Sur un Air de Campagne (173)

C'est l'histoire d'un type qui tombe du dernier étage d'une tour et qui dit, à chaque étage, « Jusqu'ici tout va bien... Jusqu'ici, tout va bien... » (Clin d’œil de M. Kassovitz aux « sept Mercenaires » dans son premier film, « la Haine »

Sourire, d'ailleurs

Santangelo

 

 

 

 

A 20 ans, Quentin croyait que la haine était un projet de vie. Qu'il allait devenir comme les gens qu'il haïssait. Qu'il fallait se choisir des ennemis de taille pour leur ressembler.

A 20 ans, beaucoup sont encore dans la haine de leurs parents. Et ne tardent pas à leur ressembler.

Quand on découvre la haine, après les aventures amicales de jeunesse, on est surpris par la puissance de ses morsures, par la violence de ses brûlures. On en perd le sommeil en se disant que la seule solution c'est le meurtre.

Quentin ne pouvait plus lire ; tournait et retournait dans son lit ; et finissait par s'endormir à trop chercher la meilleure méthode pour tuer le traître.

Deviens ce que tu hais ? Ce que tu es ?

Dans « la Nuit du Chasseur » - fantasmagorie féerique pour adultes en quête d'enfance – on suit les pérégrinations angoissantes de Robert Mitchum le long de grands travellings. A la jointure des doigts de chaque main : un tatouage. Main droite : « LOVE » ; main gauche : « HATE. » Pour lier les deux, une bible de pasteur surmontée d'un chapeau de cow-boy.

De son éducation catholique, Quentin a toujours conservé une place de choix pour l'amour. Et, après plusieurs défaites amicales et amoureuses, en apprenant à rebondir la tête sur le sol en terre, il se dit que l'amour était le moteur dont la haine servait de ressorts.

La haine ? Quelque part entre la jalousie, la souffrance, la colère et le désir de revanche. Et bien plus que tout ça à la fois.

« On est sérieux quand on a dix-sept ans. »

Plus tard, Quentin mit de la distance géographique pour se retrouver. Et tenta de larguer ses kilos de haine superflus aux quatre coins de l'Europe.

Mais changer de terrain ne suffit pas. Il faut changer de jeu.

La haine ou la conséquence du mauvais amour. Bien loin des extravagances du Joker dans Batman.

Il croyait que la solution était le meurtre. Mais c'est la maîtrise des archétypes. Une fois identifiées les tragédies que l'on a jouées, on peut lever le voile sur les figures tutélaires. On croit avoir des ennemis puissants, mais c'est la Bête cachée sous le lit qu'il faut vaincre et tuer. Et retrouver le merveilleux des contes de l'enfance dans le souvenir du son de la voix qui les racontait.

Et Tarantino inventa le « Kill Cool. » Le double effet des tueurs-poètes. Bien loin du sentiment décortiqué par Signoret et Gabin dans « le Chat. »

Pour ne pas faire partie d'un vieux couple à 30 ans, Quentin multiplia les conquêtes et les coucha sur papier. Il découvrit que la meilleure façon de traiter la haine, c'est la littérature. Le seul moyen pour retrouver le recul et l'humour qui donnent l'équilibre pour se tenir bien droit.

En ajoutant un peu de désinvolture et de magnanimité, on arrive à réinventer l'amour plusieurs fois.

La plupart des gens n'ont qu'un amour dans leur vie. Beaucoup ne connaîtront même pas cet état de conscience.

A chaque fois que je me croyais définitivement sorti de l'hôpital, ses fantômes venaient me ronger les nerfs toutes les nuits. Je suis resté prisonnier des années avant d'être de nouveau prêt à une aventure positive.

Car la haine dont on est l'objet est un mystère plus insondable encore que celle que l'on ressent....

 

 

Santangelo.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.