Etat des lieux après 3 mois de Macron et LREM

Quelles premières leçons pouvons nous tirer des premiers mois de présidence de Macron et de son gouvernement ?

Quels commentaires sur les premières mesures fiscales et budgétaires que nous découvrons ? et surtout que dire de la réforme du code du travail, menée tambours battants en session extraordinaire cet été , afin d’avoir les ordonnances prêtes pour fin septembre ?

En tout cas, chroniqueurs et médias macronistes insistent pour nous faire croire que tout ceci était dans le programme, et que Macron ne fait que faire ce qu’il avait dit qu’il ferait …

Commençons par les aspects financiers et budgétaires :

  • Suppression de l’ISF sur les valeurs mobilières : premier cadeau fiscal de Macron à ses amis riches, sachant que leurs fortunes sont essentiellement sous formes d’actions. Montant : 4 Mds d’Euros
  • Instauration de la flat taxe à 30% : pareil, cadeau fiscal aux plus riches estimé entre 2,5 et 5Mds d’Euros
  • Suppression de la dernière tranche de taxe pour les banquiers, traders et assureurs les plus riches pour un manque au budget de 300M d’Euros.

Soit au total entre 6 et 10Mds d’Euros …

En contre-partie, le gouvernement doit bien trouver des économies …

Il   a commencé par diminuer les APL de 5€/mois , soit 400M. Mais apparemment E. Philippe ne compte pas s’arrêter en si bon chemin, car sous prétexte de vouloir faire baisser les loyers, il compte baisser les APL de 50 à 60€/mois ! Manque à gagner pour les bailleurs sociaux : 2 Mds d’Euros ! Le gouvernement ne compte pas compenser, donc l’entretien et la sécurité finiront par en pâtir , ce qui a terme pourrait déboucher sur des accidents comme à Londres… Une des pistes serait d’augmenter les loyers des 4% des locataires les plus riches ; en imaginant qu’on augmente de 200€ leurs loyers (ce qui est déjà énorme), les HLM ne récupéreraient que 400M d’euros, il en manque encore 1,6Mds. Arrive alors la supercherie suivante de Macron & Co : le gel du taux d’intérêt du livret A à 0,75%. En effet, les dépôts sur ces livrets servent essentiellement au financement des HLM, et si le taux est bloqué, les bailleurs emprunteront moins cher et donc feront des économies ! Sauf que cette mesure ne génèrera que 400M d’euros ; reste donc encore 1,2Mds à trouver, retour à la case économies sur les constructions, l’entretien et la sécurité … Donc toutes ces mesures vont porter un coup énorme à la politique de logement, alors qu’on a besoin de construire et loger les gens !

Mais revenons sur le livret A. Le taux du livret est fixé par l’Etat, de telle sorte qu’il ne peut être inférieur au taux d’inflation, sinon placer ce l’argent vous en ferait perdre. Or l’inflation prévue est au moins de 1% (voir 1,4% pour certains spécialistes) ; cela veut dire que les petits épargnants sont spoilés de 0,25% juste par le bon vouloir de Macron. Mine de rien au global, ces 0,25% représentent 1Mds d’euros ! Par contre, les banques, elles , vont faire une économie sur les intérêts à verser qu’on estime à 400M d’euros … encore un peu plus d’argent qui va tomber dans la poche des mêmes : ses amis banquiers !

Le gouvernement Philippe ayant encore besoin d’économies pour compenser les cadeaux fiscaux à ses amis riches, les communes se verront amputées de 300M d’euros, que Macron avant pourtant promis de ne pas toucher. Les compensations de la totalité de la CSG en 2018 seront étalées jusque 2022 alors que les retraités payeront 100% la première année !
Je ne polémiquerai pas ici sur la suppression des emplois aidés qui ont destabilisé nombre d’écoles, cantines, associations, les privant d’aides aux élèves handicapés, de cuisiniers ou permanents …

Par contre, il y a de l’argent à récupérer ailleurs, mais rien n’est stipulé ni dans le programme ni dans la feuille de route des réformes à venir.

Tout d’abord le CICE, qui coûte chaque année 24Mds pour un résultat peu probant sur l’emploi mais pas sur la distribution des dividendes ! En effet, le France a battu les records de redistribution au premier semestre 2017 avec plus de 41Mds d’euros, première en Europe et seconde dans le monde après les USA (110 Mds) avec à la clé des licenciements comme chez AUCHAN. Rien non plus pour lutter contre la fraude fiscale qui coûte 85Mds d’euros par an …

Venons en à présent à la Loi Travail version XXL.

Ce qui va passer par ordonnances fin septembre est bien pire que ce que Valls nous a infligé par 49.3 avec la loi El Khomri! C’est une attaque en règle contre les droits chèrement acquis des salariés, une destruction du code du travail au profit du grand capital et de la finance, et sûrement pas pour les patrons de PME/TPE ou pour l’emploi.

  1.  Fin du CDI , remplacé par un CDI de projet, qui est en fait un CDD mais sans les protections du CDD, celui ci n’étant lui-même plus protégé par la loi (renouvellement indéfini par exemple si la branche le décide)
  2. Inversion de la hiérarchie des normes : Jusqu’à présent, le système français avait une originalité extrêmement protectrice pour les travailleurs. Il y avait la loi, puis on pouvait négocier dans la branche, ou dans l’entreprise, à condition que le résultat soit meilleur que la loi. C’est ce qu’on appelle le « principe de faveur ». Et une fois qu’un accord était signé, la loi étendait le bénéfice de l’accord à tous les salariés.Aujourd’hui, les accords d’entreprises ou de branche primeront sur tous les autres, même s’ils dégradent les conditions de travail des employés. Les négociations auront lieu entre les patrons et les employés et un employé refusant un accord majoritaire pourra être licencié. Un patron pourra ainsi décidé de l’allongement de la durée du travail, de baisses de salaires, de la suppression du 13è mois ou de primes. Cette situation entrainera à coup sûr un dumping social entre entreprises françaises.
  3. Plafonnement des indemnités pour licenciement abusif : les grandes entreprises pourront provisionner le coût de licenciements à l’avance, sans surprise même devant les prud’hommes !
  4. Limitation des pouvoirs des représentants des salariés : les différentes instances (CE, CHSCT, délégués du personnel et syndicaux) fusionneraient en une instance plus faible, car peu visible et au champ trop large.  

Toutes ces mesures entraineront de facto une ubérisation du modèle social français et une concurrence entre entreprises françaises, les moins disants tirant le marché, les prix, les salaires, les droits toujours de plus en plus bas.

Les macroniens vous rétorqueront que Macron a été élu pour mettre en musique ce programme, que tout était clair pendant les élections ; c’est un mensonge car rien ne présageait d’une telle régression sociale dans son programme et sans les articles ayant fuité dans Le Parisien (même démenti par la ministre du travail), nous n’aurions rien su de cette agression avant les ordonnances. D’autre part, il ne faut pas oublier que Macron n’a pas été élu pour son programme (lui-même en campagne disait qu’une élection ne se gagnait pas sur un programme !) mais pour faire barrage au FN (voir graphique)

Alors LREM et Macron se présentent comme le renouveau, vaste blague ! Ce que l’actuel gouvernement est en train de mettre en place est un bel exemple de l’époque Thatchérienne, que de nombreux gouvernements ont essayé de nous imposer depuis 30 ans ! Si ce modèle fonctionnait, l’Allemagne ne verrait pas son nombre de travailleurs pauvres exploser, ainsi que le nombre de salariés avec 2 emplois, sans parler des retraités obligés de trouver des petits boulots. La paupérisation de l’Allemagne de Merkel qu’on nous brandit en exemple est terrible : routes non entretenues, ponts sur lequels les camions ne peuvent plus circuler, écoles délabrées etc … L’austérité et la politique de l’offre ne sont pas la solution. Au lieu de nous parler de l’Allemagne, on pourrait parler du Portugal qui a rejeté les recommandations de Bruxelles et l’austérité et qui voit son économie sortir de la zone rouge !

Alors oui, un autre monde est possible, une autre société est viable, il ne faut pas laisser la finance le capital et les lobbies nous imposer leurs lois, il faut renégocier les traités financiers européens et remettre l’humain et l’écologie au centre de la table. Pour cela, il nous faut faire preuve de pédagogie autour de nous et lutter, toujours lutter et résister !

SB

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