mot de passe oublié
onze euros les trois mois

Restez informé tout l'été sur Mediapart !

Profitez de notre offre d'été : 11€ pour 3 mois (soit 2 mois gratuits) + 30 jours de musique offerts ♫

Je m'abonne
Le Club de Mediapart mer. 24 août 2016 24/8/2016 Dernière édition

Le SNUipp-FSU, un syndicat désobéisseur ?

Ninon Bivès, élue du SNUipp et désobéisseuse a subi une sanction déguisée. : un abaissement de note totalement infondé alors que ses qualités d'enseignante lui sont reconnues par l'Inspecteur d'Académie lui-même.Quelle allait être la réaction du SNUipp, jusqu'alors rétif à la désobéissance, face à une injustice frappant une de ses élues ? Suite, après mon précédent billet, du décryptage d'un choix dans lequel le contexte politique pèse de tout son poids ...

Ninon Bivès, élue du SNUipp et désobéisseuse a subi une sanction déguisée. : un abaissement de note totalement infondé alors que ses qualités d'enseignante lui sont reconnues par l'Inspecteur d'Académie lui-même.

Quelle allait être la réaction du SNUipp, jusqu'alors rétif à la désobéissance, face à une injustice frappant une de ses élues ? Suite, après mon précédent billet, du décryptage d'un choix dans lequel le contexte politique pèse de tout son poids ...

Voici le communiqué :

Soutien à Ninon Bivès, déléguée du personnel SNUipp

Lors du Conseil National des 14 et 15 septembre, la section départementale du SNUipp 82 nous a alerté sur la situation de Ninon Bivès, militante du SNUipp et déléguée du personnel. Suite à son refus d'organiser l'aide personnalisée selon les directives ministérielles et de faire passer les évaluations CM2 à ses élèves, elle a subi une inspection qui s'est soldée par un maintien de note, sanction déguisée, synonyme d'un avancement à l'ancienneté pour le reste de sa carrière, avec des incidences financières beaucoup plus graves que quelques retraits de salaire. Le SNUipp apporte tout son soutien à notre collègue, déléguée du personnel du SNUipp. Il réaffirme son opposition à toute sanction à l'encontre d'enseignants engagés dans différentes formes d'action individuelles ou collectives, classiques ou nouvelles, qui peuvent être complémentaires pour dénoncer et s'opposer aux réformes et aux attaques subies par l'école. Le syndicat en demande la levée.

Il s'est adressé en ce sens au ministère de l'Education Nationale en demandant que des mesures soient prises pour revenir sur les décisions prises au niveau départemental.

 

Il est signataire de l'appel à soutien (mis en ligne à l'adresse suivante : http://ninon-bives.resistancepedagogique.org/blogs.php?lng=fr) et propose aux sections départementales qui le souhaitent de faire de même.

Le Secrétariat Général

**********************************************************************

Il n'était pas évident que les élus nationaux soutiennent clairement leur collègue. Les hésitations étaient nombreuses. Le premier choix était de signifier qu'il ne s'agissait pas d'une sanction mais d'un comportement « normal » de l'administration face aux élus syndicaux et comme on en voit souvent dans les entreprises. Il faut considérer, pour bien saisir la difficulté du choix, que c'est avant l'été que le couperet est tombé pour Ninon et ce n'est que seulement deux semaines après le communiqué du 12 septembre du « Réseau des enseignants du primaire en résistance », les désobéisseurs, que le SNUipp tranche.

Est-ce que ce soutien à leur collègue et donc à la désobéissance (« Il réaffirme son opposition à toute sanction à l'encontre d'enseignants engagés dans différentes formes d'action individuelles ou collectives, classiques ou nouvelles, qui peuvent être complémentaires pour dénoncer et s'opposer aux réformes et aux attaques subies par l'école ») signe un affrontement direct avec Ministère ? Darcos avait voulu la fin de la co-gestion du Ministère, est-ce que l'entêtement du gouvernement sur les retraites aura décidé le SNuipp de vouloir, lui aussi, la fin de la co-gestion ?

Un gouvernement déjà parti depuis le printemps, l'affaire Woerth-Bettencourt, les retraites, tout cela laisse à penser aux syndicats qu'ils ont plus de marges de manœuvre qu'en 2008. Comme cela se dit avant un match de foot, « l'adversaire est prenable ».

Pourtant, aujourd'hui, qu'y a-t-il a négocier avec Luc Chatel pour le SNUipp ? Rien ? On voit Luc Chatel revenir petit à petit sur certaines réformes de Darcos : débat sur les rythmes, remise en cause des évaluations, « ouverture » sur la formation pour le primaire. Le SNUipp peut-il défendre la désobéissance au risque de ne plus pouvoir négocier ? Il est vraisemblable que la situation actuelle permet de tenir les deux : une position plus dure envers le ministère et plus de négociations avant le changement de gouvernement. Une défense de Ninon Brivès, oui, certes, mais une défense discrète ; il n'érige pas leur collègue en étendard. Le communiqué n'est pas sur le site (à l'heure où ce billet est publié).

La défense de Ninon Bivès s'inscrit aussi dans un contexte interne qui permet une certaine « rupture » avec le ministère. Le SNUipp ne pouvait passer outre au risque d'une rupture avec une large partie de sa base, au moment d'élection interne, au risque de paraitre en décalage au cœur du conflit des retraites et à l'heure où les désobéisseurs rencontrent les syndicats d'Inspecteurs. Le SNUipp a donc fait un choix (durable ?) ; celui de soutenir, voire de laisser la possibilité aux sections départementales d'essayer « différentes formes d'action individuelles ou collectives, classiques ou nouvelles »...mais il serait injuste de laisser penser que ce n'est que la situation récente qui a permis ce changement d'attitude.

Plusieurs congrès avaient préparé cette option comme l'atteste ces résolutions :

Dès 2007, « Le SNUipp constate que depuis quelques années, des formes de désobéissance civile et de non violence active se sont développées à tous les niveaux (local, national, mondial). C'est le cas en France des actions des faucheurs volontaires d'OGM, des occupations (ASSEDIC, établissements scolaires..), de la résistance à l'expulsion des élèves et des personnes sans papiers... Le SNUipp considère que ces pratiques de lutte, avec les autres formes d'action du mouvement ouvrier (grève, notamment reconductible, manifestations ...) contribuent à l'action syndicale. » (je souligne). Mais les cas évoqués ne touchaient pas « directement » les enseignants dans leur rapport avec la hiérarchie de l'Education nationale. Le SNUipp n'avait pas à se positionner réellement sur ses formes d'actions exécutées hors de son terrain propre. D'où une incroyable inertie à mettre à l'œuvre ses principes au moment où commence la désobéissance aux réformes Darcos en 2008-2009.

Lors du dernier congrès au printemps 2010, le SNUipp affirme qu'[il] « s'est opposé vigoureusement à toute publication des résultats école par école qui les ferait entrer dans une logique de mise en concurrence dans un contexte de remise en cause de la carte scolaire. Il refusera également toute utilisation des résultats pour l'évaluation des enseignants. Ajoutant à la confusion, le ministère de l'éducation nationale lie les évaluations au versement de primes. Le SNUipp s'oppose à ce fonctionnement avec des primes, qui divise la profession et nuit au travail d'équipe. Le SNUipp demande l'abandon de ce protocole d'évaluations et qu'une réflexion s'engage sur cette question. Il mettra tout en œuvre pour obtenir son abandon. De nouveaux outils d'évaluation utiles aux équipes et visant la réussite de tous devraient être élaborés en associant enseignants et chercheurs ».

Et, plus significati encore, « ces derniers mois, les actions engagées dans notre profession ont été multiples et selon des modalités diverses, collectives et individuelles, classiques et nouvelles, (pétitions, manifestations, grèves, nuits des écoles, rassemblements « festifs », désobéissance, groupe des 25, pas de bébés à la consigne, votation citoyenne pour La Poste, collectifs, appels...). Ces formes d'actions sont complémentaires. Elles élargissent les formes classiques de mobilisation et contribuent aux mobilisations. La force des attaques et les difficultés à y résister ont conduit des collègues à s'engager dans des formes de résistances nouvelles. La responsabilité du SNUipp est d'être à l'initiative de différentes formes d'action et de les faire déboucher sur l'action collective. Le SNUipp s'oppose à toute sanction à l'encontre des enseignants engagés dans ces actions et demande leur levée pour celles et ceux qui sont déjà sanctionnés. »

Alors est-ce un modèle pour les prochains jours ? Est-ce que l'opposition politique reprendra cette balle au bond ?

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

Tous les commentaires

A suivre ...

Merci de vos billets.

 

Cet été, Mediapart vous accompagne partout !

onze euros les trois mois

À cette occasion, profitez de notre offre d'été : 11€/3 mois (soit 2 mois gratuits) et découvrez notre application mobile.
Je m'abonne

L'auteur

Sebastien Rome

directeur d'école élémentaire quartier prioritaire - élu local en charge de la Politique de la Ville
Lodève - Lodève

Le blog

suivi par 228 abonnés

L'Ecole, les pieds sur terre...mais bientôt la tête sous l'eau