Un proche de MBS suspecté par le FBI dans les attentats du 11 septembre 2001?

Les révélations s’accumulent chaque mois sur la véritable personnalité de Mohamed Ben Salmane, sans que rien ni personne, ne parvienne à le mettre en difficulté ni à contester son pouvoir dans un pays encore clairement stratégique pour l’Occident et les Etats-Unis.

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Mussaed Ahmed Al-Jarrah (à gauche)

 

Dernier scoop en date à charge contre Riyad: le FBI, qui enquête sur des possibles ramifications entre l’Arabie Saoudite et les terroristes d’Al-Qaida du 11 septembre 2001, après le dépôt d’une plainte de victimes, avait annoncé en septembre 2019, qu’il révélerait l’identité d’un des officiels saoudiens suspecté et en poste à Washington à l’époque. Ce dernier aurait apporté un soutien à au moins deux des terroristes des commandos en amont des pires attentats jamais perpétrés sur le sol américain. On sentait bien que l’objectif de ces menaces à l’époque était de faire pression sur l’Arabie Saoudite et sur le Prince, dont le dit-personnage serait proche, mais également sur l’administration Trump.

Et voilà qu’hier on apprenait que « par accident », le FBI a, pendant l’un des auditions du procès en cours, dévoilé le nom du mystérieux homme qui mettrait tout le monde dans l’embarras. En effet, depuis des années, la polémique autour de cet officiel saoudien agitait au sein même des rangs du bureau d’investigation américain et du pouvoir. Qui est donc le fameux homme ? Mussaed Ahmed Al-Jarrah serait aujourd’hui toujours attaché culturel à l’Ambassade d’Arabie Saoudite à Rabat au Maroc[1]. En poste à Washington en 1999 et 2000, il était en charge à l’époque des activités du Ministère des affaires islamiques, afin d’apporter un soutien aux mosquées et centres culturels financés par son pays outre-atlantique. Il est connu pour être très proche du prince Bandar ben Sultan ben Abdelaziz Al Saoud, membre de la famille royale, ambassadeur émérite aux USA de 1983 à 2005, et l’un des architectes de la politique étrangère et sécuritaire de son pays depuis des décennies. La fille de ce dernier est désormais ambassadeur aux Etats-Unis et le fils ambassadeur en Grande-Bretagne. Aujourd’hui, même si l’on en sait peu sur Al-Jarrah, plusieurs vidéos permettent de le voir encore récemment en activité[2], dont une en 2019 au Salon International de l’Edition et du Livre de Casablanca. Mais ce n’est pas tout : Al-Jarrah, réputé proche de Mohamed ben Salmane selon plusieurs sources confidentielles, travaille également pour lui sur le projet de grande ville futuriste saoudienne, NEOM City[3], à la frontière jordanienne et égyptienne, et qui couvrira une superficie de 250 fois la taille de Paris. Une opération classique de « dissimulation par l’art » censée montrer un visage moderne de son pays.

Presque deux décennies après les faits, les familles de victimes du 11 septembre sont parvenues à faire déclassifier il y a quelques temps les documents officiels de l’époque. C’est aussi là la preuve des tentatives encore récentes de la part de l’administration Trump d’entraver le cours de la justice sur ce sujet pourtant sensible pour tous les Américains. Il aura fallu presque vingt ans pour percer le mystère de cet inconnu dont tout le monde parlait. Car depuis 2002, de forts soupçons pesaient déjà sur cet individu qui aurait donné instruction à deux intermédiaires d’aider les terroristes. C’est donc bien sous l’ère Trump que le gros des pressions a été effectué alors que l’on connaît ses relations exécrables avec le FBI. Pour Brett Eagleson, un des porte-paroles des familles de victimes du 11 septembre, une chose est claire : « Cette situation prouve que le gouvernement américain cherche encore aujourd’hui par tous les moyens à couvrir l’Arabie Saoudite pour son implication dans les attentats »[4]. Cadeau du FBI, l’issue du procès pourrait révéler le pire scandale de l’ère Trump à la Maison Blanche et qui tourne une fois encore autour… de l’Arabie Saoudite. Impossible que MBS ne soit ni au courant de l'enquête en cours autour de Al Jarrah.

De toute façon, on ne peut pas dire que Mohamed Ben Salmane, prince héritier du royaume d’Arabie Saoudite, ait cherché par tous les moyens à s’épargner les foudres et se construire, depuis 2016, une image respectable et enviée de dirigeant arabe moderne et modéré acceptable aussi des Occidentaux. Adoubé par Donald Trump et soutenu par son mentor émirati MBZ, Mohamed Ben Zayed, le jeune prince par inexpérience et ambition démesurée a multiplié les erreurs tactiques, stratégiques et humaines : blocus contre le Qatar au motif gratuit qu’il soutiendrait le terrorisme (sic), guerre au Yémen ayant fait plus de 100 000 morts en usant de tous les moyens (bombardements civils, écoles, hôpitaux, mise en place de camps de torture, usages de mercenaires avec les Émiratis), assassinat du journaliste Jamal Khashoggi pour lequel tous les soupçons se portent sur MBS, purge inédite au sein du royaume saoudien contre les membres de la famille royale enfermés pendant des semaines, emprisonnement du blogueur Raif Badawi depuis 2012, etc. Non seulement l’image de l’Arabie Saoudite s’effondre un peu plus encore avec cette révélation, mais peut-on imaginer qu’enfin les USA finissent par se distancier stratégiquement de Riyad au moins? Difficile à dire même si les motifs de tensions se multiplient en ce moment notamment depuis que le pays a augmenté sa production de pétrole et fait effondrer les cours mondiaux en pleine pandémie du coronavirus.

 

[1] https://www.youtube.com/watch?v=BS3JApoyPPs&feature=youtu.be

[2] https://twitter.com/aldafrahtv/status/951043308448636928?s=12

https://www.youtube.com/watch?v=BS3JApoyPPs&feature=youtu.be

[3] https://twitter.com/aldafrahtv/status/951043308448636928?s=12

[4] https://news.yahoo.com/amphtml/in-court-filing-fbi-accidentally-reveals-name-of-saudi-official-suspected-of-directing-support-for-911-hijackers-224555851.html?__twitter_impression=true

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