Karima DELLI: "Face aux fractures sociales, il faut réactiver le droit à la mobilité"

Aux lendemains de la clôture des assises de la mobilité, Karima DELLI, députée européenne du Nord Ouest de la France et Présidente de la commission Transports & Tourisme au Parlement Européen, a accepté de répondre à quelques questions au sujet des précaires de la mobilité.

Interview Karima DELLI © Sébastien BAGUEREY

(Article original publié sur https://sebastienbaguerey.wordpress.com)

Après quelques 400 réunions de travail, l'organisation de nombreuses tables rondes en région, plus de 2500 propositions réunies, il semble que les assises de la mobilité ont reçu  un accueil favorable de la part de l'ensemble des acteurs de la société, tous domaines de compétences confondus. S'il fallait une preuve, ou une occasion, que le transport est un outil de développement et de préoccupation des français, les assises de la mobilité en est une. 

Ce fût l'occasion de proposer à Karima DELLI, de répondre aux questions concernant plus précisément les populations fragiles. Les transports ayant toujours joué un rôle majeur et considérable dans le développement de l'Europe et les bénéfices ayant profité à l'ensemble des citoyens du continent par le passé, il semblait intéressant de connaître les orientations politiques destinées aux personnes en situation de précarité ou de handicap, qui ne peuvent bénéficier, à l'égal, des opportunités de la mobilité. 

Le 11 octobre, lors de la conférence ouverte à tous les citoyens, organisée par la Président de la commission transport au Parlement de Bruxelles, de nombreuses questions ont été posées sur les nouvelles modalités d'accessibilité des transports et notamment celle de la gratuité.  Ce point précis, très souvent soulevé par les jeunes citoyens et sur l'exemple des dernières villes engagées sur ce modèle, réaffirme l'importance pour les jeunes générations de contribuer à la diminution de l'impact environnemental du trafic routier.

Mais au-delà des questions majeurs et écologiques se posent également des questions de mobilité pour tous. L'ouvrage de Martin Hirsch, « Ca coûte cher d’être pauvre » (2014, aux éditions Points Doc) montre sans ambiguïté que les personnes les plus précaires, en situation de pauvreté ou isolées, sont les premières confrontées à la difficulté de se déplacer lorsqu’elles ne peuvent accéder aux transports en commun ou à des services adaptés à leurs besoins. Pour les ménages ruraux les plus pauvres, la part budgétaire dédiée au carburant est 4 fois supérieure à celle des ménages urbains les plus riches. Plus encore, une étude lyonnaise démontre également que 21% des ménages étaient en situation de précarité énergétique justement parce que 18% de leurs revenus étaient consacrés à la mobilité quotidienne. La mobilité est un outil de développement social, hors aujourd’hui, et notamment en France, il semble que les pouvoirs publics ne prennent pas en compte cette donnée. 

Les contraintes liées à la mobilité questionnent à la fois l’accès aux services et aux offres de déplacements, liés à l’organisation de la mobilité des usagers des villes mais aussi des centres péri-urbains et ruraux à travers des politiques locales durables et aux spécificités des territoires.

Consciente de ces enjeux et résolument ancré dans sa modernité, Karima DELLI, avec le soutien de la Commission Européenne et la participation de partenaires reconnus pour leur expertise sur les innovations dans la mobilité, a lancé le EU Startup Prize for Mobility afin de créer des initiatives européennes pour favoriser l’expansion des entreprises innovantes dans les Etats Membres. Populariser, rendre plus vert et plus accessibles les transports reste et restera les défis auxquels nous seront soumis en terme de mobilité.

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