MACRONIQUE EN COVID #6

Un pote m’écrit de l’étranger, il est breton, en réaction à une humeur, me demande si j’ai noté que BLANC sans HAINE çà fait BLAC ! Houlala ! Où est-il allé chercher ça ? Peut-être qu’il réfléchit en regardant l’amer ?

J’ai entendu ce matin une citation du livre de Georges Pompidou, Le Nœud Gordien le fascisme n'est pas si improbable ; il est même, je crois, plus près de nous que le totalitarisme communiste, c’était juste après 1968. Qu’en est-il aujourd’hui, où le pays est dirigé par un conseil de défense, rassemblé autour du chef, sans contrôle démocratique, qui pond des ordonnances liberticides, l’assemblée s’est dissoute elle-même en ne réagissant pas au coup d’état sanitaire et sécuritaire de Macron ?

Après quelques humeurs, envoyées à vous, as-tu reçu ma méchante humeur du jour ? demandé-je à une amie, comme nous cheminions vers le Quartier Latin. Du coup, les humeurs ont pris un coup de liaison dangereuse et sont devenues mes Tumeurs. Les mots sont des idées. Puisque chacun est pourvu de sens.

J’ai ressenti un petit coup de nostalgie quand j’ai retrouvé dans une baraque à bouquins, Le Petit Philosophe de poche, qui ne quittait pas la mienne quand j’étais gosse. Il était bourré de citations de philosophes de tous les pays et de toutes les époques. Il m’a coûté une dent, des dizaines de points de suture, quand j’habitais Sarcelles 1962-1968. Je me faisais casser la gueule à la récré, ou dans le no man’s land qui séparait le collège Montmorency de la résidence Mozart, un bout de campagne. Un Viet blond, Jacky, un martiniquais Henri, et deux français de souche, Jean-Marc et Michel, formaient une bande de gars aussi irréductibles que les gaulois d’Astérix. Ils se vexaient dès que je citais un grec. Bon, il faut dire que c’étaient des pas potes. Je les considérais comme tels, mais ce n’était pas réciproque. Sauf quand il fallait leur pondre une rédaction acceptable. J’étais le faussaire et le punching-ball de la bande. N’empêche qu’il y avait quelque chose de jouissif à les taquiner avec des sentences, généralement hors sujet, que je casais pendant les cours de français, où, totalement hors contexte, pendant le trajet de l’école à la résidence où tous habitaient. Madame Pagès, la prof de français, mariée à un grec m’adorait. Quand je me suis fait viré de la cantine, après les 50 avertissements, les 12 blâmes et les 3 exclusions, prononcées mais pas exécutées, règlementaires, la prof m’a proposé de déjeuner chez elle, jusqu’à ce que je retrouve la faculté de redéconner à la cantine. J’y ai appris la feuille de vigne le houmous et quelques autres spécialités de friture. Le mari, très gentil, était très grec. Il ressemblait à Demis Roussos et enseignait, quand il ne faisait pas la cuisine, la philo dans une fac’.

Les citations que je préférais, rien n'est assez pour l'homme pour qui assez est trop peu, d’Epicure, qui m’a valu une dérouillée pendant la récré parce que la prof a eu la bonne idée d’en faire un sujet de dissert’.  Il n’existe que des atomes et des espaces vides tout le reste est opinion de Démocrite, a déclenché une discussion sans fin sur le cosmos, combien on avait d’atomes dans le corps et que la Terre entière tiendrait dans un pot de chambre si on enlevait le vide. Mais comment tu fais pour vider le vide, hein, connard ? Bon, là Michel a pris ma défense. Le chef d’œuvre, je l’ai pondu miraculeusement à bon escient. On était sur le terrain de sport, pour un entraînement de rugby. Il pleuvait à seaux, on attendait la fin de la douche. Le gars s’est pointé avec une fille, s’est imposé, comme on disait alors, et la fille a commencé à raconter que son mec était ceci et cela, bref, son blond à mèche et à boutons d’acné, était trop formidable. Ma pas bande commençait à s’échauffer, et là, j’ai sorti on est ce qu’on fait souvent, l’excellence n’est donc pas un acte, mais une habitude. Oh la baffe ! Les gars de la bande étaient hilares ! Ils m’ont frotté la tête comme on fait au rugby on se touche aussi les fesses, hein !  J’étais tellement fier que je n’ai pas mentionné qu’il s’agissait d’une cover, assez approximative tiré d’un texte d’Aristote.

Jadis, entre le Moyen-âge et celui des marchands, à Noël on faisait maigre. A un moment on mangeait de la poule au riz avec des charcuteries. Et puis le Marché est entré en action. Maintenant on entend foie gras, du Sud-Ouest où la grippe aviaire fait des ravages, les huîtres, les coquilles Saint-Jacques, et autres fruits de mer, le saumon fumé cannibale bourré d’antibiotiques, le chapon, le canard, la dinde, le caviar, le vacherin, le champagne, le vin blanc et le vin rouge. Après on chouine, on vomit, on prend de l’aspirine, de l’immodium, on va en ballade aux urgences pour les blessures par couteau à huîtres, on appelle le 15 pour les crises cardiaques, les embolies et autres conséquences des agapes chrétiennes.

Ah, l’ivresse de la fête, ou la fête à l’ivresse !

Serge Malik

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