Insanité sanitaire à l'école primaire: Faisons tomber les masques!

De 1957 à 2021, mise en perspective de deux cas d'école face à la crise sanitaire. Le monde de l'insouciance d'un côté, celui de la psychose de l'autre. Entre laxisme et délire, peut on rêver d'un monde raisonné et raisonnable?

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Jeudi matin, il a fallu masquer le sourire de ma fille de 5 ans et demi à l'occasion de son entrée en classe de CP.

Le soleil étincelait sur le perron de l'école lorsque les frimousses insouciantes et radieuses se sont éclipsées.
Il fut alors difficile de ne pas trouver un air lugubre à cette parade de mouflets ventriloques et inexpressifs.
Heurté par cette absurdité, je sentis naître en moi les premiers symptômes d'une virulence qu'un bout de papier à trois plis serait incapable de contenir.
C'est ainsi que, pour échapper aux affres suscitées par le spectacle de ce morne carnaval, je me suis absorbé dans la contemplation réconfortante des célèbres photographies réalisées par Robert Doisneau à l'effigie des écoliers.

Mon attention se porta sur l'un de ces clichés ayant pour sujet une salle de classe en 1957.
L'instantané d'une vie scolaire heureuse et bouillonnante de convivialité.
En cette année 1957, deux maladies virales font pourtant rage en France : la grippe dite "asiatique" et la poliomyélite.
La première décima entre 1956 et 1958, selon les estimations, jusqu'à 4 millions de personnes dans le monde et fit 100.000 victimes rien que dans l'hexagone. Il faut noter que cette infection, à l'inverse de celle qui nous frappe depuis 20 mois, avait la particularité d'être plus létale pour les enfants que pour les adultes.
Comme si un fléau ne suffisait pas, l'année 1957 concorda avec le pic épidémique de la poliomyélite, maladie qui fit cette année-là en France son record historique de victimes (4000 cas et 300 morts). Ce virus lui aussi touchait principalement les jeunes enfants, et de manière dramatique puisque dans les formes sévères celui-ci entrainait décès, déformations des membres ou paralysies irréversibles.

Il est frappant d'observer le vestige photographique que nous a légué Doisneau à la lumière de notre crise sanitaire actuelle. On constate le décalage abyssal entre les mesures sanitaires inexistantes de 1957, face à une menace pourtant très concrète pour les enfants, en comparaison au mode de fonctionnement ultra-aseptisé employé aujourd'hui pour contrer une épidémie qui ne constitue aucune menace directe pour nos chères têtes blondes. Il s'agit d'un authentique choc des mondes. Un grand écart d'un demi-siècle, avec aux antipodes d'un côté l'ère du manque d'information, de l'inconscience et du laxisme, et de l'autre le règne de l'hystérie médiatique, de la paranoïa et de l'obsession du risque zéro.

Evidemment la Covid est un sérieux problème sanitaire qui nécessite des actions fortes empiétant sur les libertés individuelles. Même si certains pays voisins font le choix de ne plus imposer le masque dans les espaces publiques, il est concevable que ce geste barrière puisse par sécurité demeurer une norme chez les adultes dans les espaces clos (entreprises, magasins, transports en commun, ...). En revanche, on peut légitimement interroger le bien-fondé de l'usage des masques dans les écoles primaires. En outre, si dans certains esprits fantaisistes nos enfants ont rejoint les rats, les cafards et les moustiques dans la liste honnie des nuisibles vecteurs d'agents pathogènes, il convient de déplorer et de dénoncer cette extravagance.

Fermeture des écoles pendant plusieurs semaines, assignement à résidence, cours à distance, arrêt des activités sportives, fermeture des airs de jeu, port du masque obligatoire, cours de récréation compartimentées et plannings aménagés pour empêcher les interactions, les enfants ont payé un très lourd tribut sur le compte de la lutte anti-covid.
Tout cela en vertu de quelle menace ?
En France, 8 enfants de moins de 14 ans sont décédés en 20 mois des conséquences de la Covid (0.4/mois). A titre de comparaison, ces dernières décennies la grippe saisonnière a provoqué dans notre pays en moyenne la mort de 84 enfants tous les ans (7/mois). Comme le martèle le slogan de la dernière propagande d'État "on peut débattre de tout, sauf des chiffres"... en effet, pas de débat : La Covid-19 tue 18 fois MOINS d'enfants que la grippe saisonnière ! Fort de ce constat, comment justifier aujourd'hui le port du masque et la vaccination des enfants dans le cadre de la lutte anti-covid et ne pas appliquer ces mêmes mesures demain pour se prémunir des risques de la grippe saisonnière qui est indéniablement plus dangereuse vis-à-vis des populations jeunes? En suivant la "logique" de cette jurisprudence hygiéniste appliquée au Covid, nos enfants seront condamnés à demeurer masqués en collectivité jusqu'à la nuit des temps ! Pensez donc, même la gastroentérite est largement plus fatale pour les enfants que la covid (environ 60 décès d'enfants de moins de 5 ans par an)...

On s'attache à raison à la balance bénéfice/risque des médicaments, mais celle-ci doit être évaluée de la même manière pour l'usage des dispositifs médicaux tels que les masques. Le port du masque à l'école primaire n'est légitimé par aucune évidence scientifique et n'a fait la preuve formelle d'aucune efficacité. En revanche les effets délétères de son utilisation chez les jeunes ont été démontrés. Les publications s'accumulent pour alerter sur la recrudescence de consultations en pédopsychiatrie, des études ont mis en évidence qu'il nuisait à la qualité de l'élocution et à l'apprentissage de la lecture, des pédiatres commencent à pointer du doigt la "dette immunitaire" néfaste dont vont pâtir les enfants à force de vivre dans une bulle aseptique. On entrevoit aussi les stigmates sociologiques de l'altération du rapport aux autres qu'engendre ce muselage des enfants. L'école n'a pas pour vocation de former nos enfants à l'hypochondrie, de leur inculquer la culpabilisation, ni d'enseigner la peur de son prochain. C'est pourtant les leçons que l'on communique symboliquement aux enfants en leur imposant cette protection inepte : "méfiez-vous des microbes que peuvent vous transmettre vos amis", "l'autre est un danger", "vous exposer est un risque", "vous risquez de contaminer vos proches et de tuer vos grands-parents", "vous êtes un risque", "il est préférable de ne pas vivre que de risquer de mourir"...

Le chemin vers l'enfer est pavé de bonnes intentions, la situation actuelle en témoigne.
Il est très opportun de sensibiliser les enfants à l'hygiène des mains, le gain pour la société est évident et le coût pour l'enfant dérisoire. C'est un progrès!
En revanche, même si présenter le port du masque chez les enfants comme un acte civique relève initialement d'une noble intention, à quoi bon continuer de faire peser le poids de cette contrainte sur les frêles épaules de nos marmots à partir de l'instant où l'on sait que cette mesure n'a aucun fondement? C'est une dérive!
On peut admettre que dans l'urgence et la panique du début de crise de telles mesures excessives aient pu être employées. Mais aujourd'hui, face aux évidences scientifiques, il convient de recouvrer la raison et de faire preuve de pragmatisme. Dans un pays ou 90% des enseignants et 90% des personnes à risque sont vaccinées, il n'y a aucune raison de continuer à faire subir les contraintes du port d'un masque à des gamins alors que les effets délétères à leur encontre sont manifestes et les bénéfices inexistants. Nombreux sont d'ailleurs nos voisins à l'avoir très bien compris. Pour ne citer que les plus proches géographiquement, l'Angleterre, l'Irlande, la Suisse ou la Belgique n'imposent pas ou plus le port du masque dans les écoles. Dans la même logique du constat bénéfice/risque négatif, le comité scientifique en charge de la vaccination au Royaume-Uni vient formellement d'interdire l'extension de la vaccination aux enfants de moins de 15 ans. Ces pays qui font le choix éveillé et courageux de la raison plutôt que de la psychose sont des motifs d'espoir auxquels il faut se raccrocher.

En devenant père, je me suis fait garant de préserver l'insouciance de mes enfants, en jouant le rôle du filtre qui les protège des turpitudes du monde des adultes. Je conçois le rôle de parent comme le devoir d'informer sans dramatiser, de prévenir sans affoler, d'initier la réflexion sans la contraindre à un cadre obtus, de promouvoir le pragmatisme plutôt que les croyances. Comment cultiver ces idéaux dans une société qui sanctifie la peur, où les adultes souillent l'insouciance des enfants par la projection de leur irrationnelle névrose du risque zéro?

A vivre sans risque on risque surtout de ne pas vivre.

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