurait pas faire de frites autrement qu'avec des Bintje. Pour la purée, le choix est plus varié.

Du temps de l'enfance de Quentin, son père cultivait des « Désirées. » Et il fut ébahi de découvrir ces PDT à la peau rose. C'est peut-être de là que lui est venue l'expression « pommes-de-terre  en robe de chambre. »

Pour les faire pousser en terre, on bute les patates, en transformant les rangs en petits monticules pyramidaux. Leur principal ennemi est le doryphore – un genre de pince-oreilles. Quelques semaines avant de les récolter, on les brûle ; c'est à dire que l'on fait sécher les fanes pour leur réserver la sève.

Où ai-je vu une reproduction de l'Angelus de Millet avec un cercueil d'enfant enterré, recouvert d'un panier empli de PDT ? Je crois que c'est une théorie récente résultant de l'étude des pigments du tableau. Millet aurait recouvert le cercueil, jugeant la scène trop provocatrice. Ces pommes-de-terre-là représentaient peut-être le salaire dédié à la famille de paysans chrétiens pour avoir consacré un de ses enfants à la prêtrise ou autre poste ecclésiastique. C'est comme ça que je l'ai vu. Dans mon village, l'Angelus sonne toujours trois fois par jour. Mais je n'y vois nullement une invitation à manger mes patates à l'eau.

Lors de la récolte, en septembre, les machines furieuses laissent dans leurs sillons des nuages de poussière. Dans certaines régions, notamment dans le Nord de la France, elles sont également suivies par de petits groupes hétérogènes. Des gens à qui l'on accorde le droit de ramasser les tubercules qui sont passés à travers les tapis de la machine, oubliés sur le champ, pour les consommer ou les vendre. On les nomme des glaneurs. Il y a un beau film d'Agnès Varda sur cette pratique.

Aujourd'hui encore, Quentin continue à apprécier les pommes-de-terre. Il en mangerait même en robe de chambre.

Et c'est à moi qu'ils veulent « mettre une patate dans la gueule » ?

Santangelo.

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