L’Europe et la rentabilité de la culture Pop Underground

Ces 22 et 23 septembre se tenaient à Strasbourg pour sa 3ème édition, les Journées Europe Creative. L’art populaire que promeut le programme européen est-il la réalisation d’une volonté politique de rendre à ces « petits » créateurs la noblesse même de leur artisanat ou est-ce une manière de donner à aux grands producteurs les capacités de nourrir l’industrie des médias et de la culture ?


Ces 22 et 23 septembre se tenaient à Strasbourg pour sa 3ème édition, les Journées Europe Creative. Cet évènement à permis de réunir différents acteurs de la culture autour du thème de la contre-culture, de la pop-culture et autres courantsdu territoire européen. Inséré en amont d’un week-end dédié à la culture Pop dans la région de Strasbourg/Kehl (Streetbouche Festival et Graffiti Jam), ces journées plus « policées » et informatives ont permis de se faire une idée de la culture populaire au sens le plus large du terme.   

C’est autour de Christophe Nonnenmacher, journaliste et chargé de mission auprès du Pôle Européen d’Administration Publique et modérateur des journées Europe Creative, que se sont succédés différents acteurs de la pop-culture (voir le détail du programme en bas de page) pour échanger sur ce qu’est la culture populaire mais aussi quels en sont les effets, les défis et projets à venir. Outre la notion art-populaire, la conférence publique a permis de dresser un état de ce qu’est l’art pop’ et de ce qui ne l’est pas. En ouverture de ces deux journées, Marjolaine Boutet, maître de conférence en histoire contemporaine, a introduit la pop-culture par la focale des Séries TV, qui selon elle « révèlent ce que vivent les acteurs de notre société en légitimant l’art alternatif ».

Et pourtant, on se rend bien compte au fil des interventions que la culture est encore trop dépendante des pouvoirs publics et que les financements sont encore trop précieux. Bien que la série télé puisse apporter à la sous-culture ou contre-culture ses lettres de noblesses, il n’en reste pas moins que l’industrie du cinéma, considéré et affirmé comme un véritable business outre-atlantique, puise  dans l’art populaire ce qui va nourrir les caisses (financières) de la culture dite dominante. En somme, il y a la culture Pop Underground et la culture « noble »; la culture populaire, cachée, presque intimiste renvoie à un art épurée des nécessités de rentabilité et qui par essence revêt un caractère élitiste en renversant les codes des conventions de l’art social. 

L’art populaire, riche et diversifié ne se situe pas dans les grands canaux médiatiques mais dans les petits courants qui les nourrissent. L’art populaire que promeut le programme européen est-il la réalisation d’une volonté politique de rendre à ces « petits » créateurs la noblesse même de leur artisanat ou est-ce une manière de donner à ces grands courants les capacités de nourrir l’industrie des médias et de la culture ? En se dirigeant vers un renforcement de la compétitivité culturelles sur le plan mondial, ne risque-t-on pas de fragiliser encore une fois, le domaine de la culture en cherchant derrière chaque création, une finalité de rentabilité ? (Comme c’est encore trop souvent le cas…). Le nouveau programme dédié aux secteurs de la culture et de la création pour la période 2014/2020 a pour objectif de renforcer la diversité des productions européennes et ainsi rendre plus compétitif le secteur sur le plan mondial. 

A l’heure où, dans de nombreux domaines, l’Europe est montré du doigt, un programmedédié à l’appui aux créations originales est globalement bien accueilli par les professionnels de la branche culture. Considéré comme un atout aux productions alternatives et indépendantes, Europe Creative laisse place à des créations originales qui permettent de faire découvrir des oeuvres innovantes et variées. Enfin, ces journées ont permis de rendre compte des richesses de la création ou de la promotion d’oeuvres isolées mais également de prendre conscience des difficultés que rencontres les artisans de la diffusion (voir l’encadré sur Philippe Schweyer, directeur de Mediapop).


 

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Philippe Schweyer, directeur de Médiapop:

  • Qui êtes vous ? Je m’appelle Philippe Schweyer et je suis directeur de Médiapop, qui réunit Mediapop Editions, Mediapop Records et Mediapop Gallery, parce que je fais aussi de la photo. Mediapop va à la rencontre de gens qui veulent écrire des livres. Il y a peu d’enfants qui rêvent de devenir éditeur mais moi je crois que c’est ce que je voulais dans mon for intérieur. [•••] Et puis un jour Libé a écrit un article sur Mediapop et c’est une sorte de légitimation de son propre travail quand ça arrive… Je me suis rendu compte que Mulhouse pouvait aussi être créateur de culture. Je crois que Mulhouse est un lieu de la sous-culture alsacienne, il y a quelque chose de plus vrai, de plus underground. En 2016, c’est plus de 40 livres qui avait été édité à travers Mediapop Editions, uniquement avec des indépendants. Plus tard j’ai eu envie d’éditer des disques vinyles. J’ai rencontré quelqu'un et je lui ai dit; « occupes-toi de la musique, je m’occupe de la pochette ». Je me suis occupé de faire le livret et là aussi ça a marché avec cette fois 2 pages dans Libé.  Aujourd’hui c’est une douzaine de groupe qui ont crée des disques via Mediapop Records. 
  • Votre histoire en trois mots: Je dirais « DO IT YOURSELF », « RENCONTRES » et « OUVERTURE D’ESPRIT ».
  • Votre actualité: Il va y avoir prochainement la sortie d’un Vinyle « Solaris Great Confusion ». Et puis 3 livres, « Egotrip Collectif », un ouvrage sur 25 ans de rap à Mulhouse,  « Terre aimée », un livre de Laurent Brunet, une super aventure sur un voyageur qui décide partir en Inde, j’ai vraiment adoré. Et enfin « 1964 », de Kai Pohl.
  • Vos projets pour l’année à venir ? Mon projet, c'est tenir le plus longtemps possible en continuant à lancer de belles bouteilles à la mer ! Il est extrêmement difficile de tenir aujourd’hui. Il y a beaucoup de difficultés d’où le fait de rester seul dans l’aventure et de ne pouvoir embaucher. 

Plus d'informations sur Philippe Schweyer: http://www.mediapop.fr

 


Pour aller plus loin:

Programme des journées Europe Creative 

Festival Streetbouche

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