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Le Club de Mediapart ven. 26 août 2016 26/8/2016 Édition de la mi-journée

La règle d’or et la maxime morale à l’école

Luc Chatel a choisi de faire sa rentrée politique dans la mouvance de la droite populaire ; pour ce faire, sur le même principe tactique de la «règle d'or», il cherche à piéger le monde enseignant, majoritairement à gauche, pour faire un clin d'œil à son électorat le plus droitier, en annonçant le retour de la morale à l'école.
© GUERRIERDELAROUTE
© GUERRIERDELAROUTE

Luc Chatel a choisi de faire sa rentrée politique dans la mouvance de la droite populaire ; pour ce faire, sur le même principe tactique de la «règle d'or», il cherche à piéger le monde enseignant, majoritairement à gauche, pour faire un clin d'œil à son électorat le plus droitier, en annonçant le retour de la morale à l'école.

On attend la circulaire. Elle devrait arriver ce jeudi, selon Emmanuel Davidenkoff qui a fait une chronique sur France info à partir cette information. Mais les choses étaient déjà pliées en juin, comme l'annonçait le Figaro. L'Inspection générale de l'Éducation nationale avait déjà remarquée en 2010, dans sa note de synthèse sur la mise en œuvre de la réforme de l'enseignement primaire,qu'

« en instruction civique et morale, la morale n'est presque jamais abordée et l'utilisation de maximes illustrées demeure rarissime. Par ailleurs, les traces écrites restent rares pour ce domaine parfois absent des livrets d'évaluation. Les exemples recueillis renvoient essentiellement à des interventions orales liées à des événements de la vie de l'école ou de la vie sociale, certainement utiles mais qui gagneraient à être complétées par l'enseignement attendu. » (Page 19 du document PDF).

Ce retour de la morale à la rentrée 2011, n'est donc que le retour du retour de la morale des « nouveaux » programmes 2008.

Mais ce retour en 2008 était prudent.

« Les élèves apprennent les règles de politesse et du comportement en société. Ils acquièrent progressivement un comportement responsable et deviennent plus autonomes.
1. Ils découvrent les principes de la morale, qui peuvent être présentés sous forme de maximes illustrées et expliquées par le maître au cours de la journée : telles que "La liberté de l'un s'arrête où commence celle d'autrui", "Ne pas faire à autrui ce que je ne voudrais pas qu'il me fasse", etc. Ils prennent conscience des notions de droits et de devoirs.
» (je souligne, programmes 2008 CP et CE1).

Il est bien dit « qui peuvent être », ce qui signifie que ce n'est pas une obligation. La maxime morale, telle quelle, disparait même pour les CE2, CM1, CM2 : On parle plutôt « règles » à connaître « les principales règles de politesse et de civilité », « les règles élémentaires de sécurité routière », « L'importance de la règle de droit dans l'organisation des relations sociales qui peut être expliquée, à partir d'adages juridiques » (je souligne à nouveau), « Les règles élémentaires d'organisation de la vie publique et de la démocratie ». (le texte en entier ici).

On voit bien qu'enseigner, éventuellement, quelques règles de droit, n'a que peu à voir avec le retour du retour de la maxime morale.

Déjà, les résistances étaient fortes. Rare sont les enseignants qui ont mis en œuvre cette pratique (et comment le Figaro a-t'il trouvé cette école à Carcasonne où l'on use, abuse ?, de la maxime). Même le Recteur Christian Nique, alors Recteur de l'Académie de Montpellier, avait « rassuré » les enseignants rappelant le caractère facultatif de la méthode d'enseignement (« les principes de morales peuvent être présentés sous forme de maximes »). Il avait rajouté dans cette interview de la rentrée 2008 à Midi Libre que rien ne serait imposé aux enseignants.

 

Le durcissement annoncé aurait donc pour but de raffermir la morale des jeunes en perdition. Pourtant dans ma pratique, je ne me lasse pas de faire la morale, parfois à l'aide de formules, aux élèves pris en faute. Pourtant, les élèves savent très bien faire la différence entre le bien et le mal et quand ils sont en faute. Etrange de croire qu'enseigner une chose qu'ils connaissent déjà aura un effet sur leur comportement. Imagine t'on faire apprendre aux grandes fortunes de France « Pour l'entretien de la force publique, et pour les dépenses d'administration, une contribution commune est indispensable. Elle doit être également répartie entre tous les Citoyens, en raison de leurs facultés. » ? Est-ce que cela va changer leur pratique ? Va-t-on faire baisser la criminalité à Marseille avec de « nouvelles méthodes » en faisant apprendre aux braqueurs de Postes « la liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui » ?

 

La raison est bien sûr autre et double : satisfaire l'électorat droitier qui pourra dire, « enfin, on va remettre de l'ordre » (voir ce texte sur Causeur.fr, à droite, sur la gestion de la question scolaire par le FN) mais surtout piéger la gauche qui ne manquera pas d'hurler au retour d'une école passéiste, de relents de vieille France. Il s'agit donc de cliver le pays en définissant deux camps : celui du sérieux qui tient aux valeurs de bon sens partagées par tout le monde et celui des dangereux libéraux-expressionnistes-soixante-huitards tenant du laissé faire des enfants qui, d'ailleurs, prend ces enfants en otage avec des idéologies politiques où les enseignants-fonctionnaires ne fonctionnent pas en obéissant.

Qui est contre la morale ? pas un seul enseignant, c'est certain. Qui fera de la morale comme cela ? très peu, c'est tout autant certain. Combien d'Inspecteurs iront dans des classes pour vérifier et imposer, par la force, cette façon de faire, après leur mauvaise expérience qu'ils ont eu de la désobéissance ? aucun.

Or tout le débat sur la violence à l'école et de la délinquance, car c'est ce débat qui est visé, est bien évidemment ailleurs. C'est l'évidence du quotidien qui nous fait dire aux enfants qu'« il ne faut pas faire à autrui etc... ». Les bonnes questions sont plutôt autres : comment doit-on réagir face à un enfant qui connait la violence chez lui et qui reproduit cette violence à l'école ? Une femme tous les trois jours meurt des coups de son conjoint ou ex-conjoint et combien sont meurtries ? Comment aider une femme seule avec ses enfants qui est dépassée par l'autorité qu'elle ne parvient plus à imposer ? Comment l'école peut-elle faire pour imposer ses valeurs face à une société publicitaire qui pousse à l'assouvissement du désir immédiat ? Mais aussi, quels sont les enseignants RASED disponibles, les Centres Médico-Psycho-Pédagogiques à proximité ? Comment l'école est organisée dans ses espaces et son temps ? Quelle est la place de la mixité sociale ?

 

Bref, le piège se referme, en supprimant les vrais enjeux du débat et faisant passer à la trappe la liberté pédagogique pourtant garantie par les programmes 2008. Comment éviter que le piège se referme ?

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Tous les commentaires
  • 31/08/2011 19:34
  • Par J80

Cette histoir de "leçons de morale" n' aucun sens.

Le refus de la "violence", par exemple, relève-t-il de la morale ? Si tel est le cas, pourquoi Monsieur Chatel continue-t-il de participer à un gouvernement qui fait défiler des milliers d'hommes et de femmes armés sur les Champs Elysées le 14 juillet ?

Parce qu'il estime que toute violence n'est pas contraire à la morale ? Cela renvoie à ce que pourrait être une guerre juste et donc à une question éminemment politique. La guerre menée par les troupes françaises en Afghanistan est-elle une guerre juste ? La résistance contre le nazisme était-elle une guerre juste ? Nous voilà alors bien loin des "leçons de morale" sur "la violence" hors du temps et de l'espace que veut imposer la droite.

La violence imposée à des millions d'être humains, en France même, par les politiques néolibérales feront-elles partie de ces "leçons de morale ou ces leçons ne s'adresseront -elles qu'aux "violences" (délinquance, émeutes des banlieues...) résultant de cette violence primordiale ?

Peut-on imaginer, dans l'école de Monsieur Chatel, une "leçon de morale" qui poserait le problème de savoir pourquoi les politiques néolibérales produisent à la fois le désordre et le besoin d'ordre, les émeutes des banlieues et la montée du Front National et le surgissement de la Droite populaire ?

Ces "leçons de morale" prendraient-elles en compte la violence symbolique du "mariage de Kate et Williams", ce monstrueux étalage de richesse et de privilèges ou ne retiendraient-elles que les seules émeutes des villes anglaises ?

Sans doute ne parleraient-elles directement ni de l'une, ni de l'autre de ces vilences et resteraient-elles totalement à côté de la vraie vie.

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L'auteur

Sebastien Rome

directeur d'école élémentaire quartier prioritaire - élu local en charge de la Politique de la Ville
Lodève - Lodève

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L'Ecole, les pieds sur terre...mais bientôt la tête sous l'eau