Lettre ouverte au président Macron, le Robin des bois de l'ultra-libéralisme

Un an de quinquennat Macron. Et je n'en peux déjà plus. Cette semaine, c'est le silence qui sort vainqueur. Silence de la France face à la détresse de 629 migrants à bord de l'Aquarius, et le silence imposé aux journalistes et aux lanceurs d'alerte avec la loi "Secret des affaires". Alors je choisis cette semaine pour parler. Pour dénoncer cette France inhumaniste de Macron qui me fait honte.

Monsieur le président Macron,

Je ne suis ni journaliste, ni économiste ou tout autre spécialiste qui serait en mesure de débattre avec votre armée de communicants sur chaque point que je vais évoquer ici.

Je ne vais pas parler chiffres, fact checking ou vérité absolue. Je vais simplement décrire ce que je perçois en tant que citoyenne française après un an de votre règne jupiterien à la tête de mon pays.

Monsieur le président Macron, pendant votre campagne présidentielle, vous vous défendiez d’être banquier, cela ne devrait pas être une honte, et surtout cela ne ferait pas de vous le serviteur des banques et des multinationales. Or, depuis le début de votre quinquennat, vous ne faites que prendre aux pauvres pour redistribuer aux riches.

Monsieur le président Macron, pendant votre campagne présidentielle et une fois élu, vous n’avez cessé de répéter que la France, fidèle à son héritage de pays des droits de l’homme, ne laisserait plus un sans-abri à la rue. Monsieur le président, faut-il vraiment que je vous demande de m’accompagner à 100 mètres de chez moi, là où tous les jours sans arrêt je passe à côté d’une dame âgée qui est à la rue. Inlassablement, tous les matins, cette dame me dit bonjour. Mais si demain, cette dame ne devait plus être là, je ne me réjouirais pas en me disant qu’elle a fini par être prise en charge par la République Française. Car je sais bien que votre République Française n’a plus aucun égard, plus aucun respect, plus aucune humanité envers les faibles, envers ces « derniers de cordée ». En face de cette dame, se trouve un couple de sans-abris, visiblement réfugiés, avec un bébé dans les bras. Eux aussi tous les jours sans répit, ils font la manche dans la rue. Aujourd’hui en prenant le métro à deux reprises le temps de quelques stations, j’ai été abordée par deux personnes qui faisaient la manche. Et j’ai senti une grande colère monter en moi monsieur le président. Cette colère n’était pas dirigée envers ces personnes démunies. Née de ma frustration profonde à ne pouvoir donner une pièce de monnaie ou un ticket resto au nombre incalculable de personnes dans la misère que je croise tous les jours, cette colère est pour vous monsieur le président Macron. Cette colère est pour vous, et toutes les personnes qui abruties par vos discours vides de toute volonté, continuent à vous croire et à vous suivre.

 Monsieur le président Macron, cette semaine un navire transportant plus de 600 migrants rescapés de la mer Méditerranée, dont des enfants ainsi que des malades qui ne pouvaient être convenablement pris en charge à bord de ce bateau, ont erré en Mer, refoulés par nos voisins italiens et confrontés au silence du gouvernement français. Monsieur Macron, est-il nécessaire de montrer le contraste entre vos déclarations incessantes de ces derniers mois et vos actions ? Quand il s’agit de faire des cadeaux aux plus aisés, paroles et actes ne font qu’un. Quand il s’agit des plus faibles et des plus démunis, quand il s’agit de faire honneur aux valeurs morales et de solidarité de la France, votre silence est assourdissant, votre inaction étourdissante.

Monsieur le président Macron, permettez-moi de vous citer vos propres mots :

« Nous devons accueillir des réfugiés car c’est notre tradition et notre honneur » ou encore

« Nous devons l’accueil à toutes celles et ceux qui fuient leur pays car ils y sont en danger »

Pourriez-vous avoir le courage de vos propres mots ?

Enfin Monsieur le président Macron vos sbires votent vos textes de lois et amendements par centaines. Ils rejettent les amendements de toute personne qui s’oppose à vous peu importe son bien-fondé, peu importe l’avis des spécialistes sur ces sujets (je parle notamment de votre loi asile et immigration qui est une insulte à la tradition d’accueil de la France que vous aimez tant citer). Cette loi est décriée par toutes les autorités à même de juger de son efficacité. Mais votre ministre de l’intérieur et vous-même continuez à vous obstiner sur la voie de l’inhumanisme.

Monsieur le président Macron, déchirez ce texte de loi asile et immigration et rendez un peu de son honneur à la France. Monsieur le président, comment la République Française peut encore avoir dans sa loi « le délit de solidarité » et poursuivre en justice les citoyens qui sauvent l’honneur de la France. Je fais cette comparaison en mon âme et conscience et je pèse mes mots lorsque je dis que Cédric Herrou est l’incarnation de la Résistance de notre siècle et que l’état qui le poursuit en justice en est son régime de Vichy. 

Monsieur le président Macron, dois-je vous rappeler l’appel des 15 000 scientifiques ? Vous n’avez de cesse de parler d’écologie, mais votre inaction en la matière est affligeante. Que vous faut-il, monsieur le président, pour vous convaincre d’agir pour le bien-être de la planète et des Français ?

Les aliments que nous mangeons sont empoisonnés de pesticides, nos abeilles assassinées, nos terres vidées de toute leur substance, les savons que nous utilisons sont bourrés de perturbateurs endocriniens, l’air que nous respirons est irrespirable, les lits dans lesquels nous dormons sont toxiques.

Mais dans cette jungle de tragédies, votre priorité monsieur le président, est la loi « Secret des affaires ». Une loi qui, sous-couvert de protéger les secrets de fabrication d’une entreprise, englobe sciemment un sens beaucoup plus large. Je n’aime pas devoir me répéter, mais pour satisfaire une fois de plus vos amis dirigeants de multinationales, vous décidez de bâillonner toute personne : lanceur d’alerte ou journaliste, qui viendrait dénoncer les pratiques illégales ou dangereuses de ces entreprises qui nous empoisonnent.

Monsieur le président Macron, quand allez-vous décider de stopper le génocide de notre biodiversité ?

Monsieur le président Macron, Robin des bois prenait aux riches pour donner aux pauvres, la droite voulait prendre moins aux riches et donner plus aux pauvres, la gauche voulait prendre plus aux riches et donner plus aux pauvres. Votre république en marche, elle, prend aux pauvres pour donner aux riches. Elle regarde mourir notre planète à petit feu sans agir. Elle laisse mourir les réfugiés en ricanant.

Votre France de la ni-droite/ni-gauche me fait honte.

Monsieur le président Macron, votre France est pathétique.

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