Appel à projets « Réinventer Paris » : conflit d’intérêts à la Mairie de Paris ?

Que ce soit dans le cadre de « Réinventer Paris » ou « Réinventer la Seine », le Groupe Noctis remporte appel d’offres sur appel d’offres depuis quelques années. Est-ce pour remercier Bruno Julliard, Premier adjoint à la Mairie de Paris en charge de la Culture, soit l’homme qui attribue les concessions, que Noctis vient d’embaucher son mari Paul Le Goff en tant que directeur juridique ?

Noctis dans les petits papiers de la Mairie de Paris

Le groupe Noctis, filiale du groupe ACCOR et acteur incontournable de la restauration et de l’événementiel parisien, semble être devenu un partenaire de choix pour la Mairie de Paris. Celle-ci, dans le cadre de « Réinventer Paris » et « Réinventer la Seine », deux appels à projets urbains innovants destinés à donner un second souffle à plusieurs lieux parisiens, a choisi, par trois fois, de s’en remettre au savoir-faire de Noctis.

Après avoir obtenu l’exploitation du Stream Building sur le site de Clichy-Batignolles en 2014 et celle d’Italik dans le 13e arrondissement de Paris en 2016, c’est l’exploitation de la « culée rive droite du Pont Alexandre III », soit l’ancien showcase, que le groupe de Laurent de Gourcuff a obtenu en juillet 2017.

Ainsi, bien que le Stream Building ou l’Italik n’aient pas encore ouvert leur porte, la Mairie de Paris a décidé de faire une nouvelle fois confiance au « roi » de la nuit, Laurent de Gourcuff. Problème, comme nous l’apprend Challenges ce jeudi 16 novembre, ce dernier s’est récemment entouré d’un nouveau directeur juridique en la personne de Paul Le Goff, qui n’est autre que le mari de Bruno Julliard, premier adjoint à la Culture d’Anne Hidalgo, en charge des procédures d’appels à projets « Réinventer Paris ».

Le Goff a-t-il été recruté par la société Noctis en remerciement de l’attribution à cette dernière du Showcase par Julliard ou, plus grave, l’embauche à venir de Le Goff a-t-elle décidé de cette attribution ? Interrogé par Challenges, Paul Le Goff « dément » que son embauche « ait été la contrepartie de l’attribution par Bruno du Showcase à Noctis ». Avant de lâcher, énigmatique, il faut bien « trouver du boulot »… Un « boulot » qui devrait écarter d’office Noctis des prochains appels d’offres, faute de quoi les accusations de conflit d’intérêts ne manqueraient pas de pleuvoir.

Une procédure déjà mise en cause

Ce n’est pas la première fois que les décisions de la Mairie de Paris dans les cadres des appels à projets innovants sont remises en question : en juin 2017, après avoir attribué l’un des projets phares de l’Est parisien (la transformation de l’ancienne sous-station électrique Voltaire, située au 14 avenue Parmentier, en cinéma) à David Henochsberg, PDG d’Étoile Cinémas, la Mairie de Paris s’est vue stopper net par le tribunal administratif de la capitale.

« La Ville n’a pas respecté la procédure qu’elle s’était elle-même fixée pour l’attribution du dossier », plaidait alors Me Sevino, avocat de l’association « Le 14 avenue Parmentier » qui s’opposait au projet. La décision du tribunal repose sur plusieurs points : « le jury international qui devait choisir le projet final n’avait rien d’international », ce dernier étant composé de 15 Parisiens sur 23 jurés, « la désignation du président de ce même jury était contestée » et pour finir, les travaux prévus risquaient de modifier de « manière drastique la façade d’un bâtiment PVP (Protection Ville de Paris) ».

La Mairie de Paris dans l’œil du cyclone

Sous le feu des critiques depuis les révélations du Canard enchaîné, Anne Hidalgo ne peut se permettre une nouvelle déconvenue. Le palmipède a en effet affirmé, le 9 novembre 2017, « qu’entre 2001 et 2002, Anne Hidalgo a perçu son salaire de directrice du Travail, soit 4 500 euros brut, alors qu’elle n’assurait qu’une partie minime de cette fonction ».

Et même si la Mairie de Paris a de son côté affirmé au Canard Enchaîné que « le contrôleur financier du ministère du Travail avait refusé la demande d’Anne Hidalgo de réduire sa rémunération en proportion de son temps de travail », l’hebdomadaire indique « qu’aucune trace écrite de cette requête n’a toutefois été conservée ».

Des soupçons d’emploi fictif renforcés par le témoignage du vice-président de l’Autorité de la concurrence, Thierry Dahan, publié lundi 13 novembre par Capital. Thierry Dahan — « qui est sans doute le mieux placé pour en témoigner, car c’est lui qui l’a remplacée à son poste de conseillère sociale », d’après le site d’actualité économique — affirme en effet l’avoir « à peine croisée ! ».

« Elle est venue me voir juste après son élection. Nous avons examiné ensemble les dossiers qu’elle avait à gérer, et elle m’a passé le relai. Je me suis installé dans son bureau, et à partir de ce moment, c’est moi qui ai mené toutes les négociations sociales pour le ministère de la Justice », poursuit-il.

La Mairie de Paris et Anne Hidalgo vivent des heures sombres. L’existence d’un risque de conflit d’intérêts entre Noctis et l’institution dans le cadre des appels à projets innovants, si il était avéré, n’arrangerait rien. D’autant que lors de la prise de participation du groupe ACCOR au sein de Noctis, un certain nombre d’interrogations avaient déjà été soulevées à ce sujet auprès de la direction du groupe hôtelier.

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